SAMOA  |  CLIMAT / DIPLOMATIE / GOUVERNANCE

━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━

Apia transforme la préparation de la COP31 en exercice national de négociation

Le 5 août 2026, le ministère samoan des Ressources naturelles et de l’Environnement a réuni administrations, secteur privé, organisations non gouvernementales, communautés et groupes de jeunes pour une consultation nationale préparatoire à la COP31. L’objectif déclaré était de renforcer les priorités de négociation de Samoa avant la conférence climatique prévue du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya, en Turquie.

La démarche vise autant la qualité de la position nationale que sa légitimité interne. Les participants ont été invités à examiner les priorités provisoires, à proposer des renforcements et à mieux comprendre le fonctionnement de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Le ministère présente cette consultation comme un moyen de s’assurer que la délégation samoane porte à la COP des positions nourries par des perspectives nationales diverses.

Cette étape ne signifie pas que la liste finale des priorités a déjà été rendue publique. Le communiqué du ministère décrit le processus, les institutions mobilisées et les thèmes discutés, mais ne publie pas un mandat de négociation détaillé article par article. La consolidation est donc documentée ; le contenu final reste partiellement interne.

AOSIS intervient directement dans la préparation samoane

L’appui du bloc AOSIS n’est pas une simple référence politique. Galumalemana Anne Rasmussen, négociatrice climat en chef de l’Alliance des petits États insulaires, a participé à l’atelier afin d’expliquer comment les petits États insulaires coordonnent leurs positions et défendent des priorités communes dans les négociations internationales. Samoa est membre d’AOSIS et a lui-même présidé le groupe par le passé.

Le Secrétariat du Programme régional océanien de l’environnement a également participé à la consultation pour présenter l’échelon régional et son rôle d’appui aux pays du Pacifique. Le dispositif associe donc trois niveaux : formulation nationale à Apia, coordination régionale avec le SPREP et coalition internationale avec AOSIS.

Ce montage donne à Samoa une capacité de négociation supérieure à ce que permettrait son poids démographique ou économique isolé. AOSIS rassemble trente-neuf petits États insulaires et côtiers, ce qui lui permet de mutualiser expertise juridique, négociateurs et positions. Mais l’appartenance au bloc n’efface pas les priorités nationales : Samoa conserve sa propre délégation et peut défendre des intérêts spécifiques à l’intérieur d’une ligne commune.

Après Bonn, AOSIS arrive à la COP31 avec plusieurs fronts encore ouverts

Les positions publiées par AOSIS à la clôture des organes subsidiaires de la CCNUCC à Bonn, le 18 juin 2026, permettent d’identifier les dossiers qui structurent la préparation collective. Le bloc place en tête la nécessité de maintenir la limite de 1,5 °C à portée, avec des réductions d’émissions rapides et fondées sur la science. Il demande également un renforcement du Mitigation Work Programme, dont la poursuite doit être examinée à la COP31.

AOSIS insiste aussi sur l’accès au financement, le renforcement des capacités, les technologies climatiques, l’adaptation, l’océan, le genre et la transparence. Le groupe critique les lenteurs procédurales observées à Bonn et demande que les travaux intersessions avant Antalya permettent d’obtenir des avancées substantielles plutôt que de repousser les décisions.

Ces positions constituent la plateforme collective du bloc, non la reproduction automatique du mandat samoan. Leur importance tient néanmoins au rôle joué par Anne Rasmussen dans l’atelier national : la consultation a précisément été conçue pour aider les participants samoans à comprendre comment leurs priorités s’insèrent dans les négociations communes des SIDS.

La NDC 3.0 donne une base concrète aux positions de Samoa

Samoa ne prépare pas la COP31 sur une feuille blanche. Sa NDC 3.0, officiellement enregistrée auprès de la CCNUCC en janvier 2026, établit une trajectoire nationale jusqu’en 2035. Le pays vise une réduction absolue de 104,11 gigagrammes de CO2 équivalent et étend son effort à l’énergie, au transport, aux déchets, à l’agriculture, aux forêts et aux autres usages des terres.

