Koweït  |  Aide au développement / Sécurité humaine

Le financement koweïtien qui correspond le mieux au titre a été signé le 21 novembre 2025, non en 2026. Le Fonds koweïtien pour le développement économique arabe a accordé quatre millions de dollars à deux projets du PNUD au Soudan. L’un est cofinancé avec 4,2 millions de dollars de la Suisse et le PNUD pour un total de 6,8 millions ; l’autre reçoit deux millions du seul Fonds koweïtien. Ensemble, ils visent plus de 660 000 personnes.

Le paquet combine aide immédiate, agriculture, énergie solaire, eau et résilience, mais il ne se résume pas à un octroi conjoint d’urgence hydrique. Il intervient dans une guerre qui a déplacé plus de quatorze millions de personnes et endommagé les services. Sa valeur tient au passage du secours à des systèmes locaux durables. Sa limite tient à sa taille face aux besoins, à l’accès humanitaire et à la nécessité de garantir que l’eau ne soit ni captée par les acteurs armés ni distribuée selon des rapports de pouvoir opaques.

Deux projets, trois financeurs, des objets distincts

Le premier projet, consacré aux déplacés, réfugiés et communautés hôtes de l’est du Soudan, représente 6,8 millions de dollars. Le Fonds koweïtien, la Suisse et le PNUD le cofinancent. Il doit soutenir 160 000 personnes dans les États de Kassala, Gedaref et de la mer Rouge par l’agriculture résiliente, la pêche, l’élevage et des solutions solaires pour l’eau et l’énergie.

Le second, financé à hauteur de deux millions de dollars par le seul Fonds koweïtien, vise 500 000 petits exploitants dans le Nil-Blanc, Al-Jazira, Kassala et la mer Rouge. Il prévoit irrigation solaire, réhabilitation d’infrastructures, gestion efficiente de l’eau et associations d’usagers. Les deux projets sont liés par la résilience, mais le mot « conjoint » ne s’applique pas de la même manière à leur financement. La ventilation doit rester visible pour éviter le double comptage.

L’urgence de l’eau dans une économie de guerre

Le PNUD décrit une crise où plus de trente millions de personnes ont besoin d’aide et où l’insécurité alimentaire aiguë touche des dizaines de millions. Trente pour cent des ménages agricoles signalent de graves problèmes d’irrigation ; plus de quarante pour cent des agriculteurs n’auraient pas pu semer lors de la saison précédente en raison du manque d’eau, de financement et de systèmes endommagés. Ces chiffres donnent une logique immédiate aux investissements.

Mais l’accès à l’eau dépend de la sécurité, du carburant, des pièces, des routes et du personnel. Installer une pompe dans une zone contestée ne garantit pas son usage continu. Les équipes doivent cartographier les acteurs armés, négocier un accès impartial, protéger les techniciens et prévoir des stocks. L’aide hydrique doit également éviter d’attirer des populations vers un site insuffisamment protégé ou d’accroître les tensions entre déplacés et communautés hôtes.

Le solaire réduit un risque et en crée d’autres

Les pompes solaires diminuent la dépendance au diesel, dont le prix et l’approvisionnement sont instables. Elles peuvent rendre l’irrigation et les services plus prévisibles. Le bénéfice n’est durable que si les panneaux, onduleurs et pompes sont adaptés, sécurisés et réparables. Sans stock de pièces, formation et budget, une panne transforme rapidement l’investissement en équipement abandonné.

Une énergie moins chère peut aussi intensifier le pompage au-delà de la recharge des nappes. Les projets doivent mesurer les niveaux d’eau, fixer des règles d’usage et associer les communautés à la surveillance. Les associations d’usagers prévues sont donc un élément de gouvernance, pas un supplément social. Leur représentativité, notamment celle des femmes annoncée à au moins 50 % dans certains comités, doit être vérifiée dans les fonctions de décision et de contrôle des recettes.

De la résilience au risque de substitution

Réhabiliter l’irrigation et soutenir les moyens de subsistance peut empêcher une dépendance prolongée à l’assistance alimentaire. Le PNUD présente le financement comme un passage du secours au relèvement. Cette articulation est pertinente lorsque les marchés fonctionnent et que les agriculteurs peuvent accéder aux terres, aux semences et aux débouchés. Elle devient fragile si la guerre détruit à nouveau les infrastructures ou si les propriétaires et groupes armés captent les bénéfices.

