Portrait illustratif de Hassan Sheikh Mohamud devant l’océan Indien et un navire de forage lointain.

Le forage est engagé, mais la maîtrise des coûts et les bénéfices somaliens restent à établir

Repères de vérification : le forage est engagé depuis avril 2026. [5] Les dix ans concernent l’accord de défense ; le texte sur les hydrocarbures prévoit cinq ans, renouvelables par périodes de trois ans. [1][2]

Au large de la Somalie, la coopération avec la Turquie a franchi le stade de la préparation. Un premier puits est en cours d’exploration, sans découverte commerciale acquise. Pour les institutions et les territoires somaliens, l’enjeu porte déjà sur l’accès aux données, le contrôle des dépenses et la capacité de décider de l’utilisation de revenus encore hypothétiques.

La visite présidentielle rend visible une campagne dont le résultat reste ouvert

Le 16 octobre 2026, Hassan Sheikh Mohamud se rend sur le navire de forage Çağrı Bey, au large de la Somalie. Hiiraan Online rapporte le lendemain, à partir d’informations de la présidence et de l’ambassade turque, un point technique sur les opérations du puits CURAD-1. Les résultats préliminaires détaillés ne sont pas rendus publics et aucune découverte commercialement exploitable n’est annoncée dans ce compte rendu. La visite documente un suivi politique ; elle ne constitue pas une certification pétrolière. [6]

Entre forer et disposer d’une recette budgétaire, il faut établir ce que contient le sous-sol et déterminer si l’exploitation serait viable. Une campagne peut produire des connaissances utiles sans déboucher sur des ventes.

L’enjeu somalien concerne les moyens de comprendre ces résultats, de négocier leur usage et de rendre compte des engagements pris. Le gouvernement fédéral, les autorités territoriales et les futurs travailleurs occupent des places différentes dans cette chaîne de décisions.

Plusieurs accords se succèdent sans partager la même durée

La fiche du gouvernement somalien consacrée à l’accord de défense et de coopération économique retient le 8 février 2024 et une durée de dix ans. Elle présente un engagement turc à construire, former et équiper la marine somalienne, avec une coopération de protection maritime. Cette présentation officielle expose les objectifs de l’accord ; son texte intégral exploitable n’a pas été obtenu. [2]

L’accord intergouvernemental sur les hydrocarbures, signé le 7 mars 2024 et annexé au projet déposé au Parlement turc en avril 2025, constitue un autre instrument. Sa durée initiale de cinq ans et ses reconductions de trois ans empêchent de l’assimiler au seul calendrier militaire. [1]

Le rapport du Comité de gouvernance financière somalien situe en juillet 2024 la signature de trois contrats de partage de production offshore avec TPAO, la compagnie pétrolière turque. [7] Un accord terrestre distinct est ensuite annoncé le 10 avril 2025 : selon TRT World, il porte sur trois blocs d’environ 16 000 kilomètres carrés, avec des travaux sismiques puis des forages envisagés. Ce périmètre ne doit pas être attribué aux blocs marins. [10]

Les données sismiques ont débouché sur un premier puits en mer

Le comité technique réuni par la Somali Petroleum Authority et TPAO du 10 au 12 octobre 2025 mentionne les blocs 142, 152 et 153. L’autorité somalienne présente alors l’acquisition et le traitement sismiques comme achevés, avant l’interprétation finale et le choix des sites. Formation, sécurité, environnement et gouvernance financière figurent à l’ordre du jour. Ce compte rendu décrit une étape de préparation de 2025, sans mesurer les compétences ensuite acquises. [3]

Le 12 avril 2026, le ministère turc de l’Énergie annonce le départ du Çağrı Bey de Mogadiscio vers CURAD-1, à 372 kilomètres au large, pour une arrivée prévue le lendemain et des tests avant forage. L’objectif annoncé associe 3 495 mètres d’eau et 4 005 mètres sous le fond marin, soit 7 500 mètres au total. La durée envisagée est de six à neuf mois sous conditions météorologiques favorables. Ces profondeurs et délais sont des objectifs, pas des résultats de fin de campagne. [4]