Les priorités d’adaptation sont tout aussi structurantes : protection côtière, restauration des mangroves et forêts indigènes, infrastructures résilientes, sécurité alimentaire, santé, cultures adaptées au climat et gestion communautaire des ressources marines. La NDC intègre aussi explicitement les pertes et préjudices, l’égalité de genre et l’inclusion sociale.

En mars 2026, le gouvernement et le PNUD ont validé une feuille de route de mise en œuvre et un plan d’investissement pour cette NDC. Cette séquence renforce la cohérence entre négociation internationale et programmation nationale : Samoa peut plaider pour davantage de finance, de technologie et de soutien à l’adaptation en s’appuyant sur un portefeuille de mesures déjà identifié. L’enjeu à Antalya sera de rapprocher ces besoins nationaux des mécanismes multilatéraux disponibles.

Le financement est probablement le nœud qui relie le plus fortement Samoa à AOSIS

La ligne d’AOSIS repose depuis longtemps sur l’idée que l’ambition climatique des petits États insulaires ne peut pas être séparée de l’accès aux moyens de mise en œuvre. En juin 2026, le bloc a de nouveau demandé un meilleur accès au financement, au renforcement des capacités et aux technologies. Pour Samoa, cette revendication correspond directement aux coûts de l’adaptation, aux besoins d’infrastructures résilientes et à la mise en œuvre de sa NDC.

Le pays travaille également sur les pertes et préjudices, avec des consultations communautaires et une cartographie nationale lancées en 2026. Cette politique crée une base supplémentaire pour défendre à la COP31 un accès plus rapide et plus adapté aux ressources internationales destinées aux impacts climatiques qui ne peuvent plus être évités.

Il serait toutefois excessif d’affirmer que la consultation du 5 août a déjà arrêté une demande financière chiffrée pour Antalya. Le communiqué du MNRE ne publie ni montant cible, ni ordre de priorité financier, ni position définitive sur les différents fonds. La convergence avec AOSIS est forte sur le principe ; les détails de négociation restent à confirmer.

L’océan et le droit climatique renforcent la spécificité samoane

Le programme de l’atelier a également placé les négociations dans un contexte juridique et océanique plus large. Le Bureau du Procureur général a présenté l’avis consultatif historique de la Cour internationale de Justice sur les obligations des États face au changement climatique. Cette dimension rappelle que les discussions de la COP ne portent plus seulement sur des engagements politiques : elles se déroulent dans un environnement où la responsabilité, la diligence et les obligations climatiques font l’objet d’une clarification juridique croissante.

Pour Samoa, État insulaire dont la sécurité économique, alimentaire et culturelle dépend fortement de l’océan, la dimension maritime est centrale. AOSIS a réaffirmé en juin la nécessité de transformer le dialogue sur l’océan au sein de la CCNUCC en soutien concret à la mise en œuvre. Réchauffement marin, acidification, élévation du niveau de la mer et érosion côtière touchent directement les politiques nationales samoanes.

L’articulation entre climat, océan et droit peut renforcer la cohérence de la position samoane. Elle ne permet cependant pas de conclure que Samoa cherchera une décision juridique spécifique à la COP31. Les documents disponibles montrent une préparation intellectuelle et institutionnelle ; ils ne publient pas encore la stratégie procédurale finale de la délégation.

Pour l’Afrique, le levier AOSIS montre comment les petits États peuvent peser collectivement

Le modèle présente un intérêt direct pour les petits États insulaires africains membres d’AOSIS, notamment Cabo Verde, les Comores, Maurice, les Seychelles, la Guinée-Bissau et São Tomé-et-Príncipe. Ces pays partagent avec Samoa certaines contraintes : marchés réduits, exposition climatique, capacités administratives limitées et besoin élevé d’expertise pour suivre simultanément de nombreux dossiers techniques de la CCNUCC.