Le projet ne doit pas se substituer durablement aux administrations soudanaises ni légitimer une autorité de fait. Il doit renforcer les services locaux, documenter les actifs et prévoir leur transfert à une institution responsable. Dans un État fragmenté, cette responsabilité peut être contestée. Le PNUD et les financeurs devraient publier les critères de choix des partenaires, les mécanismes anticorruption et la manière dont ils maintiennent la neutralité entre territoires.

Quatre millions face à un besoin continental de solidarité

Le financement du Fonds koweïtien est significatif pour des interventions ciblées, mais il demeure modeste face à l’échelle de la crise. Il ne doit pas être présenté comme réponse générale au déficit hydrique du Soudan. Son intérêt est démonstratif : combiner eau, énergie, agriculture et gouvernance locale, puis produire des données susceptibles d’attirer d’autres financeurs. La Suisse ajoute 4,2 millions à l’une des initiatives, ce qui montre l’effet possible d’un montage commun.

La multiplication des bailleurs peut néanmoins accroître les coûts de coordination et les obligations de rapport. Un cadre unique de résultats, des audits communs et des données ouvertes réduiraient cette charge. Les institutions soudanaises et les organisations locales doivent pouvoir consulter ces informations. Une coopération Sud-Sud crédible ne se mesure pas seulement au geste de solidarité ; elle se mesure à la part de décision laissée aux bénéficiaires et à la transparence sur chaque dollar.

Les indicateurs à suivre jusqu’au dernier point d’eau

Le nombre de personnes visées n’est pas un résultat. Il faut publier les systèmes installés, les hectares irrigués, les jours de fonctionnement, la qualité de l’eau, la productivité, les revenus, la participation des femmes et les plaintes résolues. Les sites devraient être géoréférencés lorsque la sécurité le permet, avec des données agrégées protégeant les personnes. Un audit de maintenance à douze et vingt-quatre mois dira si la résilience a dépassé le temps du projet.

Le dossier est donc solide sur le financement et le dessin des deux initiatives, mais son intitulé simplifie leur date, leur structure et leur portée. Le Fonds koweïtien a bien accordé quatre millions de dollars ; la Suisse et le PNUD complètent un projet, tandis que le second est koweïtien. En août 2026, la question n’est plus de confirmer la signature de 2025, mais de documenter l’exécution, l’accès aux populations et la durabilité de l’eau dans une guerre persistante.

Une contre-enquête locale devra interroger les comités d’usagers, les agriculteurs et les techniciens plutôt que s’en tenir aux chiffres des bailleurs. Elle cherchera qui a choisi les sites, qui garde les équipements, comment les contributions sont fixées et si les femmes peuvent contrôler les comptes. Elle comparera les bénéficiaires annoncés aux personnes utilisant réellement les installations et documentera les exclusions. Il faudra aussi suivre les achats : origine des panneaux et pompes, fournisseurs, garanties, délais et pièces disponibles au Soudan. Un prix bas devient coûteux lorsque la réparation exige une importation impossible. Les financeurs devraient publier les incidents, interruptions et adaptations, pas seulement les succès. Dans une guerre, la capacité d’apprendre et de corriger est un résultat en soi. Cette transparence permettrait de transformer le projet en modèle réplicable et d’attirer des ressources sans vendre une image artificielle de stabilité.

Les documents qui fixent le niveau de preuve

  • Programme des Nations unies pour le développement — Financement de 4 millions USD du Fonds koweïtien pour deux projets au Soudan — 21 novembre 2025.
  • Fonds koweïtien pour le développement économique arabe — Accord de financement avec le PNUD pour la résilience, l’énergie et l’agriculture au Soudan — 2025.
  • Direction suisse du développement et de la coopération — Cofinancement du projet de résilience dans l’est du Soudan.
  • Nations unies — Plan des besoins et de la réponse humanitaire pour le Soudan — 2026.
  • PNUD Soudan — Cadre de relèvement, de résilience communautaire et de solutions solaires pour l’eau.

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