Un retrait régional de 2025, un autre départ annoncé en 2026
La fin de la SAMIDRC, mission de la Communauté de développement de l’Afrique australe en République démocratique du Congo, ne doit pas être confondue avec le retrait sud-africain de la MONUSCO, mission des Nations unies. La SADC met fin au mandat de la première le 13 mars 2025 ; son retrait commence le 29 avril. Pour la seconde, Pretoria annonce sa décision le 8 février 2026, avec une échéance avant la fin de l’année. La période décembre 2025–juin 2026 indiquée dans le référentiel ne correspond donc pas à la chronologie principale du retrait de la SAMIDRC. [1, 2]
Une rétrospective publiée par DefenceWeb le 29 mai 2026, à l’occasion d’une inspection de matériels, situe la sortie des troupes de la SAMIDRC en juin 2025. Elle distingue les équipements revenus de cette opération de ceux employés au sein de la MONUSCO. L’achèvement du départ des combattants, le rapatriement des matériels et la clôture administrative constituent toutefois des étapes différentes : une seule date ne suffit pas à les résumer. [3]
Du soutien aux FARDC à la décision de désengagement
La SAMIDRC est déployée le 15 décembre 2023, après une décision prise au sommet de Windhoek du 8 mai 2023. Elle associe des forces du Malawi, de l’Afrique du Sud et de la Tanzanie aux forces armées congolaises, les FARDC. La SADC présente cette intervention comme un soutien au gouvernement congolais contre les groupes armés, fondé sur le principe de défense collective de son pacte de 2003. Il ne s’agit pas d’un contingent placé sous commandement onusien. [4]
Le tournant militaire apparaît dans la résolution 2773 du Conseil de sécurité, adoptée le 21 février 2025. Le texte condamne l’offensive du M23 avec le soutien des forces rwandaises, relève la prise de Goma et de Bukavu et demande le retrait du M23 des zones contrôlées. Il appelle aussi les forces rwandaises à cesser leur soutien et à quitter le territoire congolais. Ces dispositions établissent la position du Conseil, non leur exécution sur le terrain. [5]
Moins d’un mois après cette résolution, le sommet de la SADC décide de terminer le mandat et d’organiser un retrait progressif. Reuters en rend compte le 13 mars 2025, en rappelant que la mission avait pourtant été prolongée à la fin de 2024. La rupture porte donc sur une opération encore autorisée, et non sur la simple arrivée à son terme initial. [6]
Les étapes vérifiables d’une sortie négociée
Le communiqué de la SADC daté du 1er mai 2025 précise que le départ engagé deux jours auparavant s’effectue par route, en transitant par le Rwanda. Il mentionne une rencontre, tenue à Goma le 28 mars, entre les chefs militaires des pays contributeurs et les responsables de l’Alliance Fleuve Congo/M23. La logistique du retrait repose ainsi sur des arrangements avec l’acteur armé dont la progression avait bouleversé la mission. [7]
Le 12 juin 2025, la SADC annonce la deuxième phase : le retour des personnels et des équipements restants, après une première étape consacrée aux matériels. Les contingents sud-africain et malawite doivent être acheminés en Tanzanie puis rapatriés par avion. Cette annonce prouve l’ouverture de cette phase, pas que tous les mouvements sont déjà terminés ce jour-là. [1]
Le 26 juin, eNCA rapporte le retour de l’avant-dernier groupe sud-africain et indique que la récupération des matériels et les tâches de soutien se poursuivent. Ce jalon contemporain est cohérent avec la rétrospective de mai 2026 situant la sortie des troupes en juin 2025. Les pièces consultées ne donnent cependant pas un procès-verbal exhaustif de clôture, avec le dernier mouvement de personnel et le dernier équipement réceptionné. [3, 8]
La capacité de sortir fait partie de la capacité d’intervenir
Au Parlement sud-africain, le 9 mai 2025, les responsables militaires exposent les engagements négociés avec le M23 pour assurer un départ sécurisé. Les échanges portent aussi sur les moyens aériens et la récupération des appareils. Ils montrent que le contrôle politique d’une intervention ne peut se limiter à son autorisation : il doit également examiner les conditions de ravitaillement, d’évacuation et de retour. [9]
Dans une analyse du 20 mars 2025, le chercheur Paul-Simon Handy, de l’Institute for Security Studies, attribue le revers à une combinaison de capacités insuffisantes, de financement fragile et de défaut d’articulation entre l’action militaire et les démarches diplomatiques. Il insiste notamment sur les moyens aériens et sur les divergences entre États membres. Cette explication est une analyse stratégique argumentée ; elle ne remplace pas un audit opérationnel contradictoire de chaque décision. [10]
Le mécanisme général est néanmoins intelligible. Une force peut posséder un mandat politique ambitieux sans disposer de tous les moyens nécessaires pour l’exécuter. Si les routes, l’espace aérien ou les points de passage deviennent dépendants d’autorisations négociées, sa liberté d’action se réduit. Un retrait organisé peut alors protéger les personnels tout en révélant les limites de l’intervention. Ces deux constats ne s’excluent pas.
