Adopté le 16 décembre 2025, le plan d’actions 2026–2029 du SDS associe diversification économique, attractivité et transition durable. Sa programmation atteint 20 millions d’euros sur quatre ans. Des démarches ont commencé, notamment sur la fiscalité et l’installation de nouveaux actifs ; leurs effets démographiques restent à établir.
Le nouveau cycle est adopté, ses résultats restent à construire
Le Conseil territorial de Saint-Pierre-et-Miquelon approuve le plan d’actions 2026–2029 par la délibération 216/2025, lors de la séance du 16 décembre 2025. Les quinze votants se prononcent pour ; l’acte est publié le 19 décembre. [1] Cette distinction entre adoption et publication permet de situer correctement le début du nouveau cycle, avant les premières mesures mises en place en 2026.
Le SDS est une stratégie territoriale qui organise des objectifs, des actions et des moyens prévisionnels. Son déploiement suppose ensuite des décisions budgétaires, des marchés, des dispositifs d’aide et des projets conduits avec les acteurs locaux. Au 25 octobre 2026, le dossier permet de documenter plusieurs étapes de cette mise en œuvre, sans démontrer encore une inversion durable de la trajectoire démographique.
Le mot « exode » exprime une inquiétude politique, mais il ne décrit pas à lui seul toute variation de population. Les départs, les arrivées, les naissances et les décès doivent être distingués. Le succès du plan ne pourra donc pas être déduit du seul nombre de personnes intéressées par une installation : il faudra observer les arrivées effectives, les retours et la durée de résidence.
Une stratégie de long terme se resserre autour de neuf actions
La feuille de route 2026–2029 prolonge la vision du SDS 2010–2030. Le rapport territorial consacré à 2025 décrit une actualisation engagée en janvier, avec une assistance technique mandatée par la Commission européenne et deux missions sur place, en février et juin. [2] L’existence de cet appui ne signifie pas que l’Union européenne finance automatiquement l’intégralité des actions programmées.
Trois objectifs structurent le nouveau cycle : consolider l’économie et développer des activités innovantes ; renforcer l’attractivité pour les habitants, les entreprises et les investisseurs ; améliorer la résilience, les services et la transition environnementale. Chacun se décline en trois fiches, soit neuf actions. [2] Le plan met ainsi en relation la création d’activité et les conditions ordinaires permettant de vivre sur l’archipel.
Cette articulation répond à une difficulté classique de l’attractivité : un emploi disponible ne suffit pas si le logement, les transports ou les services indispensables ne suivent pas. Une politique résidentielle peut, inversement, attirer des personnes dont les compétences trouvent peu de débouchés durables. La cohérence du programme dépendra du rythme auquel ces différentes conditions pourront être réunies.
Le diagnostic démographique demande des dates et des catégories précises
L’Insee fixe la population municipale de Saint-Pierre-et-Miquelon à 5 790 habitants dans les données de référence entrées en vigueur le 1er janvier 2026. Leur date statistique est toutefois le 1er janvier 2023. [3] Il serait donc inexact de présenter ce nombre comme un comptage réalisé à l’automne 2026 ou comme le résultat des premières mesures du nouveau SDS.
L’Insee recommande aussi de comparer ce millésime 2023 avec des années distantes d’au moins six ans, compte tenu de l’adaptation du recensement après la crise sanitaire. [3] Cette précaution compte particulièrement pour un petit territoire : une variation limitée peut paraître spectaculaire en pourcentage, tandis que des chiffres publiés récemment peuvent décrire une situation plus ancienne.
Le rapport économique 2025 de l’IEDOM souligne le recul de la population et son vieillissement, tout en décrivant un marché du travail proche du plein emploi. [4] Ces éléments ne sont pas contradictoires. Un territoire peut connaître des besoins de recrutement et perdre des habitants lorsque les départs, les parcours de formation, les possibilités de retour et les choix résidentiels ne se compensent pas.
La diversification doit composer avec les coûts et les cycles sectoriels
Le bilan économique de 2025 décrit une progression du tourisme et de la consommation des ménages, mais des difficultés dans la pêche et un recul de l’encours des crédits d’investissement des entreprises. [4] La restructuration ne part donc ni d’une économie totalement immobile, ni d’une croissance homogène. Elle doit tenir compte des différences entre métiers et de la capacité des entreprises à financer leur développement.
La publication de l’IEDOM sur le deuxième trimestre 2026, diffusée le 1er septembre, apporte une actualisation contrastée : emploi stable, investissement en repli, inflation accélérée et légère contraction de la fréquentation étrangère hors croisières. La pêche progresse grâce à la campagne de coquilles, tandis que le bâtiment bénéficie de chantiers privés, notamment résidentiels. [6] Ces mouvements ne peuvent pas être attribués globalement au SDS : les calendriers de production, les ressources et les commandes ont leurs propres déterminants.
Une étude de l’IEDOM publiée en mars 2026 détaille les contraintes de la vie chère : marché étroit, dépendance aux importations, coûts de transport et besoins de chauffage. Elle rappelle un écart de prix alimentaires de 70,1 % avec l’Hexagone dans la comparaison réalisée en 2022. [5] Ce chiffre concerne ce poste et cette année ; il ne mesure pas un écart général de coût de la vie observé en 2026.
Pour une activité nouvelle, la rentabilité dépendra donc autant des débouchés que de l’approvisionnement, des compétences et de l’énergie. Une innovation utile peut améliorer une filière existante, réduire une dépense importée ou fournir un service exportable. Le qualificatif innovant ne prouve cependant pas, à lui seul, qu’une entreprise trouvera des clients ou pourra maintenir des emplois au-delà de son financement initial.
