À Busura, en Gambie, puis à Ginger Hall, en Sierra Leone, la CEDEAO a lancé en juillet 2026 des travaux de postes d’eau autonomes alimentés par l’énergie solaire. Le projet vise des populations vulnérables et associe forage, pompage, stockage et distribution. L’investissement est modeste à l’échelle des besoins, mais il pose une question structurante : comment passer d’ouvrages inaugurés à un service d’eau durable, maintenu localement et résistant aux chocs climatiques ?
Deux lancements en cinq jours
La Commission de la CEDEAO, par l’intermédiaire de son Centre de gestion des ressources en eau, a lancé les travaux le 10 juillet 2026 à Busura, à environ cinquante kilomètres de Banjul, puis le 14 juillet à Ginger Hall, dans la périphérie de Freetown. En Sierra Leone, la cérémonie a suivi une remise officielle des sites aux entreprises le 16 juin.
Ces opérations relèvent du projet spécial d’amélioration de l’accès à l’eau potable au profit des populations vulnérables des États membres. Elles s’inscrivent dans une série régionale et non dans une action isolée : la CEDEAO a aussi publié des marchés pour des postes solaires dans d’autres pays, dont le Togo.
L’autonomie est d’abord énergétique
Un poste d’eau autonome combine généralement un forage, une pompe alimentée par panneaux solaires, un réservoir surélevé et des bornes de distribution. L’énergie solaire réduit la dépendance au carburant, limite les coûts récurrents et permet de desservir des localités éloignées du réseau électrique. Cette simplicité apparente masque des choix techniques : profondeur, débit, qualité de l’eau, dimensionnement du stockage et protection contre le vandalisme.
L’autonomie ne signifie pas absence de gestion. Les panneaux doivent être nettoyés, les pompes entretenues, les pièces remplacées et la qualité de l’eau contrôlée. Un ouvrage peut fonctionner le jour de l’inauguration et tomber en panne quelques mois plus tard si aucun budget, technicien ou stock de pièces n’a été prévu.
Eau et résilience climatique
La Gambie est exposée à la variabilité des pluies, aux sécheresses, aux inondations et, dans certaines zones, à la salinisation. Les communautés périurbaines et rurales subissent également la pression démographique. Un point d’eau solaire peut réduire le temps de collecte, sécuriser l’approvisionnement en saison sèche et soutenir les services de base.
L’ouvrage renforcera la résilience si la ressource souterraine est durable, si le prélèvement reste inférieur à la recharge et si la qualité est surveillée. Il pourrait au contraire déplacer le problème si le forage surexploite une nappe ou si l’eau devient saline ou contaminée. Les études hydrogéologiques sont donc aussi importantes que les panneaux visibles.
Les femmes au centre, pas seulement dans les discours
Dans de nombreuses communautés, les femmes et les filles assument une part disproportionnée de la collecte d’eau. Réduire la distance peut libérer du temps pour l’école, les activités économiques et le repos. Mais ces bénéfices ne sont pas automatiques. Le lieu des bornes, les horaires, la sécurité et les règles de priorité doivent être décidés avec les usagères.
Un comité d’eau véritablement inclusif devrait disposer d’un mandat écrit, publier ses recettes, prévoir un mécanisme de plainte et garantir la représentation des femmes. Le projet gagnerait à suivre le temps économisé, la fréquentation scolaire, les incidents de sécurité et l’usage productif de l’eau, au lieu de compter seulement les ouvrages construits.
Qui paie la maintenance ?
La gratuité totale peut rendre difficile le financement des réparations ; un tarif mal conçu exclut les ménages pauvres. Une solution possible est une contribution locale modeste, transparente et assortie d’exemptions, complétée par un fonds communal ou national pour les pannes majeures. La formule doit être définie avant la mise en service et non après la première défaillance.
Le communiqué de lancement ne fournit pas tous les éléments nécessaires pour juger le modèle économique de chaque site : coût complet, durée du contrat, garantie de la pompe, capacité du réservoir, nombre de bénéficiaires, tarification et responsable de la maintenance. Ces données devraient figurer sur une fiche publique de l’ouvrage.
Une chaîne régionale de valeur possible
Les postes solaires peuvent soutenir une économie locale : installation, génie civil, plomberie, maintenance, contrôle de qualité et recyclage des équipements. La CEDEAO devrait standardiser certains composants tout en favorisant des fournisseurs régionaux. Une trop grande diversité de pompes et contrôleurs rend les stocks de pièces coûteux ; une dépendance à un seul fournisseur crée un verrouillage.
La formation de techniciens gambiens et sierra-léonais est donc un critère de souveraineté. Chaque marché devrait inclure un transfert de documentation, des outils de diagnostic, des pièces critiques et une période d’accompagnement. La région ne doit pas importer indéfiniment la capacité de réparer des installations relativement simples.
Santé publique et qualité
L’accès à une source améliorée ne garantit pas une eau sûre jusqu’au point de consommation. La contamination peut survenir dans le forage, le réservoir, les canalisations ou les récipients des ménages. Un protocole doit préciser la fréquence des analyses microbiologiques et physico-chimiques, les autorités responsables et les mesures prises en cas d’écart.
Le projet vise explicitement l’eau potable. La baisse des maladies hydriques devra être mesurée par des données sanitaires locales et ne peut être affirmée avant la mise en service et le suivi. L’honnêteté impose de distinguer l’infrastructure livrée du résultat de santé attendu.
De Busura à une politique régionale
La valeur des deux lancements dépendra de leur capacité à former un modèle reproductible. La CEDEAO pourrait publier une carte de tous les PEA, leur état de fonctionnement, leurs caractéristiques techniques et leurs coûts. Un identifiant unique sur chaque installation permettrait aux habitants de signaler une panne et aux autorités de suivre les délais de réparation.
Cette base aurait un avantage politique : elle réduirait le biais de l’inauguration. Les dirigeants seraient évalués non sur le nombre de rubans coupés, mais sur la proportion d’ouvrages fonctionnels après un, trois et cinq ans. La maintenance deviendrait enfin visible dans le budget.
Une petite infrastructure, un grand test
Les PEA ne résoudront pas seuls le déficit régional d’accès à l’eau. Ils peuvent toutefois offrir une réponse adaptée à des localités dispersées, à condition que les nappes soient protégées et les communautés associées. Leur coût et leur flexibilité en font un outil pertinent de résilience, mais pas un substitut à la planification des réseaux urbains et à la gestion des bassins.
Le lancement de juillet est donc établi et utile. L’article ne doit pas promettre un impact non mesuré. Il doit suivre la réception des travaux, les analyses de qualité, la gouvernance locale et la disponibilité réelle. La résilience commence le jour où l’installation tombe en panne et où le système prouve qu’il sait la remettre en service.
Un bilan public après chaque saison sèche permettrait enfin de comparer les promesses aux usages : volume réellement distribué, jours d’interruption, coût des réparations et satisfaction des ménages. Ce suivi simple donnerait aux communautés les moyens de demander des corrections avant qu’une panne ne devienne un abandon.
Le socle documentaire
- CEDEAO, lancement des travaux de PEA en Gambie et en Sierra Leone, 17 juillet 2026
- CEDEAO, marché pour seize PEA solaires au Togo
- CEDEAO, Stratégie régionale climat

