Portrait illustratif de Sam Hou Fai devant un paysage urbain et portuaire fictif de Macao.

Macao veut élargir son économie et sa fonction d’intermédiaire

Devant l’Assemblée législative le 16 juin 2026, Sam Hou Fai présente des fonds et de grands projets destinés à diversifier l’économie de Macao. Le compte rendu officiel publié le lendemain confirme aussi la volonté de renforcer les services reliant la Chine aux pays de langue portugaise. [1] Au 1er juillet, borne de cette enquête, il faut distinguer une orientation gouvernementale documentée de résultats économiques encore à établir.

L’enjeu touche directement les six États africains participant au Forum de Macao : Angola, Cabo Verde, Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, Mozambique et São Tomé-et-Príncipe. Avec le Brésil, le Portugal et le Timor-Leste, ils constituent les neuf partenaires lusophones de la Chine dans cette enceinte. [2] Pour leurs administrations et leurs entreprises, la question est celle de l’utilité de l’intermédiation : quels débouchés, quelles compétences et quelles conditions de financement peuvent-elles obtenir ?

Un changement de dirigeant dans une architecture plus ancienne

Sam Hou Fai est élu le 13 octobre 2024 par le comité chargé de désigner le chef de l’exécutif. Il reçoit 394 voix parmi les 398 membres présents, quatre bulletins étant blancs. Il s’agit du vote de ce comité, sans suffrage universel direct de l’ensemble de la population. [3] Son entrée en fonction intervient le 20 décembre 2024. La date de l’élection et le début effectif de l’exercice gouvernemental ne doivent donc pas être confondus. [4]

Le Forum pour la coopération économique et commerciale entre la Chine et les pays de langue portugaise a, lui, été créé en octobre 2003 à l’initiative du ministère chinois du Commerce, avec le gouvernement de Macao. [2] La plateforme n’est pas une invention du nouveau chef de l’exécutif. Son gouvernement hérite de relations, d’institutions et de services qu’il souhaite développer dans le cadre d’une diversification plus large.

Le programme présenté en novembre 2025 pour l’année 2026 associe réforme administrative, développement de Hengqin et stratégie dite 1+4. Celle-ci conserve le tourisme et les loisirs intégrés comme base, tout en soutenant la santé et la médecine traditionnelle chinoise, la finance moderne, les technologies ainsi que les congrès, expositions et activités culturelles ou sportives. [5] Cette combinaison permet de préciser le projet : diversifier les activités autour d’une économie touristique qui demeure soutenue.

La reprise du premier trimestre ne prouve pas la diversification

Les résultats détaillés publiés le 15 mai fixent le PIB révisé du premier trimestre 2026 à 107,56 milliards de patacas, avec une croissance réelle de 7,1 % sur un an. L’activité représente 90,3 % de celle du même trimestre de 2019. Ce sont les données révisées à retenir pour cette période. [6]

La composition apporte une précision essentielle. Les exportations de services progressent de 12,8 %, celles liées aux jeux de 13 % et les autres services touristiques de 17,5 %. Dans le même temps, la formation brute de capital fixe recule de 21 %, sous l’effet de la baisse de la construction publique et privée, selon le service statistique. [6] La reprise et l’investissement ne suivent donc pas la même évolution sur ce trimestre.

Ces chiffres ne permettent ni de déclarer achevée la diversification ni d’en démontrer l’échec. Un trimestre ne mesure pas la maturation d’une filière technologique. Il permet en revanche d’éviter un raccourci : la croissance agrégée de Macao n’est pas, par définition, une croissance de ses nouvelles activités. Il faudrait disposer de séries sectorielles, d’emplois, de revenus et d’investissements pour apprécier la transformation recherchée.

Les fonds et Hengqin doivent relier les projets à des activités

L’intervention de juin identifie quatre priorités : un parc de recherche et d’industrie technologique, une zone intégrée de tourisme et de culture, une cité universitaire Macao-Hengqin et un terminal de fret à Hengqin lié à l’aéroport international de Macao. Le fonds public d’orientation est alors attendu avant la fin de 2026, avec un encadrement administratif. [1] La publication établit un programme et son état préparatoire ; elle ne prouve pas que ces équipements ou le fonds sont déjà opérationnels.

Le programme gouvernemental de 2026 prévoit parallèlement une coordination plus étroite avec Hengqin, concernant les infrastructures, les services et les règles. Il entend utiliser le soutien public pour favoriser de nouvelles activités et associer les PME à leur développement. [5] Pour que cet ensemble produise des capacités, il faudra relier un financement à des entreprises, des équipes, des équipements et des clients identifiables.

La plateforme sino-lusophone peut intervenir à plusieurs étapes : mettre des partenaires en relation, faciliter la compréhension des règles et soutenir des échanges professionnels. Son intérêt dépendra du service rendu et de son coût. Une entreprise africaine pourrait y gagner un accès à des informations ou à des interlocuteurs ; elle pourrait aussi multiplier les intermédiaires sans mieux maîtriser le contrat final. Le recours à Macao reste une option à apprécier, pas un passage obligatoire pour toute relation avec la Chine.

Les priorités africaines portent sur les termes de la coopération

La parole mozambicaine fournit un objectif précis. Lors de sa visite au secrétariat du Forum le 28 juin 2025, Maria de Fátima Manso souhaite des investissements dans l’industrie manufacturière, l’agriculture et la sécurité des aliments, ainsi qu’un soutien à la formation de professionnels. Ces demandes sont rapportées par le Forum le 30 juin : elles expriment des priorités de la représentante du Mozambique, dans un compte rendu de l’institution d’accueil. [7]

L’Angola formule également sa propre stratégie. Dans une note du 10 juin 2026, sa diplomatie présente une réunion à Manille réunissant les missions en Asie et en Océanie, dont le consulat à Macao et son délégué au Forum. Elle demande d’améliorer les termes des partenariats afin de contribuer à la diversification de l’économie angolaise. [8] Cette réunion est une initiative angolaise ; il ne faut pas la transformer en événement du gouvernement de Sam Hou Fai.

