Correction de portée — Gaynel Curry a été nommée à l’unanimité présidente de la cinquième session de l’Instance permanente le 14 avril 2026. La résolution 75/314 prévoit une présidence et une vice-présidence choisies pour chaque session parmi les dix experts indépendants. Il ne s’agit donc ni d’une présidence institutionnelle permanente ni d’une nomination gouvernementale bahaméenne.
Une présidence de session, pas une direction permanente de l’Instance
Registre : faits établis et correction de portée.
Le fait central est établi, mais le titre du référentiel doit être précisé. Le 14 avril 2026, à l’ouverture de la cinquième session de l’Instance permanente des Nations unies sur les personnes d’ascendance africaine à Genève, ses membres ont nommé à l’unanimité Gaynel Curry, experte des Bahamas, à la présidence. Ana Matarrita McCalla, du Costa Rica, a été nommée vice-présidente et Pastor Elías Murillo Martínez, de Colombie, rapporteur.
La formulation officielle de l’ONU est plus précise que celle du titre : Gaynel Curry est « Chair of the fifth session ». La résolution 75/314, qui a opérationnalisé l’Instance en 2021, prévoit que celle-ci désigne pour chaque session un président et un vice-président parmi ses membres, selon un principe de rotation régionale. La fonction ne doit donc pas être assimilée à une présidence institutionnelle permanente.
Gaynel Curry n’a pas non plus été nommée présidente par le Gouvernement des Bahamas. Les dix membres de l’Instance agissent à titre personnel comme experts indépendants. Lors de la passation, l’ancien président Martin Kimani a indiqué que les membres avaient approuvé sa nomination à l’unanimité. Curry a ensuite remercié les Bahamas et la CARICOM pour leur soutien, tout en assumant la fonction au titre de l’Instance.
L’importance politique reste réelle : une experte bahaméenne prend la direction de la cinquième session au moment où commence la deuxième Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine.
Une institution jeune, conçue comme mécanisme de consultation et d’influence
Registre : faits institutionnels.
L’Instance permanente a été créée par l’Assemblée générale dans sa résolution 75/314 du 2 août 2021. Elle est à la fois un mécanisme consultatif pour les personnes d’ascendance africaine et les parties prenantes, une plateforme destinée à améliorer leur sécurité, leur qualité de vie et leurs moyens de subsistance, et un organe consultatif du Conseil des droits de l’homme.
Elle compte dix experts indépendants. Cinq sont proposés par des gouvernements puis élus par l’Assemblée générale ; cinq sont nommés par la présidence du Conseil des droits de l’homme après consultations. Les membres exercent un mandat de trois ans, renouvelable une fois.
L’Instance doit notamment contribuer à l’inclusion politique, économique et sociale des personnes d’ascendance africaine, conseiller les organes de l’ONU, examiner le racisme systémique et contribuer à l’élaboration d’une déclaration sur leurs droits.
Elle se réunit chaque année pendant quatre jours, alternativement à Genève et à New York. Son rapport annuel est transmis au Conseil des droits de l’homme et à l’Assemblée générale.
Cette architecture limite le pouvoir de la présidence. Gaynel Curry ne dirige ni une agence ni un organe exécutif : son influence repose sur la conduite des travaux, les recommandations et la capacité à rapprocher États, société civile et mécanismes antiracistes.
Gaynel Curry arrive à la présidence avec une doctrine déjà identifiable
Registre : faits documentés et trajectoire au sein de l’Instance.
Gaynel Curry n’est pas nouvelle dans l’Instance. Elle participait déjà à sa première session en 2022 comme membre indépendante et avait développé une ligne de travail centrée sur les femmes et filles d’ascendance africaine, les inégalités structurelles et la justice climatique.
Lors de la deuxième session en 2023, elle appelait déjà à une seconde Décennie internationale, à la justice réparatrice, à la restitution et à une meilleure prise en compte des droits des femmes noires. En 2025, elle était vice-présidente de l’Instance sous la présidence de Martin Kimani.
