Le 16 septembre 2026, l’État mauritanien et CWP Global ont signé une convention globale pour AMAN. Les études se poursuivent et la décision finale d’investissement reste attendue. L’enjeu : transformer les ressources éoliennes, solaires et minières du pays en capacités industrielles, recettes et services utiles à sa population.
À Nouakchott, un contrat signé et une usine encore à décider
Une signature peut changer le statut d’un projet sans produire une tonne d’ammoniac. Le 16 septembre 2026 à Nouakchott, Mohamed Ould Khaled, ministre de l’Énergie et du Pétrole, et Mark Crandall, président de CWP Global, ont signé une « convention globale » relative à AMAN, envisagé dans le nord-ouest mauritanien. Selon le ministère et le cabinet conseil de l’État, elle fixe le cadre à long terme des phases suivantes, notamment leurs dispositions fiscales et économiques [1–3].
Le passage d’engagements préparatoires à une convention est établi. CWP situe toutefois AMAN aux études d’ingénierie d’avant-projet (FEED) et vise une décision finale d’investissement avant 2030 [1]. La signature ne prouve ni bouclage financier ni décision de construire. Surtout, le Code de l’hydrogène vert subordonne la prise d’effet d’une telle convention à l’approbation législative puis à la publication de la loi correspondante [4]. La documentation consultée n’établit pas encore que ces étapes sont accomplies pour AMAN.
Depuis 2020, une ambition dont les chiffres ont évolué
Après son lancement en 2020, AMAN a fait l’objet d’un mémorandum en 2021 et d’un accord-cadre en 2022 [1]. En mai 2021, l’Agence mauritanienne d’information évoquait 30 gigawatts, un site d’environ 8 500 km² et un investissement potentiel de 40 milliards de dollars [5]. Ces chiffres concernaient un projet, non des dépenses engagées. En février 2025, CWP parlait encore de 30 GW par étapes et de 1,7 million de tonnes d’hydrogène par an, sous réserve d’autorisations [6].
En septembre 2026, Latham & Watkins annonce jusqu’à 18 GW de capacité renouvelable, pour des objectifs de 1,2 million de tonnes d’hydrogène et 6,6 millions de tonnes d’ammoniac par an [3]. Le ministère confirme ces volumes, sans donner la capacité électrique [1]. Une convention publiée permettrait de savoir si 18 GW représente une première tranche ou une révision du projet. La raison de l’écart n’est pas établie ; les 40 milliards annoncés en 2021 ne constituent pas un financement acquis en 2026.
L’ammoniac est fabriqué à partir d’hydrogène et d’azote : additionner les deux objectifs comme des volumes indépendants serait trompeur. Leur répartition entre engrais, fer ou autres débouchés dépend du schéma industriel non publié.
Le fait acquis : une première convention globale, pas une production
Le ministère présente AMAN comme le premier projet mauritanien d’hydrogène vert à atteindre ce stade ; l’agence nationale confirme les signataires [1, 2]. Ces sources convergent sur la signature, mais ne publient ni le contrat intégral ni ses engagements chiffrés.
Le Code de 2024 organise la succession entre accord-cadre, convention globale, développement et exploitation [4]. Son article 20 autorise la poursuite des études de faisabilité sous la convention ; son article 21 exige une approbation législative et fixe la prise d’effet à la publication de la loi au Journal officiel. Pour attester l’entrée en vigueur d’AMAN, il faudra donc retrouver cette loi et sa date de publication.
Engrais, carburants propres et transformation locale du fer sont des objectifs, sans usine livrée ni contrats de vente vérifiés [1, 2]. L’agence publique projette aussi une réduction d’un tiers du chômage d’ici 2035 [2] : aucun modèle consultable ici ne permet de valider ce chiffre. Une projection ne remplace pas un résultat social mesuré.
Ce que devra franchir AMAN entre les études et l’investissement
Les études FEED précisent l’architecture technique et les coûts avant la décision d’investissement. CWP vise celle-ci avant 2030 [1] : c’est une cible, non une date de mise en service. Études de faisabilité, autorisations, ventes et financement restent à établir. Le Code encadre la transition vers l’exploitation [4], mais la convention ne prouve pas que chaque condition est remplie.
En février 2025, CWP faisait état d’études géologiques et marines, avec l’entreprise mauritanienne Magma Group notamment. La reconnaissance de la baie du Lévrier devait éclairer l’implantation d’une prise d’eau et le rejet de saumure d’un éventuel dessalement [6]. Il s’agit d’études, non d’infrastructures en service. Un avis indépendant demandé en 2023 par l’administration mauritanienne sur le cadrage de l’évaluation environnementale soulignait les questions d’eau, de biodiversité, d’usage des terres et de consultation [11] ; cet avis sur l’ancien projet de 30 GW n’est ni l’évaluation finale ni une autorisation.
Selon l’Agence internationale de l’énergie, de nombreux projets d’hydrogène annoncés n’ont pas encore atteint l’investissement, faute notamment de demande assurée et de coûts compétitifs [7]. Cette tendance ne préjuge pas l’avenir d’AMAN ; elle rappelle l’importance des contrats d’achat, du financement et de travaux constatables.