Le Cabo Verde donne un exemple institutionnel complémentaire. Sa banque centrale confirme, dans un compte rendu publié en novembre 2024, sa participation à la conférence financière des 23 et 24 septembre à Macao et un accord visant à renforcer les échanges de connaissances. [9] En octobre 2025, l’Autorité monétaire de Macao annonce un nouvel accord centré sur la supervision prudentielle, la lutte contre le blanchiment, la coopération technique et la formation. Il s’agit d’une coopération réglementaire, sans preuve ici d’un versement financier ou d’une monnaie commune. [10]

Ces positions invitent à traiter les partenaires africains comme des institutions qui choisissent leurs objectifs. La langue de travail peut faciliter les échanges ; elle ne garantit ni des intérêts identiques ni une négociation équilibrée. Les cadres africains, les entreprises et les autorités de contrôle ont à définir les informations recherchées, les compétences à acquérir et les droits qu’ils souhaitent conserver. La qualité de l’accord dépend de ces choix et de leur traduction contractuelle.

Une formation réalisée laisse ouverte la question du résultat

Le Forum fournit des traces d’activité concrète. Un colloque consacré à l’investissement et à la construction d’infrastructures est organisé du 5 au 19 juin 2025 pour seize responsables et professionnels de plusieurs pays participants. Le compte rendu du 17 juin décrit des cours, visites et échanges déjà tenus. [11] Ce format constitue une réalisation de coopération ; il ne mesure pas encore l’amélioration des projets conduits ensuite par les participants.

Pour établir un effet en Afrique, il faudrait suivre les dossiers sur lesquels ces personnes travaillent : qualité de l’évaluation, choix des prestataires, maintenance, financement et maîtrise des risques. Une formation peut fournir des outils utiles sans modifier immédiatement une administration. À l’inverse, un résultat durable pourrait être peu visible dans un simple nombre de participants si les connaissances sont ensuite diffusées dans une équipe.

Les pièces consultées n’apportent pas de bilan consolidé des contrats africains obtenus grâce à Macao, de leur rentabilité ou de la valeur conservée localement. Elles n’isolent pas non plus le coût de l’intermédiation, les garanties publiques et la répartition des risques. Ces lacunes limitent la mesure des bénéfices, sans annuler l’existence des réunions, accords et programmes de formation.

Enfin, l’analyse s’arrête au 1er juillet 2026. Les annonces ultérieures ne doivent pas être rétroactivement présentées comme acquises à cette date. La distinction entre intention, décision, engagement financier et service opérationnel demeure nécessaire pour chaque fonds ou infrastructure. C’est aussi une condition de comparaison loyale entre les promesses du gouvernement et les capacités réellement disponibles.

Le prochain test portera sur l’usage des services et des capitaux

Une évolution favorable verrait Macao fournir des services clairement identifiables, avec des coûts transparents et des projets répondant aux priorités de ses partenaires. Les entreprises africaines pourraient comparer cette offre à d’autres circuits, négocier des contrats et accéder aux savoirs nécessaires pour exploiter les résultats. Les indicateurs utiles seraient les activités créées, les compétences conservées et les revenus, au-delà du nombre de rencontres.

Une autre évolution serait celle d’une plateforme surtout efficace pour les intermédiaires et les prestataires déjà installés. Des transactions pourraient progresser sans modifier sensiblement les capacités africaines. Une troisième laisserait un écart durable entre grands projets annoncés et moyens effectivement mobilisés. Ces scénarios ne sont pas exclusifs et devront être confrontés à des données sectorielles et à des évaluations de contrats.

Au terme de la période étudiée, l’orientation de Sam Hou Fai est documentée : diversification, intégration avec Hengqin et renforcement de la fonction internationale de Macao. Les partenaires africains disposent, dans leurs déclarations, de critères pour en apprécier l’intérêt. La preuve décisive viendra de leur capacité à obtenir de meilleures conditions, à contrôler les engagements et à utiliser les résultats dans leurs propres économies.

Les décisions, les statistiques et les voix africaines consultées

[1] Gouvernement de Macao, intervention de Sam Hou Fai du 16 juin, compte rendu publié le 17 juin 2026.

[2] Gouvernement de Macao, présentation de l’histoire et des membres du Forum, 25 mars 2024.

[3] Gouvernement de Macao, résultats de l’élection du chef de l’exécutif, 13 octobre 2024.

[4] Gouvernement de Macao, entrée en fonction de Sam Hou Fai, 20 décembre 2024.

[5] Gouvernement de Macao, orientations de politique générale pour 2026, 18 novembre 2025.

[6] Statistics and Census Service, PIB révisé du premier trimestre 2026, 15 mai 2026.

[7] Forum de Macao, visite de la secrétaire d’État mozambicaine du 28 juin, publication du 30 juin 2025.

[8] Diplomatie angolaise, réunion des missions en Asie et en Océanie, note du 10 juin 2026.

[9] Banco de Cabo Verde, deuxième conférence des gouverneurs, compte rendu du 8 novembre 2024 ; événement des 23–24 septembre.

[10] Autorité monétaire de Macao, accord de supervision avec la Banque du Cabo Verde, 3 octobre 2025.

[11] Forum de Macao, colloque sur les infrastructures du 5 au 19 juin 2025, compte rendu du 17 juin.

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