Dans un entretien publié le 26 mai par Anadolu, le ministre somalien Dahir Shire Mohamed confirme le forage du premier puits et espère des résultats favorables vers la fin de l’année. Il refuse de chiffrer les réserves potentielles et présente l’apprentissage en situation de travail comme un moyen de former des Somaliens. L’entretien situe le démarrage en avril. Il confirme l’activité, sans garantir son issue ni quantifier les emplois ou les transferts de compétences. [5]

Le plafond de remboursement des coûts ne donne pas la part définitive des revenus

Les articles 4.6 et 4.7 du texte hydrocarbures prévoient une redevance éventuelle plafonnée à 5 %, puis une récupération des dépenses admissibles pouvant atteindre 90 % de la production annuelle disponible après redevances. Le montant non nécessaire au remboursement rejoint le profit pétrolier, dont le partage relève des contrats d’exécution. Le chiffre de 90 % désigne donc un plafond de recouvrement de coûts, pas une part permanente de toutes les recettes attribuée à la Turquie. [1]

Le pouvoir de vérifier une facture et d’empêcher un double comptage devient dès lors déterminant. Pour calculer ce que recevrait une administration, il faudrait connaître les coûts, la production et les règles complètes de partage. La discussion sur un pourcentage ne dispense pas de contrôler les comptes.

Dans une étude publiée en mai 2026, Mohamed M. Farid et Ahmed Mohamoud Adan examinent précisément les risques fiscaux et les capacités d’audit. Leur estimation illustrative d’un prélèvement public de 11,175 % suppose notamment un partage égal du profit et un impôt de 30 %. Ces hypothèses ne sont pas confirmées ici par les contrats signés. L’intérêt de cette contribution réside dans les questions qu’elle pose au contrôle financier ; son exemple ne peut devenir le rendement contractuel démontré de la Somalie. [9]

Le partage entre institutions somaliennes précède la promesse de richesse nationale

Le rapport de gouvernance financière rappelle l’accord de Baidoa de 2018, intégré à la loi pétrolière de 2020. Son tableau 7 répartit le profit pétrolier offshore revenant à la partie somalienne : 55 % au gouvernement fédéral, 25 % à l’État fédéré producteur, 10 % au district producteur et 10 % collectivement aux autres États fédérés et au Banadir. Ces proportions portent sur la part bénéficiaire somalienne, pas sur toute la production. Le rapport décrit un cadre et des scénarios, sans attester de versements réalisés en 2026. [7]

Les positions somaliennes divergent sur les moyens d’atteindre ces revenus éventuels. Interrogé par The EastAfrican en avril, Abduqadir Yusuf, conseiller au ministère de l’Environnement du Puntland, critique la concentration du contrôle et les conditions financières. Hussein Ali Ahmed, directeur de la régulation au ministère fédéral du Pétrole, défend le partenariat en invoquant les contraintes d’infrastructure, de banque et d’assurance. La critique du conseiller ne vaut pas décision officielle du Puntland ; la justification fédérale ne démontre pas, à elle seule, que toutes les alternatives ont été comparées. [8]

Qui peut commander une expertise et contester un coût ? Qui bénéficierait des achats locaux ou supporterait les risques pour les activités côtières ? Une décision fédérale peut engager plusieurs territoires sans leur procurer les mêmes bénéfices. Cette distribution mérite un suivi propre.

Les contrats et les comptes manquants empêchent de chiffrer les retombées

Les trois contrats offshore signés, leurs annexes et leurs avenants n’ont pas été obtenus. Ils permettraient de vérifier le partage final du profit, les pouvoirs d’audit et les obligations de recrutement, de formation ou de protection de l’environnement. Sans ces pièces et les coûts audités, aucun revenu net ne peut être présenté comme un résultat observé.

