Illustration de synthèse : scène fictive et conceptuelle.
La Collectivité territoriale lance un appel à projets pour les infrastructures hydrauliques agricoles. La sélection des opérations, leur financement durable et les règles de partage de l’eau détermineront quels agriculteurs pourront réellement en bénéficier.
Une enveloppe ouverte à candidatures, avant tout versement établi
La Collectivité territoriale de Martinique (CTM) ouvre le 5 octobre 2026 un appel de 7 millions d’euros, avec candidature jusqu’au 4 décembre à midi. Les associations syndicales d’irrigation, les collectivités publiques et leurs groupements peuvent notamment candidater. L’aide publique peut couvrir jusqu’à 100 % des dépenses éligibles ; le FEADER représente 80 % de cette aide. Le financement dépend du dossier retenu. [1]
L’ouverture de l’enveloppe ne permet pas encore d’identifier des exploitations effectivement raccordées ou des économies d’eau réalisées. Entre l’annonce et le service, il reste la sélection, l’engagement financier, les travaux et l’organisation de l’exploitation. Chacune de ces étapes peut modifier la portée du programme.
L’intérêt agricole dépendra donc de la capacité des structures locales à proposer des opérations utiles, à les réaliser et à maintenir les équipements. Il dépendra aussi des règles d’accès : qui entre dans le collectif, qui participe aux décisions et qui supporte les charges après l’investissement ?
Le stockage ne supprime pas les contraintes de la ressource
Le cahier territorial publié par la Cour des comptes en 2023 décrit le rôle du périmètre irrigué du sud-est et du barrage de la Manzo. Son réservoir, d’une capacité de 8 millions de mètres cubes, dépend de la Lézarde pour son remplissage en période pluvieuse. Le rapport souligne les tensions en période sèche et les difficultés topographiques et géologiques qui limitent la multiplication des retenues. Ce diagnostic est daté ; il ne constitue pas un relevé de la situation d’octobre 2026. [2]
Ce contexte éclaire une distinction physique simple : disposer d’un volume de stockage ne garantit pas de pouvoir le remplir au moment opportun. Une infrastructure doit être examinée avec son bassin d’alimentation, les autres usages et les règles de prélèvement. Le bon dimensionnement ne se réduit pas au volume maximal inscrit dans un projet.
À partir de ce diagnostic, une question se pose pour le nouvel appel : les ouvrages amélioreront-ils le service existant, ouvriront-ils l’accès à de nouvelles exploitations ou répondront-ils à d’autres objectifs ? Les annonces de crédits ne permettent pas encore de répondre pour chaque opération.
Le programme finance aussi la préparation des projets collectifs
Études et animation sont également visées. [1] Le communiqué du 6 octobre indique un dépôt dans EURO-PAC, dispositif PSN-FEADER 73.07. [3]
La CTM a également organisé une réunion d’information le 19 octobre, dont le replay est annoncé disponible le 23. La page présente un accompagnement sur l’éligibilité, les dépenses et le dépôt des demandes. Elle ne donne ni le nombre de dossiers effectivement déposés ni leurs chances de sélection. [4]
La possibilité de préparer un dossier compte dans un dispositif collectif. Il faut réunir les besoins, identifier le porteur, établir les coûts et convenir des responsabilités. Une structure disposant déjà de personnel technique peut avancer plus vite qu’un groupe d’exploitants qui doit organiser cette ingénierie. Il s’agit d’une différence possible de capacité, à examiner dans la mise en œuvre plutôt que d’en déduire une exclusion déjà démontrée.
Le cahier complet de l’appel n’a pas pu être exploité intégralement pour cette enquête. Aucun barème détaillé, montant minimal de dépenses ou calendrier d’éligibilité supplémentaire n’est donc reconstitué à partir d’anciens programmes. Les porteurs devront s’appuyer sur les documents applicables à cet appel pour ces paramètres.
Une subvention ne vaut pas autorisation de prélever
L’article 74 du règlement européen 2021/2115 encadre les investissements d’irrigation. Il prévoit notamment un comptage de l’eau et une évaluation des économies potentielles pour l’amélioration d’installations existantes, avec des conditions supplémentaires selon l’état de la ressource. Les extensions et réservoirs font l’objet d’exigences environnementales spécifiques. Ces règles générales ne remplacent pas le cahier local de sélection. [5]
La DEAL publie séparément les actes relatifs aux prélèvements, dont une autorisation temporaire pour les usages agricoles du 1er juillet au 31 décembre 2026. Sans examen des annexes et des décisions applicables à chaque opération, on ne peut en déduire un volume individuel autorisé. Le financement d’un équipement et le droit d’utiliser une ressource relèvent de pièces distinctes. [6]
Cette séparation protège la cohérence du projet. Un réseau peut être techniquement achevé mais ne pas disposer de la ressource prévue ; un prélèvement peut être autorisé sans que le financement d’un ouvrage soit acquis. Le dossier d’investissement devrait relier ces deux dimensions avant d’annoncer une capacité durable de desserte.
L’économie d’eau appelle également une mesure précise. Améliorer l’efficacité d’une conduite peut réduire les pertes pour un service donné. Mais si les volumes distribués ou les surfaces desservies augmentent, la baisse de prélèvement total n’est pas automatique. L’évaluation doit préciser le périmètre, le niveau de service et la consommation effectivement observée. Ce raisonnement permet de tester un résultat ; il n’affirme pas qu’un effet de ce type se produira dans les futurs projets martiniquais.
