Le Guyana est l’archétype contemporain du sacrifice de la souveraineté nationale sur l’autel de l’extractivisme fossile. L’histoire du pays, marquée par l’esclavage des Africains et l’exploitation des travailleurs engagés indiens sur les plantations sucrières britanniques, se répète aujourd’hui sous la forme d’un néo-colonialisme corporatif orchestré par les multinationales de l’énergie.
La justice guyanienne a récemment prononcé une décision aux conséquences catastrophiques pour la souveraineté environnementale du pays. La Cour d’Appel du Guyana a invalidé la décision audacieuse de la Haute Cour (rendue par le juge Kissoon) qui imposait à la société ExxonMobil et à l’Agence de Protection de l’Environnement (EPA) de fournir une garantie financière illimitée de la société mère pour couvrir les dommages potentiels d’une marée noire. Cette capitulation juridique démontre que l’architecture légale de l’État est totalement subordonnée aux intérêts du consortium pétrolier. En cas de désastre écologique, les communautés afro-guyanaises, amérindiennes et indo-guyanaises qui dépendent des écosystèmes côtiers devront supporter la totalité des externalités négatives. Ce pillage légalisé contraste violemment avec les données socio-économiques accablantes : les récents rapports de l’UNICEF et de la Banque Mondiale soulignent que la pauvreté et les inégalités structurelles demeurent endémiques au Guyana, malgré un taux de croissance du PIB (gonflé par le pétrole) parmi les plus élevés au monde.
La sécurisation de ce flux d’hydrocarbures vers le Nord nécessite une présence militaire coercitive. C’est dans ce cadre qu’il faut interpréter l’annonce du 6 juin 2026 par la marine américaine (US Navy). Le navire d’assaut amphibie USS Iwo Jima (LHD 7), fleuron de la force de projection américaine, est retourné à la base navale de Norfolk après un déploiement de 10 mois dans la mer des Caraïbes. Bien que justifié officiellement par des opérations de lutte contre le narcotrafic sous l’égide du commandement sud des États-Unis (SOUTHCOM), ce déploiement massif de la 22e Unité Expéditionnaire des Marines a pour véritable fonction d’assurer le verrouillage hégémonique du bassin pétrolifère guyano-vénézuélien et de dissuader toute velléité d’autonomie géopolitique régionale.

