Une économie sous double asphyxie
Au deuxième trimestre 2025-2026, la BRH décrit une économie haïtienne prise entre l’insécurité intérieure et les chocs inflationnistes mondiaux.
La Note sur la politique monétaire publiée par la Banque de la République d’Haïti (BRH) dépeint une économie nationale soumise à une double asphyxie.
Prise en tenaille entre l’effondrement des chaînes logistiques internes, provoqué par l’insécurité, et les répercussions inflationnistes des tensions géopolitiques mondiales, la BRH s’érige en dernier rempart institutionnel.
Le recours massif au financement monétaire pour combler le déficit d’un État incapable de collecter l’impôt illustre la trajectoire de survie d’une économie périphérique, où la banque centrale agit comme ultime amortisseur avant la faillite souveraine.
La gourde sous pression des chocs mondiaux
Le pilotage macroéconomique d’Haïti est dicté par la Note sur la politique monétaire couvrant la période de janvier à mars 2026.
Ce document officiel de la Banque de la République d’Haïti analyse un environnement mondial fortement dégradé. L’institution note que la fragmentation géopolitique, exacerbée par les conflits au Moyen-Orient et le blocage partiel du détroit d’Ormuz fin février 2026, a provoqué une volatilité aiguë sur les marchés énergétiques.
Cette situation a contraint le Fonds monétaire international (FMI) à réviser la croissance mondiale à 3,1 %.
Sur le territoire national, face à une conjoncture paralysante, la BRH a arrêté plusieurs décisions de politique monétaire. Elle a officialisé des interventions ciblées sur le marché des changes afin d’atténuer les fluctuations erratiques du taux de change de la gourde haïtienne.
En parallèle de la gestion de crise, le gouverneur Ronald Gabriel a inauguré, en mars 2026, la quatorzième édition de la Global Money Week. Cet événement a été couplé à la signature d’un protocole d’accord avec ONU Femmes pour l’autonomisation économique, ainsi qu’au déploiement de formations spécialisées en entrepreneuriat pour les journalistes du Grand Sud, dans le cadre de la Stratégie nationale d’inclusion financière.
Un État maintenu en vie par la création monétaire
Les statistiques monétaires et fiscales exposées par la BRH mettent en lumière un appareil d’État en état de cessation de paiement technique, maintenu en vie par la création monétaire.
Le rapport souligne que les déplacements continus de populations hors des zones de production, fuyant les foyers de tension, ont aggravé la vulnérabilité de l’appareil productif et alimenté l’inflation sous-jacente.
L’incapacité de l’administration fiscale à générer des revenus est quantifiée de manière alarmante : les taxes et impôts collectés au cours du deuxième trimestre 2025-2026 n’ont affiché qu’une croissance marginale de 1,2 % par rapport au trimestre précédent.
| Indicateur macroéconomique | Valeur documentée | Impact analytique |
| Croissance mondiale projetée par le FMI | 3,1 % | Baisse de la demande globale et chocs sur les chaînes d’approvisionnement |
| Croissance des recettes fiscales | +1,2 % | Incapacité de l’État à mobiliser des ressources propres face à la crise |
| Avances de la BRH à l’État | 19 133,7 millions de gourdes | Financement direct du déficit public au 31 mars 2026 |
Les besoins de financement de l’État excédant largement ses capacités de collecte, le solde global s’est révélé lourdement déficitaire. Ce gouffre a été comblé par des avances directes de la BRH à hauteur de 19 133,7 millions de gourdes au 31 mars 2026.
La banque centrale face au mythe de l’orthodoxie monétaire
L’interprétation institutionnelle de ce tableau macroéconomique déconstruit le mythe de l’indépendance des banques centrales dans les économies en guerre interne.
Le financement monétaire du déficit public, souvent qualifié de « planche à billets », constitue une hérésie selon l’orthodoxie monétaire occidentale, car il nourrit la spirale inflationniste.
Pourtant, dans le contexte haïtien de 2026, cette entorse doctrinale apparaît comme le seul instrument souverain permettant de payer les fonctionnaires et de financer les forces de sécurité nationale face au gangstérisme asymétrique.
Haïti subit la violence de sa position périphérique. Dépourvue de réserves pétrolières ou de leviers d’exportation massifs, la nation importe brutalement l’inflation énergétique mondiale générée par les conflits géopolitiques internationaux.
La BRH, consciente de l’inefficacité des taux directeurs classiques dans une économie disloquée, déplace son action vers la microéconomie.
L’accent mis sur l’éducation financière, la finance personnelle et les fonds de recherche prioritaires — intelligence artificielle, agriculture — vise à construire des microcellules de résilience entrepreneuriale au sein de la population, afin de compenser l’effondrement des macrostructures.
Le risque d’une stagflation durable
La trajectoire monétaire haïtienne génère des répercussions dévastatrices sur la structure sociale et économique du pays.
L’impact économique principal est l’enracinement de la stagflation. La combinaison d’une inflation importée et d’une production nationale détruite érode le pouvoir d’achat des ménages.
La décapitalisation frappe en premier lieu le secteur informel, ruinant les efforts d’inclusion financière promus par la banque centrale.
L’impact politique réside dans la souveraineté financière. La BRH est contrainte d’équilibrer ses interventions sur le marché des changes pour éviter une dépréciation incontrôlée de la gourde, tout en mobilisant ses ressources pour soutenir le budget sécuritaire de l’État.
Cette gestion sur le fil limite drastiquement les marges de manœuvre du futur gouvernement post-transition, qui héritera d’une architecture financière exsangue.
Le secteur informel demeure invisible
La fragmentation territoriale imposée par les groupes armés empêche la collecte exhaustive de données statistiques fiables sur le secteur informel, qui constitue pourtant l’épine dorsale de la survie économique haïtienne.
Aucune donnée officielle consolidée n’est disponible concernant le volume exact de la fuite des capitaux privés vers l’étranger ni le taux de chômage réel pour le deuxième trimestre 2026.
Le spectre de l’hyperinflation
Si la BRH ne parvient pas à stériliser l’impact de ses avances à l’État, le risque d’hyperinflation menace de paupériser définitivement les classes moyennes résiduelles d’ici la fin de l’année 2026.
La viabilité de l’économie haïtienne est désormais suspendue à la reprise du contrôle territorial par les forces de sécurité.
En l’absence d’une pacification rapide permettant le redémarrage de la collecte fiscale, l’épuisement progressif des réserves de change contraindrait l’État haïtien à solliciter des facilités de crédit d’urgence auprès des institutions de Bretton Woods.
Ces financements pourraient s’accompagner de conditionnalités d’ajustement structurel susceptibles d’anéantir les derniers vestiges de sa souveraineté économique.

