SERBIE | DÉFENSE / SÉCURITÉ / DIPLOMATIE
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Belgrade ouvre un canal de défense encore embryonnaire
Le 1er septembre 2026, le ministre serbe de la Défense Bratislav Gašić a reçu à Belgrade son homologue de São Tomé-et-Príncipe, le général de brigade Horácio Castro da Trindade de Sousa, ministre de la Défense et de l’Ordre intérieur. Le ministère serbe de la Défense indique que l’entretien a porté sur les possibilités de développer une coopération dans le domaine de la défense et d’améliorer plus largement les relations bilatérales. Les deux responsables ont également estimé qu’un échange d’expériences et un renforcement de la coopération militaire pourraient contribuer au rapprochement entre les deux pays.
Ce fait établit l’ouverture d’un axe de dialogue de défense. Il ne permet pas encore de parler d’un partenariat militaire structuré. Aucun accord de coopération, mémorandum, plan de formation, livraison de matériel, exercice conjoint ou financement n’a été annoncé dans les documents publics consultés. Le titre du référentiel doit donc être compris dans son sens politique : Belgrade et São Tomé ont créé un canal explicite de coopération militaire, mais ce canal reste à transformer en instruments opérationnels.
Cette prudence est d’autant plus nécessaire que la délégation serbe comprenait le chef adjoint de l’état-major général et le directeur des technologies de défense du ministère. Leur présence rend plausible l’existence d’échanges techniques, mais elle ne démontre pas qu’un contrat d’armement ou un programme industriel ait été négocié.
Le non-alignement sert de matrice au rapprochement
La rencontre intervient à l’occasion de la commémoration à Belgrade du 65e anniversaire de la première Conférence des chefs d’État ou de gouvernement du Mouvement des non-alignés. Trente-six délégations étaient présentes. Les autorités serbes ont utilisé cet anniversaire pour réactiver plusieurs relations avec des partenaires africains en invoquant souveraineté, égalité des États et respect du droit international.
Le ministère serbe de la Défense présente d’ailleurs les relations avec São Tomé-et-Príncipe comme traditionnellement bonnes et héritées de la coopération nouée dans le cadre du Mouvement des non-alignés. Le même jour, le ministère des Affaires étrangères a confirmé que la sécurité et la défense figuraient parmi les secteurs à approfondir, aux côtés des relations économiques et du tourisme.
Ce socle politique est important parce qu’il distingue cette démarche d’une coopération militaire construite exclusivement autour d’un fournisseur et d’un client. Belgrade cherche à réinvestir un capital diplomatique ancien auprès d’États africains avec lesquels les liens avaient perdu en densité après la disparition de la Yougoslavie. Pour São Tomé-et-Príncipe, cette mémoire du non-alignement peut ouvrir un espace de diversification des partenariats. Elle ne préjuge toutefois ni du contenu futur des accords ni de leur équilibre réel.
Le rapprochement dépasse déjà le seul domaine militaire
Le dialogue de défense de septembre s’inscrit dans une séquence bilatérale plus large. Le 3 août, le ministre serbe des Affaires étrangères Marko Đurić avait reçu le Premier ministre santoméen Américo Ramos. Belgrade avait alors exprimé sa volonté d’élargir la coopération à l’éducation, la santé, l’agriculture, la numérisation et la culture, tout en souhaitant intensifier le dialogue politique et les échanges de visites. São Tomé-et-Príncipe a également confirmé sa participation à l’Expo 2027 de Belgrade.
Le 1er septembre, le secrétaire général du ministère serbe des Affaires étrangères, Dušan Kozarev, a de nouveau rencontré Horácio de Sousa. Les deux parties ont cette fois explicitement rapproché trois champs : économie, sécurité et défense. Cette continuité montre que le dossier militaire n’est pas isolé ; il est intégré à une tentative de densification générale des relations.
La Serbie associe également ce rapprochement à un enjeu diplomatique sensible pour elle : São Tomé-et-Príncipe a retiré sa reconnaissance antérieure de l’indépendance du Kosovo. Les responsables serbes remercient publiquement leurs interlocuteurs pour cette position. Il serait toutefois excessif d’en déduire que la coopération de défense constitue une contrepartie démontrée. Les sources établissent une convergence diplomatique et une ouverture de coopération, mais aucun lien transactionnel n’est documenté.
Dans le golfe de Guinée, São Tomé a des besoins sécuritaires concrets
L’intérêt santoméen pour des coopérations de sécurité peut être replacé dans un environnement maritime exigeant. São Tomé-et-Príncipe est un petit État insulaire du golfe de Guinée dont la sécurité dépend fortement de la surveillance maritime, des capacités de garde-côtes, de la coordination interservices et du contrôle de ses espaces portuaires.
En février 2026, les Nations unies ont documenté un chantier national visant à combler une lacune juridique importante : l’absence d’une législation autonome consacrée à la piraterie et à d’autres infractions maritimes. Le projet, appuyé par l’ONUDC, associe juristes, responsables de sécurité et institutions chargées de l’action de l’État en mer. En mai, l’Organisation maritime internationale a en outre conduit une mission visant à préparer la numérisation du port de São Tomé par un guichet unique maritime, avec participation des autorités maritimes, douanières, frontalières et portuaires.
Ces éléments ne prouvent pas que la coopération avec Belgrade portera sur la sûreté maritime. Ils montrent cependant que São Tomé-et-Príncipe développe simultanément son cadre juridique, ses procédures portuaires et ses capacités de sécurité. Dans ce contexte, l’échange d’expériences évoqué par les deux ministres peut répondre à des besoins institutionnels réels plutôt qu’à une simple logique diplomatique.