La valeur mauritanienne dépendra des emplois, de l’eau et du fer
La réussite mauritanienne dépendra du contrôle des actifs et du partage des gains : propriété des centrales, accès local à l’électricité et à l’eau, contrats pour les entreprises nationales, emplois qualifiés, recettes après avantages fiscaux et coûts publics. La feuille de route nationale évoque l’eau, l’électricité, la formation et l’acier [8]. Ces retombées nécessitent des engagements contrôlables ; leur annonce ne prouve aucun avantage déjà perçu par les ménages.
En juin 2024, la Société nationale industrielle et minière (SNIM) et CWP ont annoncé un accord pour étudier un pôle de fer préréduit à partir du minerai national et, potentiellement, de l’hydrogène d’AMAN [9]. Une transformation sur place créerait davantage d’étapes industrielles que l’exportation du seul minerai. L’accord d’exploration n’est toutefois ni une décision de construire l’aciérie ni une garantie sur la distribution des bénéfices entre l’État, les travailleurs et les territoires.
Le Code prévoit des obligations environnementales et sociales ainsi qu’une contribution au contenu local et une préférence pour les entreprises mauritaniennes [4]. En juin 2026, l’Assemblée a adopté un projet modifiant la loi sectorielle sur le contenu local [10] ; sa promulgation n’est pas établie par ce seul vote. La portée des règles dépendra des clauses d’AMAN, des fournisseurs et du contrôle.
Les clauses introuvables empêchent de chiffrer le partage des gains
La pièce décisive demeure la convention intégrale, ses annexes et, lorsqu’elle sera publiée, sa loi d’approbation. Des dispositions fiscales sont annoncées [1, 3], mais sans leur texte impossible de calculer les exonérations, recettes, participations publiques, obligations locales ou risques supportés par l’État.
Le financement arrêté, les contrats d’achat, le calendrier par tranche, l’étude environnementale finale et les règles d’utilisation de l’eau ne figurent pas davantage dans les documents consultés. Cela ne prouve pas leur inexistence. L’avis indépendant de 2023, demandé par la direction mauritanienne de l’évaluation environnementale, recommande d’examiner impacts cumulatifs, biodiversité et participation des populations [11]. Avant de conclure à un risque maîtrisé ou à un dommage, il faut les études définitives et leurs mesures de suivi.
L’écart entre 30 GW annoncés auparavant et 18 GW indiqués en 2026 appelle un tableau par tranche, avec puissance, volumes, terrains et coûts. Sa cause n’est pas établie. Pour les emplois, il faudra distinguer chantier, postes permanents, recrutement local et effets indirects.
Trois trajectoires possibles après le 16 septembre
Premier scénario : le Parlement approuve la convention ; faisabilité, acheteurs et financement sont confirmés ; une première tranche entre en chantier. Les gains dépendraient alors des achats locaux, de la formation, des recettes et de l’accès mauritanien aux nouveaux actifs. La transformation du fer avec la SNIM exigerait un investissement supplémentaire [9].
Deuxième scénario : la convention prend effet, mais coûts, eau ou débouchés retardent l’investissement. Les études peuvent conduire à réviser tranches et volumes, sans production commerciale immédiate. Un retard n’équivaut pas nécessairement à l’abandon.
Troisième scénario : demande ou financement insuffisants provoquent suspension ou redimensionnement ; il faudrait alors vérifier foncier, coûts publics et réemploi possible des études. Aucun scénario n’est acquis. AMAN a franchi une étape contractuelle ; l’entrée en vigueur, la viabilité économique et la répartition des retombées restent à établir.
Les documents qui permettent de vérifier — et leurs limites
- Ministère de l’Énergie, communiqué AMAN, 16 septembre 2026 : https://energies.gov.mr/en/node/2724.
- Agence mauritanienne d’information, signature et déclarations, 16 septembre 2026 : https://ami.mr/fr/archives/302371.
- Latham & Watkins, conseil de l’État, capacité annoncée de 18 GW, 21 septembre 2026 : https://www.lw.com/en/news/2026/09/latham-advises-the-government-of-mauritania-on-global-convention-for-the-aman-green-hydrogen-project.
- Mauritanie, loi n° 2024-037 portant Code de l’hydrogène vert, Journal officiel n° 1568, notamment art. 20, 21, 33 et 34 : https://msgg.gov.mr/sites/default/files/2024-11/J.O%201568%20F.pdf.
- Agence mauritanienne d’information, mémorandum initial, 28 mai 2021 : https://ami.mr/fr/archives/88513.
- CWP Global, études techniques et ancien dimensionnement, 24 février 2025 : https://cwp.global/terra/cwp-global-completes-key-studies-for-the-aman-project-in-mauritania/.
- Agence internationale de l’énergie, Global Hydrogen Review 2026, projets annoncés et investissements : https://www.iea.org/reports/global-hydrogen-review-2026/key-questions-about-hydrogen.
- Ministère de l’Énergie, feuille de route nationale : https://energies.gov.mr/fr/node/2601.
- CWP Global, annonce du mémorandum avec la SNIM, juin 2024 : https://cwp.global/terra/snim-and-cwp-global-agree-to-explore-opportunities-to-decarbonise-mauritanias-iron-ore-production/.
- Agence mauritanienne d’information, vote de l’Assemblée sur le contenu local, 12 juin 2026 : https://ami.mr/fr/archives/296785.
- Commission néerlandaise pour l’évaluation environnementale, avis sur les termes de référence demandé par l’administration mauritanienne, 15 décembre 2023 : https://pas.eia.nl/files/os/7385/7385_avis_final_tdr_pour_project_aman_mauritanie.pdf.