Son accession à la présidence prolonge donc une trajectoire déjà visible. Dans son discours d’acceptation, elle s’est engagée à mieux rendre visibles les difficultés des groupes vulnérables, notamment les femmes et filles, les jeunes, les migrants et les personnes économiquement marginalisées.
L’ONU la présente comme une experte bahaméenne en droits humains et comme représentante soutenue par les Bahamas et la CARICOM. Le Premier ministre Philip Davis avait déjà cité Gaynel Curry en 2023 parmi les ressortissants bahaméens engagés dans la recherche de vérité, de réconciliation et de justice réparatrice.
Le dossier possède donc une dimension nationale, car une experte bahaméenne accède à une fonction visible, mais son mandat reste international et indépendant.
La cinquième session place Durban, restitution et jeunesse au centre
Registre : faits établis sur l’agenda 2026.
La cinquième session s’est tenue à Genève du 14 au 17 avril 2026. Son programme portait sur le vingt-cinquième anniversaire de Durban, la justice réparatrice et la restitution du patrimoine, la jeunesse d’ascendance africaine et l’avenir de l’Instance.
L’année 2026 marque à la fois le vingt-cinquième anniversaire de Durban et la deuxième année de la nouvelle Décennie internationale. La session cherche donc à traduire reconnaissance, justice et développement en priorités concrètes.
La restitution concerne les objets, restes humains et archives déplacés pendant l’esclavage et la colonisation. Le volet jeunesse traite notamment de l’éducation, du profilage racial, de l’emploi et de la représentation institutionnelle.
Sous la présidence de Curry, l’agenda relie ainsi mémoire, droits collectifs, développement, représentation et réforme institutionnelle. Les conclusions préliminaires ont été adoptées pendant la session, mais le rapport complet doit seulement être présenté au Conseil des droits de l’homme à sa 63e session, puis à l’Assemblée générale lors de sa 81e session. Au 25 août 2026, ce cycle formel n’est donc pas achevé.
La deuxième Décennie donne à la présidence un contexte beaucoup plus large
Registre : faits établis et cadre multilatéral.
La deuxième Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine couvre la période du 1er janvier 2025 au 31 décembre 2034. Elle a été proclamée par l’Assemblée générale le 17 décembre 2024 dans la résolution 79/193, sans vote, sous le thème « reconnaissance, justice et développement ».
Cette nouvelle Décennie prolonge la première, après un constat de mise en œuvre inégale. Dans son entretien à la Chronique de l’ONU en mai 2026, Gaynel Curry rappelle qu’aucun pays n’avait pleinement réalisé tous ses objectifs.
Curry défend une lecture structurelle : reconnaissance du racisme systémique, justice réparatrice et correction des inégalités économiques. Elle ajoute la justice climatique, l’intelligence artificielle et la justice numérique.
Ces positions orientent le débat mais ne constituent pas, à elles seules, des décisions des États. L’ONU prévoit un examen à mi-parcours de la Décennie puis une évaluation finale.
Pour l’Afrique et la Caraïbe, la question réparatrice devient plus institutionnelle
Registre : analyse stratégique afrocentrée.
La nomination d’une Bahaméenne renforce la présence caribéenne dans une architecture reliant l’Afrique et ses diasporas. L’Instance reste mondiale et ouverte à la société civile de plusieurs régions.
Dans son entretien de mai 2026, Curry décrit les réparations comme un ensemble comprenant restitution, compensation, réhabilitation, satisfaction et garanties de non-répétition, avec une dimension de réforme institutionnelle.
Pour l’Afrique, l’enjeu est de ne pas réduire la diaspora à un objet culturel. Restitution, réparations, climat, développement et représentation peuvent nourrir une diplomatie commune avec la CARICOM.
Cette convergence doit néanmoins préserver les différences de situations et de cadres juridiques entre États africains, Caraïbe et communautés afrodescendantes ailleurs dans le monde.
