Finlande / Afrique du Sud — Diplomatie / Paix et sécurité / Jeunesse
La Finlande et l’Afrique du Sud ont conduit début septembre 2026, à Helsinki, la quatrième et dernière phase en présentiel de leur programme conjoint de mentorat destiné aux jeunes médiateurs de paix. Lancée à Pretoria en 2025, l’initiative réunit quinze jeunes issus de quinze pays et matérialise un axe de coopération diplomatique dans lequel Pretoria ne se contente pas d’être bénéficiaire d’un programme extérieur : l’Afrique du Sud en est l’un des deux États concepteurs et utilise notamment son expérience de transition politique, de réconciliation et de médiation comme ressource de formation internationale.
Quinze jeunes médiateurs formés pendant un an
Le programme conjoint rassemble quinze jeunes de 18 à 29 ans sélectionnés pour leur engagement dans la consolidation de la paix. Ils viennent d’Afrique du Sud, de Finlande, de Colombie, d’Égypte, d’Éthiopie, d’Haïti, d’Inde, d’Indonésie, de Jordanie, du Kazakhstan, du Nigeria, du Qatar, du Soudan du Sud, de Türkiye et d’Ukraine.
L’objectif est de développer des compétences directement mobilisables dans la négociation, la médiation, la prévention des conflits et la consolidation de la paix. Le dispositif combine quatre sessions physiques avec des formations virtuelles et du mentorat. La plateforme du programme précise que l’initiative vise à accroître progressivement à la fois les compétences et le nombre de jeunes capables d’intervenir dans des fonctions de médiation.
Pour Pretoria, cette architecture est directement reliée à la résolution 2250 du Conseil de sécurité des Nations unies sur Jeunesse, paix et sécurité, ainsi qu’aux objectifs de l’Agenda 2063 de l’Union africaine en matière de paix, de gouvernance et de participation des jeunes.
Pretoria comme point de départ
La première phase présentielle s’est déroulée en Afrique du Sud en juillet 2025. Elle était consacrée notamment à l’expérience sud-africaine du passage de l’apartheid à la démocratie, aux mécanismes de réconciliation et aux conditions d’une construction de la paix inclusive.
Cette étape est importante dans la lecture africaine du programme : l’Afrique du Sud n’est pas placée uniquement comme terrain d’application de méthodes internationales de médiation.
Une partie du cursus repose au contraire sur une expérience historique africaine considérée comme suffisamment structurante pour être étudiée par des participants provenant de plusieurs continents.
Le ministère sud-africain des Relations internationales et de la Coopération, le DIRCO, présente d’ailleurs le dispositif comme un moyen de consolider une nouvelle génération de médiateurs capables d’intervenir dans la négociation de paix, la résolution de conflits et la reconstruction post-conflit.
Addis-Abeba inscrit l’Union africaine dans le cursus
La deuxième séquence s’est tenue à Addis-Abeba en novembre 2025.
Les participants y ont étudié le rôle de l’Union africaine dans la prévention des conflits, la gestion des crises et la consolidation de la paix, ainsi que la place des organisations régionales dans les mécanismes de sécurité collective.
La structure même du parcours révèle donc une articulation entre plusieurs échelles de médiation : expérience nationale sud-africaine, architecture continentale africaine, système onusien puis pratiques européennes et finlandaises.
Ce choix réduit le risque d’un schéma où les approches africaines seraient simplement périphériques par rapport aux méthodes institutionnelles produites au Nord.
Genève apporte la dimension onusienne
La troisième session présentielle s’est déroulée à Genève en mai 2026, avec un accent sur le travail des Nations unies en matière de paix et de sécurité ainsi que sur le rôle de la coopération multilatérale dans la prévention et le règlement des conflits.
L’unité d’appui à la médiation du Département des affaires politiques et de consolidation de la paix de l’ONU indique avoir participé à cette phase du 4 au 7 mai 2026.
Des experts ont notamment travaillé avec les quinze participants sur la conception de processus de médiation, les techniques pratiques de médiation, les droits humains et des exercices de simulation. L’ONU identifie Interpeace comme partenaire chargé de la mise en œuvre opérationnelle du programme.
Les formations virtuelles organisées parallèlement ont couvert d’autres dimensions : médiation numérique, justice transitionnelle, rôle des organisations non gouvernementales internationales et intégration de l’agenda Femmes, paix et sécurité aux processus de médiation.
Helsinki clôt le cycle
La quatrième et dernière phase physique s’est tenue à Helsinki au début de septembre 2026.
Le ministère finlandais des Affaires étrangères avait annoncé qu’elle porterait sur la politique finlandaise de médiation, la diplomatie de l’eau, le rôle de l’Union européenne, ainsi que les méthodes de médiation inclusives et sensibles au genre. Des rencontres avec des experts, des organisations de la société civile et le président finlandais Alexander Stubb étaient également programmées.
La semaine devait s’achever par une simulation de médiation permettant aux participants de mobiliser les connaissances acquises au cours de l’année.
Le 3 septembre 2026, l’ambassade de Colombie en Finlande a confirmé la clôture à Helsinki du Youth Peace Mediators’ Mentoring Programme, en présence notamment de la participante colombienne du dispositif. Cette confirmation postérieure au communiqué finlandais permet d’établir que la phase finale n’est plus seulement annoncée : le cycle annuel a effectivement atteint son terme institutionnel.
Une coopération née d’un accord politique de 2023
Le programme ne constitue pas une opération isolée.