Les notifications d’entrée en vigueur de l’accord hydrocarbures manquent également. Une version consolidée des règles constitutionnelles et pétrolières serait nécessaire pour établir exhaustivement les compétences applicables au 19 octobre 2026, au-delà du cadre historique décrit par le rapport de gouvernance.

Ni rapport final du puits, ni essais documentés, ni réserves certifiées ne figurent dans les pièces retenues. Les témoignages directs des pêcheurs et des salariés manquent aussi : impossible d’attribuer une position commune aux communautés côtières. Ces lacunes limitent la conclusion, sans démontrer que les documents ou les résultats n’existent pas.

La suite dépendra du sous-sol et des moyens somaliens de contrôler le partenariat

Une découverte exploitable ouvrirait une nouvelle séquence d’évaluation, de financement et de décisions de développement. Ses effets sur le budget, les services publics ou les revenus côtiers devraient ensuite être mesurés séparément, en rapprochant les engagements de leur exécution.

Un puits décevant laisserait une autre question : quelles connaissances resteraient accessibles aux équipes somaliennes ? Les prochains choix pourraient être mieux informés si les institutions disposaient des données et de moyens indépendants pour les interpréter.

Au 19 octobre, l’issue commerciale reste ouverte. La coopération pourra être évaluée à la capacité des institutions somaliennes de vérifier les opérations, d’en débattre avec les territoires et de négocier les étapes suivantes, autant qu’aux résultats géologiques.

Les accords et comptes rendus qui permettent de distinguer opérations et revenus

Sources consultées le 19 octobre 2026. Les annonces des partenaires établissent leurs positions ; les comptes rendus de presse ne remplacent pas un audit technique ou financier.

[1] TBMM — Accord hydrocarbures du 7 mars 2024, annexe au projet 2/3065 déposé en avril 2025.

Articles 4 et 12 ; durée et mécanisme financier. Les contrats d’exécution restent distincts.

[2] Gouvernement somalien — Fiche de l’accord de défense et de coopération économique, 22 juin 2026.

Présente un accord décennal daté du 8 février 2024 ; texte intégral non obtenu.

[3] Somali Petroleum Authority — Comité technique SPA–TPAO réuni du 10 au 12 octobre 2025.

Blocs et préparation technique ; réunion de 2025, sans bilan mesuré de formation.

[4] Ministère turc de l’Énergie — Départ du Çağrı Bey vers CURAD-1, 12 avril 2026.

Trajet, profondeurs et durée annoncés ; les objectifs ne sont pas des résultats acquis.

[5] Anadolu — Entretien avec le ministre somalien Dahir Shire Mohamed, 26 mai 2026.

Confirme le forage ; attentes commerciales et transfert de compétences restent des objectifs.

[6] Hiiraan Online — Visite du président somalien sur le navire de forage, 17 octobre 2026.

Visite du 16 octobre rapportée à partir de la présidence ; aucun audit commercial indépendant.

[7] Ministère somalien des Finances — Somalia Financial Governance Report 2024, références jusqu’en mars 2025.

Contrats et partage territorial, notamment tableau 7 ; cadre décrit pour 2024–2025, sans recettes réalisées.

[8] Abdulkadir Khalif, The EastAfrican — Débat somalien sur les conditions du partenariat, 11 avril 2026.

Entretiens contradictoires ; les appréciations et fonctions des interlocuteurs sont attribuées.

[9] Mohamed M. Farid et Ahmed Mohamoud Adan — Analyse fiscale de l’accord offshore, 21 mai 2026.

Étude documentaire ; simulation fondée sur des hypothèses, sans comptes pétroliers réels.

[10] TRT World — Accord d’exploration terrestre entre la Turquie et la Somalie, 10 avril 2025.

Annonce de trois blocs terrestres ; aucune exécution actuelle établie par cette publication.

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