Oman | Investissement
D’Arzew au numérique, le partenariat entre dans une phase d’exécution
Le 23 août 2026, l’Algérie et le groupe omanais Suhail Bahwan ont franchi une étape concrète dans leur partenariat économique. Le ministère algérien des Hydrocarbures a annoncé le passage des études à la mise en œuvre de l’extension du complexe de la société algéro-omanaise des engrais à Arzew, dans la wilaya d’Oran. Le projet prévoit une nouvelle ligne de production afin d’augmenter de 50 % la capacité du site, notamment pour l’ammoniac et l’urée. Une feuille de route de lancement a été arrêtée et les parties ont annoncé la mobilisation des ressources nécessaires.
Cette décision donne une consistance nouvelle aux « Accords économiques Oman-Algérie ». En 2026, la coopération s’étend aussi au transport, aux services aériens et à la transition numérique. Mais les niveaux d’engagement diffèrent : l’extension d’Arzew entre dans une phase d’exécution, alors que plusieurs mémorandums restent des cadres de coopération sans montant décaissé ni calendrier opérationnel public.
Un socle industriel ancien, longtemps plus solide que le commerce
La relation repose sur un actif industriel majeur : Algeria Oman Fertilizer Company, créée entre Suhail Bahwan Group et Sonatrach. Les documents du partenaire omanais indiquent une participation de 51 % pour Suhail Bahwan et 49 % pour Sonatrach. Le complexe d’Arzew, construit pour environ 2,4 milliards de dollars, dispose de deux unités et d’une capacité annoncée d’environ 4 000 tonnes par jour d’ammoniac et 7 000 tonnes par jour d’urée granulée. Sonatrach souligne son rôle dans l’agriculture algérienne et les exportations hors hydrocarbures.
Ce socle contraste avec un commerce bilatéral encore faible et déséquilibré. Les statistiques omanaises indiquent qu’en 2024 les échanges ont progressé d’environ 48 % pour atteindre 62,99 millions de rials omanais. Les exportations d’Oman vers l’Algérie représentaient environ 62,3 millions de rials, contre 707 900 rials d’importations depuis l’Algérie.
Les visites d’État de 2024 et 2025 ont construit l’architecture politique. En mai 2025, les deux pays ont notamment annoncé un fonds d’investissement commun de 300 millions de dollars, à contribution égale, destiné en priorité à la sécurité alimentaire, à la pharmacie et aux mines. Des accords ont aussi concerné Minerals Development Oman et Sonarem, Abraj Energy et Sonatrach, ainsi que l’agriculture et l’industrie pharmaceutique.
Ce qui est signé, engagé ou seulement exploré en 2026
L’année 2026 apporte plusieurs actes nouveaux. Le 5 mai, plusieurs mémorandums ont été signés dans les transports. Les textes publics en confirment l’existence mais ne détaillent pas, dans leur version accessible, les obligations financières ou les calendriers.
Le 11 juin, le ministre algérien des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, a reçu l’ambassadeur d’Oman et Saad bin Suhail Bahwan. La réunion a porté sur les perspectives d’investissement dans les hydrocarbures et sur les partenariats associant Bahwan, Abraj Energy et Sonatrach. Elle documente la continuité des discussions sans établir de nouveau montant d’investissement.
En juillet, une délégation omanaise a travaillé sur la transition numérique. Le 27 juillet, le directeur général de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement, Omar Rekkache, a reçu une quinzaine d’investisseurs omanais pour explorer des projets dans la numérisation, les solutions numériques et l’intelligence artificielle. Le Haut-commissariat à la numérisation a ensuite annoncé des recommandations stratégiques, sans publier de portefeuille chiffré de contrats.
Le 13 août, Air Algérie et Oman Airports-Transom ont signé un mémorandum sur l’assistance au sol et d’autres services aéronautiques. Dix jours plus tard, le dossier d’Arzew a franchi un niveau supérieur : le ministère des Hydrocarbures a annoncé le passage à la réalisation effective d’une extension destinée à accroître de 50 % la capacité du complexe. Au 3 septembre 2026, c’est l’élément le plus avancé de la séquence économique bilatérale.
Derrière les accords, une stratégie de chaînes de valeur
La logique qui se dessine est celle d’un partenariat par chaînes de valeur plutôt que d’un simple accroissement du commerce. À Arzew, l’Algérie apporte une ressource stratégique, le gaz naturel, et un environnement pétrochimique ; le partenaire omanais apporte capital privé, savoir-faire industriel et réseaux commerciaux. Le produit final — ammoniac et urée — transforme une ressource énergétique en bien industriel exportable et utile à l’agriculture.
Le fonds commun de 300 millions de dollars pourrait étendre ce modèle à la sécurité alimentaire, à la pharmacie et aux mines s’il devient pleinement opérationnel. Ces secteurs recoupent les priorités de diversification d’Oman et celles de l’Algérie en matière d’investissement productif, de substitution aux importations et d’exportations hors hydrocarbures.
Le numérique et l’aviation ajoutent des infrastructures de services. Leur valeur dépendra cependant de la conversion des mémorandums en marchés, investissements, transfert de compétences et volumes mesurables. Le partenariat associe en outre acteurs publics et privés : Sonatrach, Sonarem, AAPI et ministères algériens dialoguent avec Oman Investment Authority, Minerals Development Oman, Abraj Energy, Suhail Bahwan et Transom. Cette densité peut accélérer les projets, mais elle rend indispensable une distinction stricte entre annonces, accords-cadres, décisions finales d’investissement et capitaux effectivement engagés.