Le collectif doit rendre visibles ses règles d’accès et de décision
La dimension collective peut permettre de partager des équipements qu’une exploitation isolée ne pourrait porter seule. Elle oblige en contrepartie à organiser les droits et les charges. Une analyse utile devra examiner les conditions d’adhésion, la représentation des membres, les tours d’eau éventuels et les réponses prévues en période de manque.
Deux exploitations reliées au même réseau ne disposent pas nécessairement de la même capacité à utiliser le service. Distance, pression, calendrier de culture, équipement de la parcelle et coût du raccordement peuvent intervenir. Ce sont des variables à documenter projet par projet. Le seul nombre d’adhérents ne suffit pas à établir une égalité d’accès.
Dans une perspective afrocentrée, l’agriculture martiniquaise doit être regardée à travers les producteurs et les choix alimentaires du territoire. La question est de savoir si l’investissement accroît leur capacité à décider, à produire et à maintenir une activité viable. Cette approche ne permet pas de présumer la répartition des crédits entre cultures ou catégories d’exploitation avant la publication des décisions.
La participation des petites exploitations mérite un suivi distinct, avec des données sur les candidatures, les dossiers recevables et les projets retenus. Si un écart apparaît, il faudra en examiner les raisons : conditions réglementaires, maturité technique, coûts ou accès à l’accompagnement. Un résultat inégal ne s’explique pas automatiquement par une seule cause ; rendre les étapes lisibles permet justement de discuter les corrections utiles.
L’entretien et l’énergie détermineront le coût du service futur
Une aide élevée à l’investissement peut alléger le coût de construction sans financer indéfiniment pompage, surveillance, réparation et renouvellement. Le plan d’exploitation devrait préciser les responsabilités et les ressources mobilisables après les travaux. Un ouvrage disponible sans budget d’entretien peut perdre progressivement l’utilité attendue.
Le prix demandé aux utilisateurs devra donc être expliqué avec les services correspondants et les charges couvertes. Une cotisation fixe, un paiement au volume et un coût de raccordement n’ont pas les mêmes effets selon la taille et l’usage de l’exploitation. Aucun tarif futur n’est établi dans ce dossier : ces différences sont des critères d’évaluation, pas la description d’un modèle déjà choisi.
Les données environnementales doivent, elles aussi, être actualisées. La DEAL met à disposition un état des lieux 2025 du bassin, plus récent que le rapport territorial de 2023. Son existence ne prouve pas la conformité de chaque projet candidat. Il faudra relier l’opération à la situation de la masse d’eau concernée et aux objectifs applicables. [7]
Le suivi gagnerait à comparer coûts prévus et réels, volume distribué, interruptions et dépenses de maintenance. Ces informations serviraient aux membres du collectif autant qu’aux financeurs. Elles permettraient d’identifier une difficulté avant qu’elle compromette l’ensemble du service, et de distinguer un problème d’équipement d’un problème de gestion ou de ressource.
Les résultats devront être suivis de la sélection jusqu’aux parcelles
La première preuve à attendre est la liste des opérations retenues, avec leur objet, leur coût et le soutien engagé. Viendront ensuite les paiements, les travaux réceptionnés et les conditions de mise en service. Présenter séparément ces étapes évite d’assimiler un crédit annoncé à un bénéfice agricole déjà obtenu.
L’évaluation pourrait ensuite relier les ouvrages aux exploitations effectivement desservies et à la qualité du service. Elle devrait distinguer sécurité d’approvisionnement, amélioration technique et économie de ressource. Un projet peut progresser sur une dimension sans atteindre encore les autres. Les indicateurs doivent rendre cette différence compréhensible.
L’appel à projets ouvre une possibilité de consolider l’irrigation collective en Martinique. Son effet dépendra des opérations choisies, de leurs règles de partage et de leur fonctionnement dans la durée. L’enjeu public consiste à transformer le financement en accès fiable à l’eau, compatible avec la ressource et avec les besoins des producteurs qui feront vivre les équipements.
Appel à projets, diagnostic territorial et règles sur l’eau
[1] CTM — Appel à projets, 5 octobre 2026. Enveloppe et modalités annoncées.
[2] Cour des comptes — Gestion quantitative de l’eau, cahier territorial Martinique, juillet 2023, notamment pages 17–18 et 39–42. Diagnostic historique, non transposé en statistiques de 2026.
[3] CTM — Communiqué, 6 octobre 2026. Programme et dépôt.
[4] CTM — Mise à disposition du webinaire d’information, 23 octobre 2026. Accompagnement administratif annoncé.
[5] EUR-Lex — Règlement (UE) 2021/2115, article 74, version consolidée au 18 août 2026. Conditions générales des investissements d’irrigation.
[6] DEAL Martinique — Prélèvements, page mise à jour le 12 octobre 2026. Répertoire d’actes, sans extrapolation des annexes.
[7] DEAL Martinique — État des lieux du SDAGE, page mise à jour le 6 janvier 2026. Mise à disposition du diagnostic de bassin 2025.

