Un effondrement macroéconomique délibéré pour saper l’État palestinien

Parallèlement à la crise sécuritaire et politique, les territoires palestiniens font face à un effondrement macroéconomique délibéré, mis en exergue lors du briefing du Conseil de sécurité des Nations unies du 29 juin 2026. L’instrumentalisation par les autorités israéliennes des revenus de dédouanement (clearance revenues) et le chantage continu sur les relations de correspondance bancaire menacent de déconnecter totalement la Palestine du système financier mondial. Couplée à l’accélération de l’expansion coloniale, cette stratégie d’asphyxie économique sape les fondements d’un État palestinien souverain et annule de fait les cadres économiques des accords d’Oslo.

Paralysie financière et intensification de la colonisation

Le 29 juin 2026, Ramiz Alakbarov, Coordonnateur spécial adjoint pour le processus de paix au Moyen-Orient (UNSCO), a présenté un rapport accablant sur la mise en œuvre de la résolution 2334 (2016) du Conseil de sécurité. Sur le plan financier, le gouvernement palestinien affronte une paralysie institutionnelle sévère due à la retenue prolongée des revenus de dédouanement par Israël, qui constituent la principale source de financement des services publics. De plus, le 28 juin 2026, le ministère israélien des Finances a octroyé une extension dérisoire de seulement deux semaines (jusqu’au 12 juillet) à la dérogation d’indemnité permettant aux banques israéliennes de maintenir des relations de correspondance avec les banques palestiniennes.
Sur le plan territorial, l’UNSCO documente une intensification fulgurante de la colonisation. Cela inclut l’appropriation par Israël de l’enregistrement foncier formel dans la zone C, ainsi que l’expansion d’une yeshiva dans la zone H2 d’Hébron, approuvée le 17 juin 2026 suite au transfert des compétences d’urbanisme de la municipalité locale vers l’Administration civile israélienne.

L’économie palestinienne maintenue sous respiration artificielle

L’analyse des données de l’Autorité monétaire palestinienne (PMA) démontre que l’économie palestinienne est délibérément maintenue sous respiration artificielle. L’Indice du cycle des affaires de la PMA (PMABCI) souligne une dégradation constante de l’activité, particulièrement dans la bande de Gaza où l’indice s’est effondré à -47,5 points, les infrastructures industrielles peinant à atteindre leurs capacités minimales de production.
L’architecture du système financier palestinien, dictée par le Protocole de Paris, est structurellement subordonnée au shekel israélien pour les règlements transfrontaliers. Sans l’extension continue de la lettre d’indemnité bancaire (correspondent banking waiver) permettant la compensation des shekels excédentaires physiques accumulés dans les coffres palestiniens, l’économie basculerait instantanément dans le défaut de paiement. La PMA a dû organiser des sommets diplomatiques d’urgence avec les ambassadeurs internationaux pour tenter de forcer le rapatriement de ces liquidités et débloquer les fonds douaniers. Le gouvernement de Mohammad Mustafa se voit contraint de prioriser le paiement partiel des salaires et les dettes du secteur de la santé, dépendant massivement de l’aide des bailleurs internationaux.

L’occupation a muté : la coercition est devenue financière

L’architecture de l’occupation a muté : la coercition n’est plus exclusivement militaire et territoriale, elle est intensément financière. La gestion par Israël des « clearance revenues » (les taxes douanières collectées aux frontières pour le compte de l’Autorité palestinienne) et des canaux de compensation bancaire sert d’arme de destruction institutionnelle de premier ordre.
D’un point de vue systémique, cette configuration reproduit les pires mécanismes néocoloniaux de dépendance monétaire, où la puissance occupante contrôle la liquidité, l’accès aux devises et l’inflation pour paralyser toute velléité d’autodétermination économique. La décision de renouveler la correspondance bancaire pour une durée de 14 jours seulement relève d’une politique de l’effondrement contrôlé. Elle maintient la direction palestinienne sous la menace imminente d’une coupure totale, empêchant toute planification budgétaire à long terme. Cette dégradation programmée des services de base (santé, assainissement, éducation) alimente sciemment la crise humanitaire pour forcer des concessions politiques, tout en avançant la confiscation foncière sous couvert de réformes administratives dans la zone C.

Insécurité, crises sanitaires et paralysie du commerce formel

L’insolvabilité forcée de l’Autorité palestinienne menace de démanteler ses institutions et ses forces de sécurité. Selon le briefing de l’UNSCO, ce délabrement socio-économique alimente directement l’insécurité chronique en Cisjordanie, marquée par une moyenne de six attaques de colons par jour et d’importants déplacements forcés de population.
À Gaza, où 70 % de la population manque d’abris dignes et où les infrastructures d’assainissement sont détruites, le blocage des fonds entrave les mécanismes d’urgence. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) souligne que le manque de liquidités et les restrictions d’importation (pièces de rechange, produits chimiques) aggravent les crises sanitaires (maladies cutanées, malnutrition sévère) et compromettent les opérations de déminage.
Sans un canal de correspondance bancaire fonctionnel pour traiter les transactions transfrontalières, l’Autorité palestinienne est dans l’impossibilité de payer ses importations critiques (carburant, électricité, intrants médicaux), provoquant une paralysie totale du commerce formel.
Le transfert de l’autorité de planification civile vers des entités militaires israéliennes (comme à Hébron) et la création d’avant-postes sur des installations des Nations unies (telles que le complexe de l’UNRWA à Sheikh Jarrah) constituent des violations flagrantes du droit international et de la résolution 2334, consolidant une annexion administrative prohibée.

Quelles alternatives en cas de rupture bancaire définitive ?

Absence de données officielles disponibles quant aux mécanismes d’atténuation macroéconomiques spécifiques (adoption de monnaies alternatives, transferts cryptographiques, intermédiation régionale via la Jordanie ou l’Égypte) que l’Autorité monétaire palestinienne (PMA) déploierait techniquement en cas de rupture définitive et permanente de la dérogation bancaire israélienne après la date butoir de la mi-juillet 2026.

L’effacement institutionnel de l’État palestinien en ligne de mire

L’étranglement économique orchestré contre la Palestine dépasse le cadre des sanctions géopolitiques classiques : il vise l’effacement institutionnel de l’État. Si les canaux de correspondance bancaire sont définitivement sectionnés, l’économie formelle palestinienne s’effondrera, forçant un passage drastique vers une économie de survie informelle basée sur la contrebande, le troc et le transfert physique de devises. Cette débancarisation forcée aggravera de manière exponentielle la vulnérabilité de la population civile, éloignant définitivement la faisabilité de la solution à deux États soutenue par le Conseil de sécurité, et transformant une crise d’occupation en effondrement systémique total.

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