Infrastructures / Coopération Sud-Sud
En 2026, le chantier change de nature
Le titre du référentiel décrit un déploiement de la Phase II du Tuvalu Coastal Adaptation Project (TCAP). Le fait est réel, mais sa chronologie doit être resserrée. Les travaux physiques majeurs de TCAP II sur la rive sud du lagon de Fogafale n’ont pas commencé en 2026 : ils ont été lancés en 2024 et les huit hectares de terre nouvelle ont été déclarés achevés en octobre 2025. L’année 2026 correspond surtout à la fin du cycle opérationnel, au transfert des ouvrages, au renforcement des capacités nationales et à la préparation des extensions suivantes.
La page actuelle du Programme des Nations unies pour le développement maintient TCAP II avec une échéance en 2026 et un budget d’environ 17,5 millions de dollars. Le projet doit protéger environ 800 mètres de littoral vulnérable sur Fogafale et bénéficier directement à plus de 6 000 personnes. La cérémonie de lancement d’octobre 2024 prévoyait déjà l’achèvement des travaux en 2025 puis une remise complète au gouvernement à la mi-2026.
Le « déploiement » de 2026 doit donc être compris au sens institutionnel : passage d’un chantier financé et exécuté avec des partenaires internationaux vers un actif public que Tuvalu doit exploiter, entretenir, planifier et intégrer à sa stratégie d’occupation du territoire. Cette nuance change l’analyse. La souveraineté ne réside pas seulement dans la construction de terre nouvelle, mais dans la capacité nationale à décider de son usage et à reproduire l’opération.
Du remblai côtier à une stratégie nationale de survie territoriale
TCAP est né d’un problème physique simple et brutal : Tuvalu ne dispose pratiquement pas de « hauteur de repli ». À Funafuti, la densité de population, l’érosion, les submersions et l’élévation du niveau marin réduisent les possibilités de déplacement interne vers des terres plus élevées. L’adaptation doit donc protéger le littoral existant tout en créant, là où cela est techniquement possible, des surfaces plus sûres.
La première phase financée par le Fonds vert pour le climat a permis des ouvrages de protection sur Funafuti, Nanumea et Nanumaga et la création de plusieurs hectares de terre élevée sur la capitale. La Phase II a prolongé cette logique sur le sud de Fogafale. En octobre 2025, l’UNDP a annoncé l’achèvement de huit hectares supplémentaires de terre remblayée et surélevée, portant l’ensemble des surfaces nouvelles ou sécurisées de Funafuti à une échelle suffisamment visible pour devenir un instrument de planification nationale.
Le Plan national d’adaptation de Tuvalu, publié en 2025, confirme que cette approche dépasse désormais le projet isolé. Sa première grande priorité de protection côtière est une « National Reclamation and Relocation Strategy: Tuvalu Survival Pathway ». Le plan prévoit un schéma directeur de remblaiement à grande échelle, un plan urbain pour Funafuti, une relocalisation des infrastructures guidée par le risque et des études de faisabilité pour de nouveaux projets. TCAP devient ainsi une base de données, de compétences et de démonstration pour une politique territoriale plus large.
Huit hectares, 800 mètres et une plateforme pensée au-delà de 2100
Les dimensions de TCAP II sont documentées. Le projet vise environ 800 mètres de protection sur la rive sud du lagon de Fogafale et environ huit hectares de terrain nouvellement créé. L’UNDP indique que ces surfaces ont été conçues pour rester au-dessus des niveaux marins projetés au-delà de 2100. La logique technique reprend les enseignements de la première phase : remblai, élévation, protection du front de mer, drainage, suivi environnemental et planification de l’usage futur.
Cette terre ne vaut pas seulement par sa superficie. À Funafuti, où les contraintes foncières sont extrêmes, huit hectares peuvent accueillir des logements, des écoles, des équipements publics ou d’autres infrastructures essentielles. Le gouvernement et les communautés doivent toutefois déterminer ces usages à travers des plans d’aménagement. L’achèvement physique n’équivaut donc pas à l’achèvement de la politique publique : la valeur stratégique dépendra de la manière dont le foncier sera gouverné.
TCAP II comporte aussi une dimension de capacité. Les documents de projet prévoient la formation des acteurs chargés de l’entretien, la planification de l’usage des terres et des travaux analytiques sur l’« adaptation verticale ». L’objectif est de réduire la dépendance à une intervention ponctuelle de prestataires étrangers et de permettre au gouvernement et à la société civile tuvaluane de mieux concevoir, surveiller et gérer les prochaines opérations de protection côtière.
Quand l’adaptation devient une ingénierie de souveraineté
L’expression « ingénierie de souveraineté » relève de l’analyse, pas d’une qualification juridique officielle du projet. Une opération de remblaiement ne crée pas, à elle seule, un nouveau régime de souveraineté au sens du droit international. Elle peut toutefois renforcer les conditions matérielles d’exercice de la souveraineté en préservant l’habitabilité, les fonctions publiques et la continuité physique d’une communauté politique exposée à la montée des eaux.
Cette lecture est cohérente avec la politique climatique nationale de Tuvalu pour 2021-2030, qui associe explicitement identité, culture, terre, océan et environnement et fixe comme objectif la sauvegarde de l’identité, du patrimoine culturel et de la souveraineté territoriale. Le Plan national d’adaptation prolonge cette logique en liant remblaiement, relocalisation, infrastructures critiques et urbanisme. La construction devient alors une composante de la stratégie de continuité nationale.
Il faut néanmoins éviter un raccourci : créer de la terre élevée ne résout ni l’ensemble des risques climatiques, ni les questions de financement à long terme, ni les effets écologiques du remblaiement. Le projet a fait l’objet d’une évaluation environnementale et sociale au titre du droit tuvaluan et des procédures de l’UNDP. La souveraineté par l’ingénierie n’est donc crédible que si le pays conserve aussi la capacité de réglementer les travaux, d’arbitrer leurs impacts et d’en maîtriser l’entretien.