La préparation samoane montre qu’une coalition efficace ne remplace pas la construction d’une position nationale. Le travail commence par une consultation interne associant administrations, société civile, acteurs économiques et communautés ; il est ensuite consolidé au niveau régional puis porté dans une coalition de négociation plus large. Cette séquence limite le risque de voir une position internationale se déconnecter des besoins nationaux.

Pour les États africains, la leçon stratégique porte donc sur la capacité. Mutualiser des négociateurs et une expertise juridique permet de réduire l’asymétrie face aux grandes délégations. Mais l’efficacité dépend aussi de la qualité des données nationales, de la préparation des projets, de la continuité des équipes et de la capacité à traduire un résultat multilatéral en financement, technologie et politiques publiques.

Ce que l’on ne sait pas encore sur le mandat samoan

Plusieurs éléments restent absents des sources publiques. Le gouvernement n’a pas publié le document final des priorités de négociation issu de l’atelier du 5 août. Il n’est donc pas possible d’établir la hiérarchie exacte entre atténuation, adaptation, finance, pertes et préjudices, transparence, genre, technologie, océan ou autres dossiers.

Les sources ne précisent pas non plus la composition définitive de la délégation samoane, la répartition des rôles entre négociateurs ni les positions que Samoa défendra dans les groupes de contact. L’appui d’AOSIS est documenté par la présence de sa négociatrice en chef et par les positions collectives du bloc ; il ne faut pas le transformer en preuve que chaque formulation d’AOSIS sera automatiquement reprise par Samoa.

Enfin, les résultats de la COP31 ne peuvent évidemment pas être anticipés. Les dossiers encore ouverts à Bonn, notamment le Mitigation Work Programme, le financement, la technologie ou certains mécanismes de mise en œuvre, dépendront des compromis entre toutes les Parties. La préparation renforce la capacité de Samoa à défendre ses intérêts ; elle ne garantit pas qu’ils seront intégralement satisfaits.

Antalya testera la capacité de Samoa à convertir une voix collective en résultats nationaux

La consultation d’août constitue une étape utile parce qu’elle intervient suffisamment tôt pour permettre des ajustements avant novembre. Samoa dispose désormais d’une NDC actualisée, d’une feuille de route d’investissement, d’un travail national sur les pertes et préjudices et d’un processus de consultation destiné à affiner son mandat de négociation. Ces instruments donnent davantage de substance à sa diplomatie climatique.

L’appui AOSIS peut amplifier cette position en mutualisant expertise et rapport de force. Le bloc entre dans la COP31 avec une ligne claire sur 1,5 °C, la science, l’adaptation, la finance, les technologies et la mise en œuvre. Samoa pourra s’appuyer sur cette architecture tout en mettant en avant ses propres priorités de résilience, d’océan et de développement.

Le véritable indicateur de réussite ne sera pas la visibilité de la délégation à Antalya, mais la capacité à obtenir des décisions qui facilitent ensuite l’accès au financement, aux technologies et aux outils d’adaptation nécessaires à Samoa. C’est à cette condition que la coordination avec AOSIS transformera une position de négociation consolidée en résultat matériel pour les communautés.

Sources institutionnelles retenues

• Ministère samoan des Ressources naturelles et de l’Environnement, consultation nationale pré-COP31, 5 août 2026.

• Alliance des petits États insulaires, déclaration d’ouverture de la 64e session des organes subsidiaires de la CCNUCC, 8 juin 2026.

• Alliance des petits États insulaires, déclaration de clôture de la 64e session des organes subsidiaires de la CCNUCC, 18 juin 2026.

• CCNUCC, calendrier et documents préparatoires de la COP31, Antalya, 9-20 novembre 2026.

• CCNUCC, registre des contributions déterminées au niveau national : Samoa NDC 3.0, soumise le 14 janvier 2026.

• Programme des Nations unies pour le développement, lancement de la NDC 3.0 de Samoa, décembre 2025.

• Programme des Nations unies pour le développement, validation de la feuille de route et du plan d’investissement NDC 3.0, 26 mars 2026.

• Alliance des petits États insulaires, présentation institutionnelle du bloc et de ses États membres.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *