La politique étrangère italienne de l’été 2026 est phagocytée par une stratégie de projection agressive vers le Sud : le « Piano Mattei ». Conçue pour faire de l’Italie le « pont » énergétique et technologique entre l’Europe et l’Afrique, cette politique dissimule, sous le vernis du co-développement, une architecture d’extractivisme néocolonial du XXIe siècle.
La structure financière et philosophique du Plan Mattei
Le Plan Mattei, impulsé personnellement par la présidente du Conseil Giorgia Meloni, est officiellement présenté comme une plateforme programmatique non prédatrice favorisant la coopération de « pair à pair ». Opérationnalisé par une cabine de direction centrale et doté d’une enveloppe de 5,5 milliards d’euros (3 milliards du Fonds italien pour le climat et 2,5 milliards de la Coopération au développement), il cible neuf pays pilotes africains. Les secteurs d’intervention sont cruciaux : approvisionnement en ressources naturelles (eau, énergie), agriculture, infrastructures numériques, et surtout, la « prévention et le contraste de l’immigration irrégulière ».
Le décret-loi autorisant la Cassa Depositi e Prestiti (CDP) à débloquer 500 millions d’euros pour financer des entreprises italiennes s’implantant en Afrique révèle la véritable nature du plan : sécuriser l’approvisionnement énergétique italien (hydrocarbures et minerais critiques), ouvrir de nouveaux marchés aux industriels européens, et externaliser le contrôle des frontières vers les États africains. L’objectif est de concurrencer la Russie, la Chine et les puissances du Golfe en Afrique, en monnayant l’aide au développement contre un blocage des flux migratoires vers la péninsule italienne.
Dans le même temps, l’Italie assume à partir du 1er juin 2026 la présidence de la stratégie de l’UE pour la région adriatique et ionienne (EUSAIR), consolidant son rôle de pivot entre l’Europe de l’Est, les Balkans et la Méditerranée.
« AI Hub for Sustainable Development » : le néocolonialisme de la donnée
C’est sur le front technologique que le Plan Mattei dévoile son aspect le plus pernicieux. Du 18 au 19 juin 2026, la ville de Bologne a accueilli le sommet du AI Hub for Sustainable Development. Soutenu par la présidence italienne du G7 et co-dirigé par le Ministère des Entreprises et du Made in Italy (MIMIT) et le PNUD, ce sommet visait à intégrer l’écosystème numérique africain dans le giron européen.
L’événement s’est soldé par la signature de sept partenariats majeurs entre des startups africaines d’intelligence artificielle et des entités européennes. La stratégie part d’un constat : l’Afrique manque cruellement de puissance de calcul (Green Compute) pour entraîner ses propres modèles d’IA. L’Italie se propose de fournir cette puissance via ses supercalculateurs en échange de l’intégration des startups africaines à ses cadres normatifs et technologiques.
| Startup Africaine | Partenaire Industriel Européen | Domaine Technologique & Enjeu d’Extractivisme |
|---|---|---|
| Horus Labs (Rwanda) | CINECA (Supercalculateur, Italie) | IA Linguistique. Entraînement de Pindo.ai (modèle Kinyarwanda). Les données linguistiques souveraines est-africaines sont traitées sur des serveurs européens. |
| DeepLeaf (Maroc) | Fondation Edmund Mach (Italie) | Agritech. Validation scientifique de modèles IA pour le suivi des cultures. Transfert de données phénotypiques et agricoles africaines vers la recherche européenne. |
| WideBot AI (MENA) | Africa Compute Fund | IA d’Entreprise. Traitement des dialectes arabes locaux pour améliorer l’acceptabilité des outils corporatifs dans les pays du Golfe et d’Afrique du Nord. |
| Apodissi / Afrigene | Armstrong EdTech | Éducation STEM. Monétisation de l’apprentissage multilingue sur les marchés africains, arabes et européens. |
Cette dynamique est renforcée par le programme Cyber4Africa, qui impose les normes européennes de « Security-by-Design » aux startups africaines opérant dans la santé, la fintech et la govtech, assurant ainsi une standardisation favorable aux investisseurs du G7. En outre, un accord trilatéral ambitieux entre l’Inde, le Kenya et l’Italie vise à créer 100 « voies de diffusion de l’IA » d’ici 2030.
La conclusion géopolitique est implacable : sous le discours de la coopération, l’Europe s’assure que l’intelligence artificielle de l’Afrique — son agriculture, ses langues, ses données de santé — soit codée, hébergée et sécurisée selon des protocoles décidés à Rome, Bruxelles et Genève. C’est l’essence même de l’extractivisme du XXIe siècle : on ne vole plus seulement les minéraux des sous-sols, on extrait l’architecture cognitive et les données comportementales du continent.

