Face aux coupures d’électricité, le président Adama Barrow annonce une unité de 24 MW à Brikama et l’attribution d’un contrat pour une centrale solaire à Soma. Ces deux réponses n’en sont pas au même stade. L’enjeu est de savoir quand elles fourniront réellement du courant, à quel coût et sous quel contrôle gambien.

Quand la lumière manque, deux calendriers se télescopent

Le 8 septembre 2026, Adama Barrow reconnaît les conséquences des coupures : aliments perdus, chaleur dans les logements, études perturbées. L’Edward Francis Small Centre for Rights and Justice (EFSCRJ), association gambienne, signale leurs effets sur les soins, l’eau et les activités économiques. Ces témoignages ne mesurent pas la durée nationale des pannes.

La réponse annoncée tient en deux chiffres : 24 mégawatts additionnels à Brikama, dont la mise en service est prévue fin octobre, et 50 mégawatts photovoltaïques à Soma, pour lesquels un contrat a été attribué selon le président. Au 25 septembre, aucune de ces deux installations n’est présentée par lui comme livrant déjà de l’électricité. Le pays ne dispose donc pas de 74 MW additionnels démontrés.

La promesse d’amélioration d’ici fin octobre concerne l’approvisionnement et Brikama ; elle ne fixe pas la livraison du parc solaire. Les ménages et les entreprises ont besoin de connaître ces deux échéances distinctes.

Des interconnexions régionales à la crise de septembre

La Gambie s’approvisionne aussi par l’interconnexion de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (OMVG). Selon l’entreprise nationale NAWEC, un contrat signé en mars 2022 avec la sénégalaise SENELEC prévoit 50 MW d’importation par Soma et Brikama. Ce chiffre concerne un achat transfrontalier, distinct du nouveau parc solaire de 50 MW.

À Jambur, NAWEC a inauguré en mars 2024 un parc solaire de 23 MWc avec 8 MWh de stockage. Il existe déjà : ce n’est pas une nouvelle capacité décidée en septembre 2026. Les 165 millions de dollars mentionnés par ses partenaires financent un programme électrique plus vaste, pas le seul parc de Jambur ni le projet de Soma.

Selon la Banque mondiale, à partir des données de NAWEC, les importations fournissaient 57 % de l’électricité gambienne et les pertes du réseau atteignaient 21 % en 2024. Il ne s’agit pas de chiffres de septembre 2026. L’interconnexion offre des alternatives régionales, mais dépend de la disponibilité des fournisseurs et des lignes.

En juin, NAWEC décrivait un autre dispositif : une turbine au fioul léger ou au diesel procurant l’accès à jusqu’à 70 MW aux heures de pointe, 50 jours au maximum, selon les besoins. Ce plafond conditionnel n’est ni une production constante ni, sans document le prouvant, l’unité de 24 MW annoncée en septembre. Le président invoque une forte demande, des pannes de groupes, des tensions régionales et la saisonnalité de l’hydraulique. Il reconnaît aussi des faiblesses de planification et de maintenance, dont la part exacte dans la crise n’est pas chiffrée.

Brikama : une puissance annoncée, une mise en service à prouver

Le 8 septembre, Barrow situe l’unité de 24 MW dans la phase finale d’installation et promet sa mise en service fin octobre. Il crée une équipe présidée par le vice-président et promet des comptes rendus tous les quinze jours. Visite, installation et réception technique demeurent des étapes distinctes de la livraison d’électricité.

La date d’essais, la réception, la puissance nette disponible, le combustible, les arrêts et les MWh produits détermineront sa contribution. Les MW désignent une puissance, les MWh l’énergie livrée dans le temps. Une machine installée ne garantit donc pas 24 MW constants jusqu’au consommateur.

Le discours omet le coût d’acquisition ou de location, le fournisseur, le combustible et ses charges, ainsi que le financement de l’entretien. Ces coûts peuvent incomber à NAWEC, au Trésor et, directement ou indirectement, aux consommateurs ; leur répartition contractuelle reste à documenter.

Soma : de l’attribution du contrat à une centrale qui produit

À Soma, le président annonce que le contrat de 50 MW solaires a été attribué et que l’entreprise retenue se prépare à commencer. Ni son identité, ni le contrat, ni le bouclage financier, ni le démarrage des travaux ne sont documentés par ce discours. Une attribution n’équivaut pas à une centrale produisant du courant.

