Alger et Rome resserrent un partenariat devenu vital

L’Italie et l’Algérie ont renforcé leur coopération énergétique autour de trois axes : l’augmentation de la production gazière, la prolongation des contrats d’approvisionnement et le développement de projets liés aux énergies renouvelables et à la transition énergétique.

Le mouvement est établi, mais l’attribution institutionnelle mérite d’être précisée. Les actes les plus documentés proviennent du sommet intergouvernemental Italie-Algérie et des accords conclus par Eni et Sonatrach. Les sources consultées ne permettent pas d’identifier un acte unique du seul ministère italien de l’Énergie qui résumerait l’ensemble du renforcement annoncé dans le titre.

Cette nuance ne remet pas en cause la réalité de la coopération. Elle montre que la politique énergétique italienne en Algérie se construit à plusieurs niveaux : présidences du gouvernement, ministères, compagnies publiques ou contrôlées par l’État et opérateurs d’infrastructures.

Un corridor méditerranéen redessiné par la crise européenne

L’Algérie occupe depuis longtemps une place centrale dans l’approvisionnement énergétique de l’Italie grâce au gazoduc TransMed, qui relie l’Afrique du Nord à la Sicile via la Tunisie. La réduction des importations européennes de gaz russe depuis 2022 a accru la valeur stratégique de ce corridor.

Pour Rome, l’objectif est de diversifier les fournisseurs et de stabiliser des volumes à long terme. Pour Alger, le marché italien offre des débouchés, des recettes en devises et une voie d’accès au reste de l’Europe.

Cette complémentarité comporte une asymétrie. L’Italie recherche avant tout la sécurité de son approvisionnement. L’Algérie doit simultanément préserver ses exportations, répondre à une consommation intérieure croissante et financer la diversification d’une économie encore fortement dépendante des hydrocarbures.

En 2024, les échanges bilatéraux ont atteint près de 14 milliards d’euros selon les données reprises par le ministère italien des Affaires étrangères. Les importations italiennes dominaient nettement ce commerce, en raison du poids des hydrocarbures. La diplomatie économique italienne décrit une relation encore structurée par le gaz.

Des accords industriels aux effets mesurables, mais différés

Lors du sommet intergouvernemental du 23 juillet 2025, Eni et Sonatrach ont signé un protocole portant sur les hydrocarbures, la transition énergétique et les renouvelables. Les deux entreprises ont prévu de travailler sur de nouveaux contrats destinés à accroître la production gazière et à prolonger les contrats d’exportation vers l’Italie.

Eni estime que les projets associés à ce protocole, au contrat de Zemoul El Kbar et à l’attribution de Reggane II pourraient contribuer à augmenter la production jusqu’à 5,5 milliards de mètres cubes par an à l’horizon 2028. Les investissements annoncés dépasseraient 8 milliards de dollars. Ces objectifs figurent dans le communiqué institutionnel d’Eni.

Il s’agit de projections industrielles, non de volumes déjà produits. Le chiffre de 5,5 milliards de mètres cubes ne doit pas davantage être assimilé à une hausse identique des exportations vers l’Italie : une partie peut répondre au marché algérien, remplacer le déclin naturel d’autres gisements ou être destinée à d’autres clients.

La coopération renouvelable est moins quantifiée. Les annonces mentionnent de nouvelles initiatives, l’hydrogène, la réduction des émissions de méthane, l’efficacité énergétique et des installations solaires. Elles ne fournissent pas encore, pour tous les projets, de calendrier consolidé, de montage financier ni de capacité définitivement contractualisée.

Sous le vocabulaire de la transition, le gaz reste dominant

La communication officielle associe hydrocarbures et transition énergétique. Cette juxtaposition peut donner l’impression d’un équilibre entre gaz et renouvelables. Les montants, les infrastructures existantes et les contrats montrent toutefois que le gaz demeure le pilier économique immédiat.

Les projets renouvelables se situent à des niveaux de maturité différents. Eni exploite déjà des installations solaires dans la zone de Bir Rebaa Nord et fait état d’une troisième centrale en construction. D’autres projets, comme les corridors d’hydrogène ou l’exportation d’électricité renouvelable vers l’Europe, restent soumis à des études, à des investissements lourds et à la construction de nouvelles infrastructures. Eni détaille ses activités gazières et solaires en Algérie.

