L’élection historique de Nguyễn Thị Lan Anh
L’élection historique, en juin 2026, de l’universitaire vietnamienne Nguyễn Thị Lan Anh en tant que juge au Tribunal international du droit de la mer (ITLOS) marque une évolution doctrinale décisive pour le Viêt Nam. Bien au‑delà d’une réussite de prestige, l’investigation révèle l’architecture de la riposte vietnamienne face à l’hégémonie maritime chinoise. Constatant l’impossibilité d’une symétrie militaire (hard power), Hanoï instrumentalise les cadres juridiques multilatéraux occidentaux et tisse un réseau d’alliances stratégiques avec les nations frontalières (notamment les Philippines) pour institutionnaliser la défense de son espace vital.
Une victoire écrasante au premier tour à l’ONU
Le 18 juin 2026, au cours de la 36e Réunion des États parties à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS) tenue au siège de l’ONU à New York, l’Assoc. Prof. Dr. Nguyễn Thị Lan Anh a été brillamment élue juge au Tribunal international du droit de la mer (ITLOS) pour le mandat 2026‑2035.
Cette élection constitue une série de premières institutionnelles retentissantes :
- Il s’agit de la toute première fois qu’un ressortissant vietnamien accède à cette cour depuis la création du tribunal en 1996.
- La candidate vietnamienne a sécurisé sa victoire de manière écrasante dès le premier tour de scrutin, récoltant le nombre de voix le plus élevé parmi tous les candidats représentant l’espace Asie‑Pacifique.
- Issue du cœur de l’appareil d’État, la nouvelle juge occupe le poste hautement stratégique de vice‑présidente de l’Académie diplomatique du Viêt Nam, l’institution de réflexion intellectuelle et juridique du ministère des Affaires étrangères (MOFA).
Cette offensive légale a été synchronisée avec une manœuvre diplomatique de premier plan sur le terrain régional. Le secrétaire général du Comité central du Parti communiste du Viêt Nam et président de la République, To Lam, a effectué une visite d’État en République des Philippines du 31 mai au 1er juin 2026, à l’invitation du président Ferdinand R. Marcos Jr. Les deux chefs d’État y ont consolidé leur Partenariat stratégique et acté des accords bilatéraux directs dans un contexte de forte militarisation maritime régionale.
Quand le droit devient l’arme de dissuasion première
Les registres diplomatiques du ministère des Affaires étrangères (MOFA) vietnamien témoignent d’une mutation idéologique profonde de la défense nationale. Incapable de contester physiquement l’expansion navale phénoménale de la République populaire de Chine et ses revendications territoriales de la « ligne en neuf traits », le Viêt Nam a transféré le champ de bataille vers l’arène du droit international.
L’appareil d’État a engagé un capital diplomatique sans précédent pour assurer cette victoire. Les déclarations du ministre adjoint permanent des Affaires étrangères, Nguyen Minh Vu, et la mobilisation préalable lors des sessions préparatoires (SPLOS‑34) indiquent que l’intégration des organes juridiques onusiens est désormais considérée comme l’arme de dissuasion première d’Hanoï. L’élection au premier tour prouve que la diplomatie vietnamienne a su capitaliser sur l’anxiété globale suscitée par le révisionnisme territorial asiatique pour s’attirer les suffrages des nations non alignées et occidentales.
En outre, la chronologie des événements dévoile un axe de résistance concerté. La visite du président To Lam à Manille, quelques semaines avant l’élection à l’ITLOS, lie structurellement les deux capitales qui s’opposent le plus frontalement à Pékin. Les Philippines ayant déjà utilisé l’arbitrage international avec succès en 2016, Hanoï signale à la communauté internationale qu’un bloc aséanien officieux s’organise autour d’une doctrine commune de « lawfare » (guerre juridique).
S’emparer des outils du Nord pour contrer l’hégémonie
La manœuvre vietnamienne s’analyse à travers le prisme de l’asymétrie systémique propre aux rapports de force du Sud global. L’architecture du droit international a été historiquement conçue par les puissances du Nord. Le Viêt Nam réalise l’exploit stratégique de s’emparer de ces outils pour sanctuariser ses droits souverains contre une puissance régionale du Sud devenue hégémonique.
L’accès à l’ITLOS transforme le statut du Viêt Nam : d’un État passif subissant les violations de sa Zone économique exclusive (ZEE), il se hisse au rang de producteur et de gardien de la jurisprudence maritime mondiale. Même si les statuts du Tribunal imposent une impartialité absolue et une indépendance stricte aux juges – fait formellement rappelé par l’exécutif vietnamien qui se félicite de l’intégrité de sa candidate – la seule présence d’une magistrate vietnamienne sur le banc garantit qu’aucun jugement, avis consultatif ou interprétation de l’UNCLOS ne pourra désormais contourner les perspectives et la réalité topographique des États côtiers de la mer de Chine méridionale.
Verrouiller l’interprétation du droit coutumier marin
- Juridique et normatif : par son élection, le Viêt Nam verrouille l’interprétation du droit coutumier marin, participant directement à la définition légale des statuts des îles, des récifs artificiels et des limites d’exploitation des fonds marins qui structurent les conflits actuels.
- Géopolitique et diplomatique : le ralliement massif des États membres de l’ONU autour de la candidature vietnamienne inflige un revers tacite aux stratégies de politique du fait accompli territorial, témoignant d’une légitimation internationale de la posture défensive d’Hanoï.
- Sécuritaire régional : la consolidation du Partenariat stratégique renforcé avec les Philippines (visite de To Lam) crée une synergie dissuasive. Les deux États coordonnent implicitement leurs réponses navales et juridiques, limitant la capacité des puissances rivales à diviser l’ASEAN sur la gestion du dossier maritime.
Les concessions secrètes derrière le raz‑de‑marée électoral
La façade lisse du succès diplomatique occulte les marchandages sous‑jacents inhérents au système onusien. Absence de données officielles disponibles décrivant la nature précise des concessions commerciales, des votes d’échange ou des accords bilatéraux que le gouvernement vietnamien a dû concéder aux délégations africaines, sud‑américaines et européennes pour sécuriser un raz‑de‑marée électoral au premier tour. Par ailleurs, la diplomatie vietnamienne cultive une dualité complexe : si elle s’arme juridiquement contre la Chine via l’ONU, ses communiqués de politique intérieure continuent de promouvoir une coopération « stratégique forte et de haut niveau » avec le Parti communiste chinois (réunions de juillet 2026), masquant l’intensité réelle des frictions géopolitiques à sa population.
Et si la force l’emportait sur le droit ?
L’élection de l’Assoc. Prof. Dr. Nguyễn Thị Lan Anh à l’ITLOS offre au Viêt Nam un bouclier normatif inestimable. Cependant, les limites de cette stratégie institutionnelle sont patentes : la force du droit en haute mer s’arrête là où commence la supériorité navale cynétique des flottes adverses. Si les puissances hégémoniques choisissent d’ignorer systématiquement les avis ou les jurisprudences émis par les tribunaux internationaux (comme cela a été le cas en 2016), le dividende de cette victoire s’avérera illusoire. Les signaux faibles stratégiques indiquent que ce positionnement juridique agressif constitue probablement l’étape préparatoire avant que le Viêt Nam ne lance formellement sa propre procédure contentieuse multilatérale contre les empiétements souverains dans sa zone économique exclusive.

