Le gouvernement hondurien, dirigé par la présidente Xiomara Castro, est profondément englué dans les contradictions criantes entre son discours originel de transformation sociale et la perpétuation, voire le renforcement, des outils de domination étatique militarisés. La première quinzaine de juin 2026 met en exergue de manière brutale l’escalade militariste du Honduras. Le gouvernement a initié une vaste “stratégie contre le crime organisé” visant spécifiquement 40 municipalités du pays jugées de “haute dangerosité”. Parmi ces cibles prioritaires figurent des centres névralgiques tels que San Pedro Sula, Tegucigalpa, La Ceiba et Tocoa.
Cette opération n’est pas une simple intervention de police ; elle est soutenue par des réformes internes d’envergure, notamment la création récente par décret législatif d’une Agence Nationale Contre le Crime et la classification officielle et juridique des gangs urbains (les maras) comme “organisations terroristes”. Cette requalification lexicale et pénale est lourde de conséquences : elle octroie aux forces de l’ordre, largement soutenues par la logistique militaire de la police militaire de l’ordre public (PMOP), des marges de manœuvre procédurales considérables et des cadres juridiques d’exception permettant de contourner les garanties constitutionnelles classiques pour capturer des réseaux entiers. La presse locale a abondamment documenté ce déploiement via des dossiers photographiques et analytiques. La géographie de cette intervention n’a rien d’anodin pour l’investigation critique : La Ceiba et le littoral nord, incluant Tocoa, constituent le berceau des communautés Garifunas (afro-autochtones) et des luttes paysannes. La militarisation de ces espaces, sous le prétexte indiscutable d’éradiquer l’extorsion et le narcotrafic, s’accompagne invariablement, historiquement et statistiquement, d’une recrudescence des violations des droits humains contre les leaders communautaires et les défenseurs de la terre.
La dimension internationale de cette militarisation est tout aussi préoccupante. Le chef d’état-major conjoint des forces armées du Honduras, le général de division Héctor Benjamín Valerio Ardón, a publiquement admis au micro de médias internationaux que des pourparlers avancés étaient en cours pour autoriser des troupes de combat étasuniennes à mener des “opérations” directes sur le territoire national, sous l’ombrelle d’une initiative de Washington baptisée “Coalition Anticartels des Amériques”. Le général Valerio a délibérément minimisé l’atteinte grave à la souveraineté territoriale, arguant que des agences nord-américaines de renseignement comme la DEA (Drug Enforcement Administration) et la CIA opèrent déjà librement et traditionnellement dans le pays, comme rapporté par la presse indépendante. L’abandon du monopole de la violence légitime par un État prétendument souverain à une puissance étrangère consolide l’architecture de tutelle impériale dans le bassin caribéen, réduisant le Honduras au statut d’avant-poste opérationnel du Pentagone.
Au cœur de cette effervescence sécuritaire, le gouvernement navigue dans des eaux économiques troubles et mène une diplomatie du grand écart. Le 10 juin 2026, l’Union européenne et le Honduras ont signé un accord de financement non remboursable de 6 millions d’euros (soit environ 185 millions de lempiras) visant ostensiblement à promouvoir les investissements du secteur privé pour favoriser l’émergence d’une économie “verte, circulaire et résiliente”. Ce traité bilatéral, détaillé par la délégation de l’UE, insiste sur le renforcement de la sécurité juridique pour les entreprises européennes.
Cependant, ce discours poli sur le développement durable contraste violemment avec la crise structurelle féroce entourant l’Entreprise Nationale d’Énergie Électrique (ENEE). Les spéculations persistantes sur une privatisation imminente du réseau national de transmission ou de la gestion globale de l’ENEE ont poussé la base du parti au pouvoir, le Parti Liberté et Refondation (Libre), à instruire ses militants pour organiser des assemblées et des mobilisations nationales. L’objectif est d’empêcher le démantèlement de l’entreprise publique face à ce qui est perçu comme une pression des organismes financiers internationaux. Rixi Moncada, figure gouvernementale, a dû réaffirmer face aux médias que l’État s’opposait à ces privatisations, martelant que “le secteur public a une mission : l’être humain”. Ces plans de privatisation, souvent pilotés par les impératifs de la dette, constituent une forme moderne et dévastatrice d’extractivisme qui vise à spolier les infrastructures vitales édifiées par les deniers publics pour les livrer clés en main aux conglomérats transnationaux, sous le regard complice des réformes “vertes” dictées par le Nord global.