La présence des technologies de défense ouvre une piste, pas une preuve
La composition de la réunion du 1er septembre mérite attention. Outre le chef adjoint de l’état-major serbe, le responsable de la direction des technologies de défense du ministère participait à l’entretien. Cette présence rend possible un volet technique portant sur l’équipement, la maintenance, les systèmes de surveillance ou la formation spécialisée. Elle ne suffit toutefois pas à établir qu’une offre commerciale précise ait été présentée à São Tomé-et-Príncipe.
La Serbie dispose d’une politique de défense qui cherche à maintenir des relations diversifiées avec des États et des organisations internationales. Gašić a d’ailleurs insisté sur une politique de défense « équilibrée » et sur le développement des relations en fonction des intérêts nationaux et des priorités de politique étrangère. Dans le cas santoméen, la documentation publique reste au stade de l’intention : développer la coopération et échanger des expériences.
Pour une lecture rigoureuse, il faut donc refuser deux raccourcis. Le premier serait de transformer la présence d’un responsable des technologies de défense en négociation d’armement démontrée. Le second serait d’assimiler toute coopération militaire à une dépendance stratégique. À ce stade, ni la nature des équipements envisagés ni l’ampleur institutionnelle du partenariat ne sont connues.
Pour São Tomé, la souveraineté doit rester le critère d’évaluation
L’intérêt africain d’un nouvel axe de défense ne se mesure pas au nombre de visites ministérielles mais à la capacité du partenariat à renforcer une autonomie opérationnelle durable. Pour São Tomé-et-Príncipe, cela supposerait que toute coopération future corresponde à des besoins définis nationalement : surveillance maritime, formation, maintenance, droit maritime, coordination interservices, cybersécurité portuaire ou protection des infrastructures critiques.
Le golfe de Guinée dispose déjà d’une architecture régionale de sécurité fondée notamment sur le Code de conduite de Yaoundé. L’Organisation maritime internationale rappelle que ce dispositif vise à réduire la piraterie, les vols à main armée et d’autres activités illicites, en soutenant la coopération entre États côtiers et structures régionales. São Tomé-et-Príncipe fait partie de cette architecture. Une coopération bilatérale avec la Serbie aurait donc davantage de valeur si elle renforçait les capacités santoméennes à agir dans ces cadres africains, plutôt que de créer une chaîne parallèle de dépendance technique.
Le critère de souveraineté impose aussi d’observer la propriété des équipements, l’accès aux données, les conditions de maintenance, la formation des personnels et l’autonomie de décision. Aucun de ces paramètres n’est encore publié. Ils constitueront les indicateurs essentiels pour juger la qualité réelle du partenariat si celui-ci se concrétise.
Ce qui manque encore pour parler d’un véritable partenariat de défense
Plusieurs informations décisives demeurent absentes. Aucun texte public ne précise si un mémorandum de coopération de défense est en préparation, quelles administrations piloteront le suivi, quels domaines seront prioritaires ni si les forces santoméennes recevront des formations en Serbie. Aucun calendrier de visites techniques, exercice conjoint ou mécanisme de consultation régulière n’a été annoncé.
Il n’existe pas non plus de montant budgétaire public, de contrat d’équipement, de liste de matériels ou d’accord de soutien logistique. La présence du directeur serbe des technologies de défense doit donc rester classée comme indice d’un possible volet technique, et non comme preuve d’une transaction. La même prudence s’applique aux questions de financement : rien ne permet d’établir si de futurs projets seraient financés par São Tomé-et-Príncipe, par la Serbie, par des crédits, par des dons ou par des mécanismes multilatéraux.
Enfin, l’impact militaire et sécuritaire est impossible à mesurer à ce stade. Une réunion de haut niveau peut ouvrir une trajectoire sans produire de résultat matériel. La prochaine étape vérifiable sera la publication d’un instrument bilatéral, d’un programme de formation, d’un calendrier d’activités ou d’une décision budgétaire identifiable.
Les sources établissent l’ouverture politique, pas encore l’exécution
Le ministère serbe de la Défense constitue la source principale : son communiqué du 1er septembre 2026 établit la visite officielle d’Horácio de Sousa, la discussion sur le développement de la coopération de défense, la volonté d’échanger des expériences et la composition de la délégation serbe. Le ministère serbe des Affaires étrangères confirme le même jour que sécurité et défense figurent parmi les domaines à approfondir.
La rencontre du 3 août entre Marko Đurić et le Premier ministre Américo Ramos fournit le contexte politique plus large : Belgrade cherche à renforcer ses relations avec São Tomé-et-Príncipe dans plusieurs secteurs et à intensifier les échanges de haut niveau. La commémoration du 65e anniversaire du Mouvement des non-alignés permet également de situer le rapprochement dans une diplomatie serbe tournée vers la réactivation de relations historiques avec des partenaires africains.
Pour le contexte santoméen, les Nations unies et l’Organisation maritime internationale documentent en 2026 les besoins de renforcement juridique et opérationnel dans la sécurité maritime et la gestion portuaire. Ces sources éclairent les enjeux mais ne démontrent pas le contenu futur du partenariat avec la Serbie. À ce stade, il est donc établi qu’un axe de coopération de défense a été ouvert ; sa portée matérielle reste à confirmer.