L’appel à candidatures de NAWEC d’octobre 2024 décrit la première tranche d’un projet de 50 MWc photovoltaïques avec stockage. Un producteur indépendant devait la financer, la construire et l’exploiter pendant 25 ans, avant transfert des actifs à NAWEC selon l’annexe de la Banque mondiale. La première tranche servirait la Gambie. Une extension éventuelle de 100 MWc viserait l’exportation : les 150 MWc possibles du site ne sont pas une capacité déjà commandée.

Le dossier de la Banque mondiale finalisé en 2025 prévoit 10 MW / 40 MWh de batteries et estime à 60 millions de dollars le capital privé nécessaire au parc, au stockage et à certains raccordements. Il envisageait une mise en service en 2027. Ces données décrivent une préparation et une prévision, pas le prix ni les spécifications du contrat attribué en 2026. Le tarif d’achat par NAWEC n’est pas publié dans les pièces examinées.

Le parc solaire produit surtout le jour ; la batterie éventuelle peut déplacer une partie de cette énergie vers le soir. Une capacité de 40 MWh, si elle est finalement retenue, désigne un stockage théorique, non une garantie de fourniture nocturne. L’économie de combustible évoquée par Barrow dépendra des équipements construits, de leur exploitation et du raccordement.

Produire sur place sans déplacer les risques hors du débat public

NAWEC, entreprise publique, achète, transporte et distribue l’électricité. Selon le montage préparé avec la Banque mondiale, un producteur privé financerait et exploiterait Soma, tandis que la Gambie garderait des responsabilités sur le terrain, l’interconnexion, l’achat et la régulation. Les documents consultés ne chiffrent ni les emplois locaux créés, ni la valeur ajoutée locale des équipements.

La Banque mondiale identifie le risque d’impayé de NAWEC comme une préoccupation des investisseurs. Son montage prévoit un compte séquestre couvrant six mois de paiements au producteur, financé par l’Association internationale de développement, que NAWEC puis l’État devraient reconstituer en cas d’utilisation. C’est une garantie prévue, non la preuve que les accords sont tous entrés en vigueur. L’investissement privé peut ainsi s’accompagner d’une obligation publique durable.

Les importations via l’OMVG complètent la production locale. La marge de décision de la Gambie dépendra des offres concurrentes, des compétences techniques conservées, de l’entretien du réseau et du prix négocié. Les effets se répartissent différemment : NAWEC paie les achats, l’État pourrait garantir certains risques, et les consommateurs subissent toujours les pertes ou défaillances de distribution.

Barrow évalue l’accès à l’électricité à environ 90 % en 2026. Un document de NAWEC donnait 74 % en 2024 et projetait 90 % en 2026. Les périodes et le statut de ces chiffres diffèrent ; surtout, le raccordement ne prouve ni la continuité, ni l’abordabilité du service.

Contrats, comptes et relevés : les pièces encore absentes

Il manque le dossier Brikama : achat ou location, fournisseur, budget, combustible, maintenance et réception. Il manque le marché de Soma : contrat d’achat, tarif, batteries retenues, garanties publiques, permis et calendrier. Le discours présidentiel atteste la déclaration d’avancement, pas ces actes.

Les relevés mensuels de NAWEC devraient détailler MWh produits et importés, puissance disponible à la pointe, pertes, coupures par localité, dépenses de combustible et paiements. Ils permettraient de mesurer l’amélioration à demande et saison comparables. Un démarrage ponctuel ne suffit pas.

L’EFSCRJ, avec NAWEC Watch, suivra la mise en service de Brikama, l’ouverture du chantier de Soma et les comptes rendus de l’équipe présidentielle. Cette surveillance citoyenne gambienne devra elle-même reposer sur des données vérifiables. Les documents disponibles ne mesurent encore ni le coût final des deux décisions ni leur effet sur les usagers.

Fin octobre, trois épreuves pour mesurer la réponse

Si Brikama réussit ses essais et fournit durablement de l’énergie, une baisse documentée des coupures appuiera la promesse d’amélioration. Si la demande, une autre panne ou le réseau absorbent son apport, la puissance installée seule ne permettra pas de parler de résolution. La livraison du solaire suivra son calendrier propre.

Si Brikama tarde ou si le chantier de Soma n’ouvre pas, marchés, dépenses et relevés devront expliquer les écarts. Ce sont des scénarios conditionnels, pas des résultats connus.

Au 25 septembre, l’installation de Brikama est annoncée en cours et le contrat de Soma déclaré attribué. L’amélioration durable reste à démontrer par les réceptions, les MWh livrés, les coupures et le coût publié. L’épreuve décisive demeure l’électricité effectivement reçue par les habitants.

Les documents qui permettent de contrôler chaque affirmation


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