Ce que l’Algérie peut convertir en souveraineté économique
Pour l’Algérie, l’enjeu stratégique est de convertir les accords en capacité productive nationale. Arzew constitue déjà un exemple : le gaz est transformé localement en engrais, avec création de valeur industrielle et possibilité d’exportation. L’extension annoncée pourrait renforcer cette fonction si le projet reste compétitif et si l’approvisionnement du marché intérieur demeure compatible avec les ventes extérieures.
La coopération avec Oman peut aussi servir une diversification vers les mines, la pharmacie, l’agriculture saharienne, les technologies numériques et la logistique. Pour renforcer la souveraineté économique, les contrats devraient privilégier transformation locale, emplois qualifiés, formation, maintenance, recherche appliquée et participation d’entreprises algériennes.
À l’échelle africaine, l’Algérie dispose d’atouts de connexion vers le Sahel, la Méditerranée et l’Afrique du Nord. Des produits fabriqués localement pourraient accéder à des marchés plus larges à mesure que la ZLECAf se déploie. Mais aucune source consultée n’établit qu’une partie du fonds algéro-omanais soit déjà réservée à des projets panafricains. De même, le fort déséquilibre commercial observé en 2024 rappelle que la réciprocité ne peut être présumée : elle devra se mesurer à la progression des exportations algériennes, à la valeur ajoutée localisée et à l’accès effectif aux marchés omanais et régionaux.
Fonds, calendriers et contrats : les zones encore ouvertes.
Le principal point d’incertitude concerne le fonds d’investissement commun. Son accord de création et sa taille annoncée de 300 millions de dollars sont documentés. En revanche, aucune source institutionnelle consultée au 3 septembre 2026 ne permet d’établir publiquement le capital effectivement versé, un premier closing, un portefeuille définitif ou un premier investissement réalisé. Le montant ne doit donc pas être présenté comme 300 millions déjà décaissés.
L’extension d’Arzew est plus avancée, mais son coût total, son montage financier, ses fournisseurs, son calendrier de construction et sa nouvelle capacité nominale détaillée par produit ne sont pas publiés. La hausse de 50 % annoncée ne permet pas de calculer mécaniquement de nouveaux volumes d’ammoniac et d’urée sans documentation technique.
Les projets miniers, automobiles, pharmaceutiques et énergétiques restent à des stades différents. Un mémorandum ou un document de termes ne vaut pas décision finale d’investissement. Il en va de même pour le numérique et les services aériens : intérêt et coopération sont établis, mais ni liaison directe nouvelle, ni volume de fret supplémentaire, ni portefeuille de contrats numériques n’est encore démontré.
Trois trajectoires pour un partenariat désormais plus dense
Trois trajectoires peuvent être envisagées. La première est une consolidation industrielle autour d’actifs existants. L’extension d’Arzew devient alors le modèle : un partenariat ancien est agrandi et produit davantage de valeur en Algérie.
La deuxième est une diversification véritable. Le fonds commun devient opérationnel, les projets miniers et pharmaceutiques atteignent la décision d’investissement, le numérique produit des contrats exécutés et les services aériens améliorent la connectivité. Oman disposerait alors en Algérie d’un portefeuille multisectoriel et Alger d’un partenaire du Golfe davantage orienté vers l’industrie et les services.
La troisième est celle d’un écart persistant entre annonces et exécution. Les mémorandums s’accumuleraient tandis que procédures, financement ou arbitrages commerciaux retarderaient les projets et que le commerce resterait déséquilibré.
L’estimation centrale se situe entre les deux premiers scénarios. La décision d’août sur Arzew montre que l’exécution peut suivre la diplomatie. La profondeur du partenariat sera toutefois mesurable : capital engagé par le fonds, montant et calendrier de l’extension, nouveaux contrats industriels, progression des exportations algériennes vers Oman, emplois et compétences localisés, et projets numériques ou logistiques réellement opérationnels.
Le socle documentaire de l’enquête
- Ministère algérien des Hydrocarbures et des Mines — accord du 23 août 2026 sur l’extension du complexe algéro-omanais des engrais à Arzew ; réunion du 11 juin 2026 sur les partenariats dans les hydrocarbures et les services pétroliers.
- Ministère des Affaires étrangères du Sultanat d’Oman — accords signés lors de la visite d’État du sultan Haitham bin Tarik en Algérie, 5 mai 2025 ; déclaration conjointe Oman-Algérie ; accords de 2024 sur la promotion de l’investissement.
- Oman Investment Authority — documentation relative à la création du fonds algéro-omanais et à la diplomatie économique de l’institution.
- Sonatrach — documentation sur Algeria Oman Fertilizer Company, ses capacités industrielles et son rôle dans les exportations hors hydrocarbures.
- Algérie Presse Service — mémorandums de transport du 5 mai 2026 ; coopération numérique de juillet 2026 ; mémorandum Air Algérie-Oman Airports-Transom du 13 août 2026 ; extension d’Arzew du 23 août 2026.
- Agence algérienne de promotion de l’investissement — consultations du 27 juillet 2026 avec une délégation d’investisseurs omanais.
- Centre national omanais des statistiques et de l’information et Oman News Agency — données sur les échanges Oman-Algérie en 2024.