Il découle d’une lettre d’intention sur la coopération en matière de médiation, signée le 25 avril 2023 entre le DIRCO sud-africain et le ministère finlandais des Affaires étrangères, lors de la visite d’État en Afrique du Sud du président finlandais de l’époque, Sauli Niinistö. Le registre officiel des traités sud-africains confirme à la fois l’intitulé de l’accord et son entrée en vigueur à cette date.
Le projet de mentorat avait ensuite été annoncé publiquement en juin 2024 par la ministre finlandaise des Affaires étrangères Elina Valtonen et le directeur général du DIRCO Zane Dangor. À l’origine, les deux gouvernements prévoyaient déjà quinze participants, avec une représentation sud-africaine, une finlandaise et une sélection internationale élargie.
En juin 2025, le ministre sud-africain des Relations internationales et de la Coopération, Ronald Lamola, a officiellement lancé le volet sud-africain du programme. Pretoria le présente comme une coopération stratégique destinée à développer un réseau international de jeunes médiateurs et à favoriser leur participation aux processus de paix.
L’Afrique du Sud cherche à transformer son expérience en capacité diplomatique
L’intérêt stratégique du programme dépasse le nombre limité de participants.
Quinze personnes ne constituent évidemment pas, à elles seules, une nouvelle infrastructure mondiale de médiation.
L’enjeu réside davantage dans la logique institutionnelle retenue : l’Afrique du Sud tente de transformer une partie de son expérience diplomatique et historique en capacité transmissible, intégrée à une coopération bilatérale puis connectée à l’Union africaine, aux Nations unies et à des réseaux internationaux.
Le gouvernement sud-africain avait encore cité cette initiative en novembre 2025 parmi les résultats concrets de l’approfondissement de ses relations avec Helsinki. Le vice-président Paul Mashatile la plaçait aux côtés des coopérations en matière d’eau, d’éducation, d’innovation et de développement numérique.
Cette approche correspond également à une ambition plus large de Pretoria : utiliser ses partenariats bilatéraux non seulement pour attirer des financements ou des technologies, mais aussi pour renforcer son rôle dans les mécanismes internationaux de paix et de médiation.
Former des médiateurs ne garantit pas leur intégration aux négociations
Une limite doit cependant être clairement posée.
Le programme forme de jeunes acteurs et construit un réseau. Les sources institutionnelles consultées ne permettent pas d’établir que ses quinze participants seront ensuite intégrés automatiquement à des négociations officielles ou à des missions formelles de médiation.
Il faut donc distinguer capacité de formation et accès réel aux processus décisionnels de paix.
Le défi suivant sera précisément de savoir si le réseau créé peut dépasser le statut de programme de mentorat et permettre à certains de ses membres d’accéder à des dispositifs opérationnels de prévention des conflits, de dialogue national ou de médiation.
Le DIRCO affirme vouloir favoriser l’inclusion des jeunes dans les processus formels de paix ; le programme constitue un outil dans cette direction, mais pas encore la démonstration que cette inclusion institutionnelle est acquise.
Un modèle Sud–Nord plutôt qu’un transfert unilatéral
L’originalité du partenariat Finlande–Afrique du Sud réside finalement dans sa construction conjointe.
Pretoria apporte son expérience de transition démocratique, de réconciliation et son ancrage dans l’architecture africaine de paix et de sécurité. Helsinki apporte son propre appareil de médiation, ses réseaux européens et ses instruments diplomatiques spécialisés. Les Nations unies et Interpeace complètent ce dispositif par une exposition aux pratiques multilatérales et opérationnelles.
Pour l’Afrique, cette configuration mérite attention parce qu’elle inverse partiellement la logique traditionnelle de coopération technique : le savoir ne circule pas exclusivement du Nord vers le Sud.
La première étape du cursus est sud-africaine, la deuxième passe par l’Union africaine, puis le dispositif s’élargit à Genève et Helsinki.
La fin du cycle en septembre 2026 ferme donc une première phase expérimentale. La question désormais centrale est celle de sa pérennisation : ni les sources finlandaises ni sud-africaines consultées n’établissent encore qu’une nouvelle cohorte a été officiellement décidée.
À ce stade, ce qui est établi est plus précis : Finlande et Afrique du Sud ont achevé un programme conjoint d’un an ayant formé quinze jeunes médiateurs issus de quinze pays, en articulant expériences africaines, architecture continentale, système onusien et expertise européenne de médiation.
Sources institutionnelles :
- Ministère finlandais des Affaires étrangères, Young peacebuilders from around the world to gather in Helsinki to deepen their expertise, 31 août 2026. Le ministère confirme les quinze participants et la quatrième et dernière phase présentielle à Helsinki.
- Ministère finlandais des Affaires étrangères, Finland and South Africa signed a Letter of Intent on cooperation in mediation, 25 avril 2023.
- DIRCO — Afrique du Sud, lancement du South Africa–Finland Youth Peace Mediators Mentoring Programme, 6 juin 2025.
- Ronald Lamola / DIRCO, discours de lancement du 6 juin 2025.
- DIRCO, Ronald Lamola, Conference on Democracy, Governance and Diplomacy, 22 juin 2026 : Pretoria qualifie le programme Finlande–Afrique du Sud d’une de ses initiatives phares de consolidation de la paix par la jeunesse.
- Nations unies — Department of Political and Peacebuilding Affairs / Mediation Support Unit, documentation du module de Genève des 4–7 mai 2026.
- Ministère finlandais des Affaires étrangères, Youth, Peace and Security: Finland’s National Action Plan 2025–2028, 1er décembre 2025.
- Ministère finlandais des Affaires étrangères, Review of Finland’s National Action Plan on Youth, Peace and Security, 1er avril 2026.
- Interpeace, Youth Peace Mediation Programme, présentation du programme et rôle de secrétariat.