L’analyse doit donc séparer quatre catégories : les actifs en exploitation, les projets en construction, les accords juridiquement signés et les simples intentions politiques. Les confondre gonflerait artificiellement la portée de la coopération renouvelable.

L’Italie cherche également à réduire l’empreinte carbone de la chaîne gazière. Pour l’Europe, cette démarche améliore la conformité climatique de l’approvisionnement. Pour l’Algérie, elle peut permettre de moderniser les installations et de réduire les pertes. Elle ne garantit pas automatiquement une diversification de l’économie algérienne.

La question décisive est celle de la valeur conservée en Afrique

L’Algérie dispose d’un atout géographique et énergétique considérable. La proximité de l’Europe, les interconnexions existantes, l’expérience de Sonatrach et un potentiel solaire élevé lui permettent de négocier depuis une position plus forte que de nombreux producteurs africains.

La souveraineté ne se limite toutefois pas à la propriété des ressources. Elle suppose une maîtrise technologique, une capacité de transformation, des équipements produits localement, une fiscalité efficace et des compétences nationales dans l’ingénierie avancée.

Si les futurs projets renouvelables servent principalement à exporter de l’électricité ou de l’hydrogène vers l’Europe, leur contribution à l’industrialisation algérienne dépendra de la part réservée aux fournisseurs locaux, de l’accès du marché intérieur à l’énergie et de la propriété des infrastructures. Une transition qui décarbonerait l’approvisionnement européen sans transformer l’économie du pays producteur resterait déséquilibrée.

Les diasporas algérienne et africaine en Italie peuvent contribuer aux filières d’ingénierie, aux services techniques, à l’entrepreneuriat transméditerranéen et à la recherche. Aucun mécanisme public majeur ne documente encore leur participation systématique aux projets annoncés.

Les annonces ne répondent pas encore à toutes les questions

La signature du protocole d’accord entre Eni et Sonatrach, l’objectif d’accroître la production de gaz, la perspective de prolonger les contrats d’approvisionnement ainsi que l’intégration des énergies renouvelables dans la coopération sont établis par les communications officielles.

Une augmentation des volumes de gaz disponibles à l’horizon 2028 est envisageable, sous réserve que les investissements programmés, les travaux de développement et les calendriers de réalisation soient effectivement respectés.

La part exacte des volumes supplémentaires destinée au marché italien, le coût définitif des projets, les conditions tarifaires des exportations, les capacités additionnelles en énergies renouvelables ainsi que la répartition des investissements entre les activités gazières et les projets liés à la transition énergétique n’ont pas été précisés dans les informations rendues publiques.

Les informations actuellement disponibles ne permettent pas d’établir que les énergies renouvelables occupent déjà une place comparable à celle du gaz dans le partenariat énergétique entre Eni et Sonatrach. Une telle appréciation nécessiterait des données publiques détaillées sur les investissements, les capacités installées et la contribution respective de chaque filière énergétique.

La responsabilité du seul ministère italien de l’Énergie dans l’ensemble du mouvement reste également insuffisamment documentée. Les preuves disponibles établissent plutôt une action coordonnée du gouvernement italien, de l’exécutif algérien, d’Eni et de Sonatrach.

Les contrats complets n’étant pas publics, il demeure impossible d’évaluer précisément les clauses de prix, les obligations de contenu local, les mécanismes de règlement des différends ou les engagements environnementaux.

De la rente gazière à une politique industrielle africaine

À court terme, l’Algérie cherchera à maintenir ses capacités d’exportation tout en développant de nouveaux gisements. L’Italie tentera de sécuriser des contrats longs et des infrastructures adaptées à ses besoins.

À moyen terme, l’enjeu portera sur les projets électriques, solaires et hydrogène. Leur viabilité dépendra des coûts, de la demande européenne, des normes techniques, de l’accès à l’eau et de l’acceptabilité environnementale.

L’Algérie peut utiliser sa position de fournisseur stratégique pour négocier des contreparties industrielles : fabrication d’équipements, centres de recherche, formation, infrastructures portuaires, transformation locale et participation accrue des entreprises nationales.

Le partenariat deviendra véritablement structurant pour l’Afrique s’il dépasse la logique extractive et produit une filière technologique algérienne capable de vendre ses services sur l’ensemble du continent.

Les textes qui permettent de distinguer projets et promesses

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