Une ingénieure, un juriste et une analyste namibiens étudient un échantillon de roche et des dossiers dans un bureau d’expertise à Windhoek. Scène fictive.

L’unité pétrolière dispose déjà d’une direction auprès de la présidence, tandis que le transfert de compétences légales reste débattu. La maîtrise namibienne de la ressource dépendra aussi des contrôles, des savoirs et de la participation économique locale.

Une unité existe, son architecture légale reste en discussion

Au 12 octobre 2026, la réforme des pouvoirs pétroliers namibiens demeure un chantier parlementaire. L’ordre du jour de l’Assemblée nationale prévoit, pour le 13 octobre, la reprise du débat en deuxième lecture sur le Petroleum (Exploration and Production) Amendment Bill, B.12–2025. Cette inscription annonce une séance ; elle ne prouve ni sa tenue future ni l’adoption du projet. [1]

L’Upstream Petroleum Unit, ou UPU, possède pourtant déjà une existence administrative auprès de la présidence. En mai 2025, Netumbo Nandi-Ndaitwah a nommé Kornelia Shilunga conseillère spéciale chargée de diriger cette unité, avec Carlo McLeod comme adjoint. Leur mission comprenait la préparation de la structure et l’examen du cadre réglementaire. [2]

La distinction est décisive. Installer une équipe ne lui attribue pas automatiquement les compétences que la loi confie à d’autres autorités. Le débat porte sur le pouvoir d’autoriser, de surveiller et d’organiser l’activité pétrolière. La souveraineté se mesurera dans la capacité des institutions et des citoyens namibiens à connaître et à contrôler ces décisions.

De la réorganisation présidentielle au débat d’octobre

Le projet modifie la loi pétrolière de 1991. Sa présentation officielle annonce trois déplacements : certaines attributions du ministre iraient à la présidente, d’autres au directeur général de l’UPU, tandis que des fonctions du Petroleum Commissioner reviendraient au directeur général adjoint. Il prévoit également la création légale de l’unité et la définition de ses missions. [3]

La discussion oppose plusieurs conceptions de la responsabilité publique. Dans son intervention du 30 septembre, publiée le 2 octobre, le député Job Amupanda conteste le passage de pouvoirs ministériels à une structure placée auprès de la présidence. Il demande un examen constitutionnel et envisage une contestation judiciaire. Ce discours établit une position parlementaire ; il ne vaut pas décision de justice sur la validité du texte. [6]

Le 6 octobre, dans un discours publié trois jours plus tard, le député Tobie Aupindi soutient la réforme tout en demandant une gouvernance forte, des compétences spécialisées et un contrôle effectif. Il insiste sur la distinction entre orientation politique, régulation, activité commerciale et gestion des revenus. Les réserves sur le contrôle ne se limitent donc pas aux adversaires du projet. [5]

Le calendrier de septembre et d’octobre montre un débat sur la forme de l’État pétrolier en construction. Il ne permet pas de présenter chaque disposition proposée comme une règle déjà applicable.

Des licences aux données, des compétences qui engagent l’avenir

La copie du projet consultée place l’UPU à la présidence. Elle charge son directeur général de l’octroi des licences et prévoit un dépôt national de données pétrolières ainsi qu’un rapport annuel public sur l’amont. Les dirigeants, nommés par la présidente, lui déclarent patrimoine, dettes et intérêts économiques. Cette remise ne constitue pas une publication accessible aux citoyens. [4]

Ces compétences ne sont pas de simples tâches de secrétariat. L’autorité qui instruit les projets doit pouvoir comprendre les estimations des opérateurs, apprécier leurs capacités et conserver une mémoire technique des engagements. Une expertise publique stable peut réduire la dépendance envers les informations produites par les entreprises.

Les garanties prévues méritent donc d’être évaluées selon leur usage. Un rapport public sera utile s’il permet de suivre des décisions précises dans le temps. Une déclaration d’intérêts a une portée différente selon qui peut la vérifier, demander des explications et imposer un déport. Ces questions d’application ne permettent de conclure ni à l’absence générale de contrôle ni à son efficacité future.

L’accord des Finances deviendrait une consultation

Pour certaines remises, remboursements ou reports de redevances, le texte remplacerait l’accord du ministre des Finances par sa consultation. Il maintient un compte rendu au Parlement, présenté par le Premier ministre ou un ministre désigné, avec les bénéficiaires, montants et motifs. [4]

La différence engage le partage du pouvoir. Consulter impose de solliciter un avis ; exiger un accord donne à l’autre autorité une prise différente sur la décision. La question devient celle de la capacité à vérifier les concessions financières et leur justification, tout en conservant un contrôle parlementaire qui produit des conséquences utiles.