Ce que l’Afrique peut reprendre d’un atoll de 26 km²
L’intérêt africain de TCAP ne réside pas dans la reproduction mécanique d’un remblai insulaire. Les littoraux africains sont beaucoup plus vastes, plus peuplés et géomorphologiquement divers. En revanche, la méthode est directement pertinente : associer données climatiques, choix d’ingénierie, gouvernance foncière, financement concessionnel, renforcement des capacités nationales et planification de long terme.
En 2026, l’Afrique de l’Ouest est précisément entrée dans une nouvelle phase avec WACA+, programme régional soutenu par la Banque mondiale. Sa première phase au Bénin et en Mauritanie mobilise 240 millions de dollars et doit protéger plus de 530 000 personnes contre l’érosion et les inondations tout en développant des chaînes de valeur de l’économie bleue. À Nouakchott, le programme prévoit notamment le renforcement du cordon dunaire qui protège la capitale contre les submersions.
La comparaison montre deux échelles différentes d’un même problème politique : qui maîtrise l’adaptation des territoires stratégiques ? La Déclaration de Luanda sur l’économie bleue adoptée par les États membres de l’Union africaine en juillet 2026 insiste sur la souveraineté, la résilience des infrastructures côtières, la science, le financement et la nécessité de conserver les compétences et la valeur sur le continent. TCAP rappelle qu’une infrastructure climatique n’est véritablement souveraine que lorsque l’État peut en gouverner les données, l’entretien, le foncier et la prochaine génération de projets.
La coopération Sud-Sud n’est pas établie par le financement de TCAP II
La catégorie du référentiel associe le dossier à la « Coopération Sud-Sud ». Ce classement doit être conservé, mais son contenu appelle une précision factuelle. TCAP II n’est pas financé principalement par des partenaires du Sud global : les sources de l’UNDP identifient l’Australie, la Nouvelle-Zélande et, dans les communications actualisées, les États-Unis parmi les bailleurs. L’UNDP assure la mise en œuvre avec le gouvernement de Tuvalu.
Il serait donc incorrect de présenter l’architecture financière de la Phase II comme un exemple pur de coopération Sud-Sud. Sa dimension Sud-Sud se situe plutôt dans la circulation potentielle des méthodes, notamment entre petits États insulaires, territoires côtiers vulnérables et pays africains cherchant des solutions adaptées à l’érosion, aux submersions et au manque de foncier sécurisé.
Cette distinction est stratégique. Le transfert de technologie ne se réduit pas au transfert d’argent. Tuvalu cherche à convertir une opération financée de l’extérieur en compétences publiques, règles d’aménagement, données techniques et capacité à commander les phases suivantes. C’est précisément ce passage de l’aide extérieure à la maîtrise nationale qui peut nourrir une coopération entre pays du Sud, à condition que les savoir-faire soient documentés, accessibles et réellement appropriables.
De la remise des ouvrages à TCAP 1B, plusieurs questions restent ouvertes
Au 25 août 2026, les documents institutionnels accessibles confirment l’achèvement des huit hectares de TCAP II/TCAP 1A en 2025 et l’objectif d’une remise complète au gouvernement en 2026. Ils ne permettent toutefois pas d’établir avec le même niveau de précision la date exacte de clôture administrative de toutes les composantes, ni l’état détaillé de chaque action de formation, d’entretien et de planification foncière.
La prochaine étape est déjà identifiable : l’UNDP indiquait en octobre 2025 que la planification de TCAP 1B avait commencé pour étendre la protection vers le nord de Fogafale. Une procédure de marché publiée en 2025 portait sur l’ingénierie détaillée de cette future composante. En revanche, les sources consultées ne permettent pas de présenter TCAP 1B comme un nouveau chantier de construction déjà pleinement déployé en août 2026.
La projection la plus solide est donc graduelle. Si Tuvalu transforme les actifs livrés en 2026 en systèmes d’entretien, règles d’urbanisme, compétences nationales et projets reproductibles, TCAP pourra devenir plus qu’une succession de digues et de remblais : une politique durable de maintien du territoire habitable. Si ces fonctions restent dépendantes d’équipes, financements et données extérieurs, la souveraineté matérielle créée par l’infrastructure restera partielle.
Les documents qui séparent l’ouvrage construit de la souveraineté projetée
Le niveau de preuve repose principalement sur des sources institutionnelles directes et récentes :
- Programme des Nations unies pour le développement, page officielle « Tuvalu Coastal Adaptation Project II » : budget, objectifs, bénéficiaires et échéance 2026.
- Programme des Nations unies pour le développement, communiqué du 15 octobre 2025 sur l’achèvement des huit hectares de TCAP II/TCAP 1A et la préparation de TCAP 1B.
- Programme des Nations unies pour le développement, communiqué du 29 octobre 2024 sur le lancement de TCAP II, le calendrier des travaux et la remise prévue au gouvernement.
- Programme des Nations unies pour le développement, évaluation environnementale et sociale de TCAP II, juillet 2024.
- Gouvernement de Tuvalu, National Climate Change Policy 2021-2030 : objectif de sauvegarde de l’identité, du patrimoine culturel et de la souveraineté territoriale.
- Gouvernement de Tuvalu / CCNUCC, Tuvalu National Adaptation Plan 2025 : stratégie nationale de remblaiement, relocalisation et protection côtière.
- Union africaine, Déclaration de Luanda sur l’économie bleue, 24 juillet 2026.
- Banque mondiale, WACA+ pour le Bénin et la Mauritanie, mars-avril 2026.