L’inspection des matériels à De Brug, rapportée en mai 2026, ajoute une dimension souvent négligée : après leur retour, les équipements doivent être inventoriés et remis en état avant réaffectation. Le retour physique d’un véhicule ou d’un appareil ne signifie donc pas qu’il soit immédiatement disponible pour une autre mission. [3]
La souveraineté congolaise ne se mesure pas au seul départ des soldats
Pour Kinshasa, le recours à des partenaires régionaux vise à renforcer la capacité de l’État à sécuriser son territoire. Pour les pays contributeurs, l’intervention engage des personnels, des budgets et une crédibilité diplomatique. Ces intérêts peuvent se rejoindre sans être identiques. Le cadre officiel de défense collective décrit une solidarité entre États ; il ne garantit pas automatiquement que chacun consentira durablement les mêmes efforts. [4]
La critique de Paul-Simon Handy invite précisément à ne pas présenter la SADC comme un acteur homogène. Des États membres peuvent partager une organisation tout en conservant des priorités stratégiques différentes. Son diagnostic conduit à poser une question de gouvernance : qui décide du mandat, qui finance les capacités et qui assume les conséquences lorsque les moyens ne correspondent plus aux objectifs ? [10]
Les habitants du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ne doivent pas disparaître derrière ce débat interétatique. Pour eux, les critères décisifs seraient la sécurité des déplacements, l’accès aux services, la réduction des violences et la possibilité de retrouver leurs lieux de vie. Le départ d’un contingent n’établit aucun de ces résultats à lui seul. Il faut observer ce qui remplace sa présence et quelles garanties deviennent effectives.
La résolution 2773 rappelle également l’importance de la société civile, de la protection des défenseurs des droits et du traitement des causes du conflit, dont l’exploitation illégale des ressources naturelles. Ces dimensions empêchent de réduire la souveraineté à une carte des positions militaires. La maîtrise des ressources et la sécurité des populations doivent être examinées avec la même attention. [5]
Les comptes de sortie restent à rapprocher
Un bilan complet nécessiterait les états de retour des personnels, l’inventaire des matériels, les coûts définitifs et les documents relatifs au suivi des militaires. Il faudrait distinguer les dépenses engagées, les montants effectivement payés et les obligations restant à régler. Les sources consultées ne permettent pas de produire ce rapprochement ni d’affirmer que toutes les responsabilités administratives étaient soldées en juin 2025.
Il manque aussi une évaluation indépendante des effets de la mission sur la sécurité des civils. Les communiqués de la SADC exposent les objectifs et décrivent les mouvements ; les débats parlementaires rendent visibles des interrogations sud-africaines. Aucun de ces ensembles ne constitue, à lui seul, une enquête auprès des populations congolaises. Une appréciation sociale du bilan reste donc limitée.
Enfin, pour la MONUSCO, le communiqué présidentiel de février 2026 annonce un retrait à achever avant la fin de l’année et une coordination avec l’ONU. Il ne fixe pas, à lui seul, la date de chaque mouvement ultérieur. L’utiliser pour dater la fin de la SAMIDRC reviendrait à fusionner deux opérations distinctes et deux décisions prises dans des cadres différents. [2]
Trois tests pour la suite de l’engagement régional
Le premier test concerne la continuité diplomatique. La SADC affirme qu’elle poursuivra son engagement politique auprès de la RDC malgré la fin de la mission. Pour apprécier cette promesse, il faudrait identifier des mécanismes de suivi, des engagements vérifiables et une articulation claire avec les autres médiations. Une annonce de dialogue ne constitue pas encore un résultat de sécurité. [1]
Le deuxième test est celui de l’apprentissage institutionnel. Une révision des mandats, des moyens et des procédures pourrait améliorer de futures opérations. À l’inverse, l’absence de retour d’expérience public laisserait les parlements et les citoyens sans éléments suffisants pour juger les engagements suivants. Ce sont des scénarios conditionnels, non une prédiction sur la prochaine décision de Pretoria.
Le troisième test demeure congolais : l’évolution de la protection des civils et de la capacité des institutions à agir sans dépendre de dispositifs extérieurs instables. Un retrait peut réduire l’exposition des pays contributeurs sans résoudre les contraintes de l’État hôte. L’évaluation doit garder ces deux échelles séparées. C’est à cette condition que la notion de solution africaine peut désigner une capacité démontrée plutôt qu’une simple origine géographique des forces.
Une chronologie établie, un bilan encore incomplet
Les communiqués de la SADC du 4 janvier 2024, du 1er mai et du 12 juin 2025 documentent le déploiement puis les phases de retrait. La résolution 2773 décrit les exigences du Conseil de sécurité dans le contexte militaire de février 2025. Le compte rendu parlementaire du 9 mai 2025 éclaire les arrangements de sortie et les questions de moyens. [1, 4, 5, 7, 9]
Les reportages d’eNCA et de DefenceWeb apportent des jalons de retour et de récupération des matériels. L’ISS fournit une interprétation africaine critique. Le communiqué présidentiel du 8 février 2026 sert exclusivement à distinguer le dossier MONUSCO : il ne doit pas remplacer la documentation de la SAMIDRC. [2, 3, 8, 10]
Références vérifiables
[1] SADC — Continues phased withdrawal of SAMIDRC forces from Goma and Sake, Eastern DRC — 12 juin 2025
[2] Présidence sud-africaine — South Africa withdraws troop contribution to MONUSCO — 8 février 2026
[3] DefenceWeb — Mbatha inspects equipment back from DR Congo — 29 mai 2026
[4] SADC — Deployment of the SADC Mission in the Democratic Republic of Congo — 4 janvier 2024
[6] Reuters — Southern African bloc to withdraw troops from Congo in phases — 13 mars 2025
[8] eNCA — Second-last group of SANDF troops returns from DRC — 26 juin 2025
[10] Paul-Simon Handy, ISS — Anatomy of SADC’s failure in eastern DRC — 20 mars 2025