Dans son analyse du 11 septembre, la juriste namibienne Stefanie Busch reconnaît les gains de coordination que pourrait permettre une structure placée à un niveau élevé. Elle souligne cependant la concentration des responsabilités et propose des garanties supplémentaires : règles de mandat et de révocation, transparence des intérêts, contrôle parlementaire et protection du rôle des Finances. Son texte est une analyse professionnelle du projet, pas une interprétation imposée par un tribunal. [7]

La chronique juridique ProBono du 14 septembre interroge, de son côté, les frontières entre le rôle de promoteur économique, la définition des politiques et la régulation. Elle invoque l’expérience namibienne de l’hydrogène vert pour demander des institutions durables et des responsabilités distinctes. Cette comparaison éclaire un risque d’organisation ; elle ne démontre pas que les mêmes difficultés se reproduiront dans le pétrole. [8]

La maîtrise nationale se construit aussi hors de la présidence

Les intérêts de l’administration, des salariés, des entreprises locales et des communautés ne coïncident pas automatiquement. Une décision peut accélérer un investissement sans créer les compétences nécessaires à sa surveillance. L’entrée d’un partenaire namibien dans un contrat ne prouve pas non plus, à elle seule, une diffusion des revenus ou des savoirs.

Le symposium annuel de la Banque de Namibie du 24 septembre a précisément placé les choix de la période précédant la production pétrolière au centre de son programme. Celui-ci associait responsables namibiens, chercheurs et expertise de l’autorité pétrolière ougandaise. Il documente une réflexion africaine sur les institutions, les capacités et la valeur durable à tirer du secteur. [9]

Dans le compte rendu publié par Informanté, le gouverneur Ebson Uanguta insiste sur les compétences nationales, la solidité des institutions et les liens avec le reste de l’économie. La chercheuse Emma Haiyambo examine le poids des investissements pétroliers. L’Ougandais Alex Nyombi souligne la participation locale et la diversification. Ces interventions replacent le débat dans l’économie vécue : formation, entreprises capables de répondre aux appels d’offres et préparation à des recettes qui restent incertaines. [10]

Une autre voix africaine défend les perspectives industrielles. Dans une communication de février 2026, la Chambre africaine de l’énergie valorise l’UPU comme signal politique pour les investisseurs. Cette organisation représente une perspective de promotion du secteur ; son appréciation ne constitue pas une mesure indépendante des bénéfices futurs pour la population. [12]

Les documents disponibles ne règlent pas toutes les questions

Une difficulté documentaire impose la prudence. La couverture de la copie intégrale du projet porte une mention d’adoption par l’Assemblée. L’ordre du jour officiel d’octobre situe pourtant toujours le texte en deuxième lecture. Nous retenons ce dernier pour établir son statut et utilisons la copie comme version de travail, sans la présenter comme une loi adoptée. [1, 4]

Il faut encore disposer du texte définitif après les éventuels amendements, puis des actes établissant son adoption et son entrée en vigueur. Une qualification juridique précise nécessiterait également de suivre les règles d’application et l’articulation des recours. L’absence de ces pièces dans le dossier consulté ne prouve pas qu’aucun contrôle judiciaire ne serait possible.

La transparence économique constitue un autre chantier. En février, Graham Hopwood, directeur de l’Institute for Public Policy Research, a plaidé pour la publication des contrats, des flux financiers et des bénéficiaires effectifs des entreprises extractives. Ses propositions, rapportées à l’occasion d’un dialogue civique, montrent que le débat namibien concerne aussi l’accès du public aux informations qui rendent un contrôle possible. [11]

La publicité d’une nomination et celle d’un intérêt économique ne répondent pas à la même question. Pour apprécier les conflits éventuels, il faut connaître les intérêts pertinents, les décisions concernées et les mesures de prévention. Aucune accusation personnelle ne peut être déduite du seul choix d’une organisation présidentielle.

Trois issues institutionnelles, des effets à vérifier

Le Parlement pourrait modifier le projet afin de rendre plus explicites les obligations d’information et les responsabilités. Cette première trajectoire chercherait à associer expertise spécialisée et contrôle. Elle se vérifierait dans le texte amendé, puis dans les moyens accordés aux institutions chargées de l’appliquer.

Une deuxième possibilité serait l’adoption d’une architecture largement centrée sur la présidence. La coordination pourrait en être facilitée, mais sa portée dépendrait de la qualité des équipes, de la traçabilité des décisions et de l’effectivité des garanties. Une concentration formelle ne permet de prédire, à elle seule, ni efficacité ni abus.

Le débat pourrait enfin se prolonger, laissant l’organisation administrative évoluer dans l’attente d’une clarification législative. Le point sensible serait alors la lisibilité des responsabilités pour les opérateurs comme pour les citoyens. Les annonces commerciales ne suffiraient pas à résoudre cette question de droit public.

Dans chacune de ces hypothèses, la réussite devrait être appréciée à partir de décisions vérifiables : capacité de négociation, contrôle des engagements, circulation des connaissances et participation des Namibiens à la valeur créée.

Les pièces parlementaires et les voix du débat

La Rédaction

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