La présidence de Curry peut donc servir de pont politique, mais la transformation en normes dépendra toujours des États, du Conseil des droits de l’homme, de l’Assemblée générale et des processus intergouvernementaux.
Le titre du référentiel dépasse le pouvoir réel attaché à la fonction
Registre : zones d’incertitude et limites.
Première limite : la résolution 75/314 prévoit une présidence choisie pour chaque session. Gaynel Curry est donc présidente de la cinquième session, non titulaire d’un mandat permanent à la tête de l’Instance.
Deuxième limite : l’Instance formule des avis et recommandations mais ne peut imposer de réparations, ordonner des restitutions ou contraindre un État. Son influence relève surtout du droit souple et du plaidoyer.
Troisième limite : le rapport de la cinquième session doit être présenté au Conseil des droits de l’homme puis à l’Assemblée générale à partir de septembre 2026. Au 25 août, son parcours institutionnel n’est pas achevé.
Enfin, les propositions de Curry sur les réparations, l’égalité raciale, le renforcement du mandat ou la justice numérique sont des positions de plaidoyer documentées, pas des décisions de l’ONU.
Ces distinctions n’affaiblissent pas la portée de la nomination ; elles permettent d’en mesurer correctement le niveau institutionnel.
Le prochain test sera la conversion de la visibilité en normes et suivi
Registre : perspectives.
Un premier scénario est celui d’un renforcement de l’Instance : meilleure reprise de ses recommandations par les organes de l’ONU, participation civile accrue et progrès du projet de déclaration sur les droits des personnes d’ascendance africaine.
Un deuxième scénario verrait l’Instance rester visible mais sous-dotée. Curry plaide pour un financement plus prévisible, un secrétariat renforcé et une meilleure capacité de suivi.
Un troisième enjeu concerne la relation Afrique-diaspora. Une coordination accrue entre Union africaine, CARICOM, gouvernements et organisations afrodescendantes renforcerait la capacité de l’Instance à servir d’espace de convergence.
Les indicateurs seront concrets : contenu du rapport de la cinquième session, réactions du Conseil des droits de l’homme, avancées du projet de déclaration, ressources attribuées au Forum et mécanismes de suivi pendant la Décennie.
L’élévation de Gaynel Curry est donc importante pour les Bahamas et la Caraïbe. Sa portée se mesurera à la capacité de cette présidence de session à renforcer durablement justice, représentation et suivi.
Le socle documentaire institutionnel
Registre : sources institutionnelles.
La nomination de Gaynel Curry, le mode de désignation de la présidence, le mandat de l’Instance et l’agenda de la cinquième session sont directement documentés par les Nations unies. La principale limite tient au fait que le rapport complet de la cinquième session doit seulement être présenté aux organes compétents à partir de septembre 2026.
- Assemblée générale des Nations unies — Résolution 75/314, Création de l’Instance permanente pour les personnes d’ascendance africaine, 2 août 2021.
- Nations unies — A/PFPAD/2026/1, ordre du jour provisoire de la cinquième session, 26 janvier 2026.
- UN Web TV — première réunion de la cinquième session de l’Instance permanente, 14 avril 2026.
- Nations unies, Chronique de l’ONU — A Chronicle Conversation with Gaynel Curry, 19 mai 2026.
- United Nations Office at Geneva — Permanent Forum on People of African Descent, cinquième session 2026.
- Assemblée générale des Nations unies — Résolution 79/193, Proclamation de la deuxième Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine, 17 décembre 2024.
- Office of the Prime Minister of The Bahamas — Keynote Address at Diplomatic Week 2023, référence à Gaynel Curry et à la justice réparatrice.
- Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme — interventions de Gaynel Curry aux première et deuxième sessions de l’Instance.
- Nations unies — rapport A/HRC/60/72 sur la quatrième session, nomination de Gaynel Curry comme vice-présidente en 2025.