Vingt millions programmés ne signifient pas vingt millions dépensés
Le budget prévisionnel annexé au plan totalise 20 millions d’euros : 3,82 millions en 2026, 5,6 millions en 2027, 5,785 millions en 2028 et 4,795 millions en 2029. Deux postes occupent une place importante : 6,5 millions pour l’accès à des logements et à du foncier économique durables, et 4,5 millions pour les Living Labs, dispositifs d’expérimentation. [1] Cette ventilation décrit une programmation, pas des paiements déjà exécutés.
Le passage à l’action est visible dans une consultation publiée en avril 2026 pour une assistance sur l’attractivité fiscale. Les réponses officielles précisent que l’étude concerne la fiscalité directe des entreprises, avec un diagnostic ferme et d’éventuelles recommandations dans une tranche optionnelle. Les droits de douane restent hors de son périmètre. [7] Le lancement d’une étude ne permet donc pas d’annoncer un nouveau régime fiscal déjà applicable.
Ce chantier illustre la marge de décision locale, mais aussi les arbitrages à venir. Un avantage fiscal peut attirer une activité ; son intérêt collectif dépend du travail réellement créé, des recettes conservées et des autres dépenses publiques nécessaires. Pour l’évaluer, il faudra comparer les engagements des entreprises, leur implantation effective et la valeur ajoutée qui reste sur le territoire.
L’installation des actifs relie l’économie aux conditions de vie
Depuis le 1er septembre 2026, la Collectivité ouvre deux dispositifs : « Revenir à Saint-Pierre-et-Miquelon » et « Ancrer les jeunes à Saint-Pierre-et-Miquelon ». Sous conditions, ils prévoient une aide à l’installation pouvant atteindre 2 000 euros ; le dispositif de retour comprend aussi une aide au transport. [8] Cette ouverture constitue un jalon concret, sans renseigner encore sur le nombre de bénéficiaires durablement installés.
Une aide de départ peut atténuer un coût immédiat. Sa portée dépend ensuite de la possibilité de trouver un logement adapté, de stabiliser un emploi et de construire des relations professionnelles et sociales. Ces besoins concernent aussi les résidents actuels. Une politique d’attractivité gagne à vérifier que les moyens consacrés à l’arrivée de nouveaux habitants s’articulent avec les services et les perspectives offerts à ceux qui vivent déjà sur place.
La dimension énergétique relie également l’économie et le quotidien. La note de l’IEDOM montre que le climat et les caractéristiques du parc résidentiel accroissent les besoins de chauffage. [5] Améliorer la performance des logements peut donc agir sur les dépenses des ménages et sur la dépendance extérieure. Les économies réelles devront être observées après travaux, en tenant compte des usages et des conditions météorologiques.
Habitants, artisans et entrepreneurs peuvent préciser les besoins, proposer des solutions et tester leur viabilité. Leur participation aux décisions et à l’évaluation est une condition de la maîtrise locale du développement.
L’horizon de 2029 appelle un bilan de l’ancrage réel
Une trajectoire favorable combinerait des entreprises durables, des logements utilisables et des installations qui se prolongent après la période d’aide. Une autre pourrait produire des projets intéressants mais trop dispersés pour modifier la tendance démographique. Des chocs sur l’énergie, le transport ou les ressources marines pourraient aussi contrarier les résultats. Ces scénarios devront être départagés par des observations, pas par le seul respect du calendrier initial.
Le suivi financier devra distinguer les montants programmés, votés, engagés et payés. Le suivi économique devra relier projets soutenus, activités effectivement créées, emplois et débouchés. Le suivi résidentiel devra observer les arrivées et les départs sur plusieurs années, avec les raisons documentées des décisions. Une hausse ponctuelle de fréquentation touristique ne peut pas servir de substitut à ces mesures d’ancrage.
Au 25 octobre 2026, le plan adopté et les démarches d’exécution constituent le résultat vérifiable. L’inversion démographique et la restructuration de l’économie demeurent des ambitions à évaluer. La force du SDS dépendra de sa capacité à coordonner les décisions, à expliquer ses arbitrages et à corriger ses actions lorsque les résultats ne correspondent pas aux attentes des habitants.
Les actes et indicateurs qui permettent de suivre la mise en œuvre
[1] Conseil territorial — Délibération 216/2025 et plan d’actions SDS 2026–2029 — Adoption du 16 décembre 2025 ; programmation financière, section 3.4.
[2] Collectivité territoriale — SDS, rapport 2025, publié en janvier 2026 — Préparation du nouveau cycle et articulation des neuf actions.
[3] Insee — Populations des collectivités d’outre-mer en 2023 — Population de référence en vigueur au 1er janvier 2026 et précautions de comparaison.
[4] IEDOM — Rapport annuel économique de Saint-Pierre-et-Miquelon 2025, 26 juin 2026 — Diagnostic démographique, sectoriel et financier de l’archipel.
[5] IEDOM — Le coût de la vie à Saint-Pierre-et-Miquelon, mars 2026 — Contraintes structurelles, prix et dépenses énergétiques.
[6] IEDOM — Tendances du deuxième trimestre 2026, 1er septembre 2026 — Actualisation de l’emploi, de l’investissement et des secteurs d’activité.
[7] Collectivité territoriale — Consultation AMO Fiscalité 2026 et réponses aux candidats — Périmètre de l’étude ; réponses publiques du 27 avril 2026.
[8] Collectivité territoriale — S’installer ou revenir à Saint-Pierre-et-Miquelon — Dispositifs applicables depuis septembre 2026 ; conditions actualisées en octobre.

