La Rédaction | Vérification au 7 octobre 2026
Curaçao encadre les prestataires de crypto-actifs et poursuit une adhésion en propre à l’Organisation mondiale du commerce. Deux ambitions de maîtrise économique, mais deux calendriers : le régime VASP est entré en vigueur pour l’essentiel en juillet 2025 ; en septembre 2026, l’accession commerciale reste un objectif annoncé. [2, 7]
À Willemstad, deux chantiers qu’il faut distinguer
Le titre rapproche la surveillance financière et la représentation commerciale extérieure. Ce rapprochement est pertinent pour interroger la capacité de Curaçao à gouverner son économie. Il ne prouve cependant ni une réforme VASP nouvelle en septembre 2026, ni une adhésion acquise à l’OMC, ni une condition juridique liant automatiquement les deux dossiers.
Le discours d’ouverture de l’année parlementaire 2026–2027, daté du 8 septembre et reproduit le lendemain, demande de poursuivre le parcours vers une adhésion propre à l’OMC. Il réaffirme aussi l’importance de l’intégrité financière. Cette parole gouvernementale expose un programme ; elle ne constitue pas un bilan des résultats obtenus. [7]
Des licences en 2025, une négociation commerciale encore en préparation
L’ordonnance de surveillance des prestataires d’actifs virtuels porte la date du 13 mars 2025. [1] Le décret du 24 juin, publié le 30 juin, fixe son entrée en vigueur au 1er juillet 2025, sauf certaines dispositions précisément énumérées. Parler d’un dispositif créé en septembre 2026 déplacerait donc de plus d’un an le calendrier documenté. [2]
Le passage à ce régime ne s’est pas réduit à renommer les anciennes inscriptions antiblanchiment. Dans son avis du 9 octobre 2025, la banque centrale accorde aux opérateurs préexistants non déclarés une dernière possibilité de notification jusqu’au 31 octobre. Ceux déjà enregistrés n’ont pas à recommencer cette formalité, mais doivent fournir les documents nécessaires à l’examen de leur autorisation. Les nouveaux entrants ont besoin d’une autorisation dès le démarrage. [3]
Sur le front commercial, le gouvernement rappelle que Curaçao est observateur à l’OMC depuis le 3 mars 2020. En mai 2026, Gilmar Pisas reçoit la délégation du président du groupe de travail. Le communiqué rapporte l’ambition d’aboutir dans environ deux ans : une perspective politique, pas une date d’adhésion garantie. [6]
La CBCS supervise les actifs virtuels ; la CGA encadre les jeux
L’ordonnance confie à la Centrale Bank van Curaçao en Sint Maarten, ou CBCS, les licences, le registre, la surveillance et l’application du cadre VASP. Elle couvre notamment les échanges entre monnaies et actifs virtuels, les échanges entre actifs virtuels, les transferts, la conservation et certains services liés aux émissions. L’activité professionnelle à Curaçao ou depuis Curaçao requiert une licence préalable, sous réserve des dérogations et exemptions prévues. Le nom binational de la banque ne suffit pas à étendre cette ordonnance de Curaçao à Sint Maarten. [1]
Le texte comprend des exigences de gouvernance, de sécurité, de garanties financières et de protection des clients. Il dépasse donc le seul signalement des transactions suspectes. Il faut également distinguer les prestataires soumis à autorisation des utilisateurs qui détiennent ou échangent leurs propres actifs. [1]
Un autre chantier concerne les jeux d’argent en ligne. La Curaçao Gaming Authority indique que leur ordonnance, la LOK, est entrée en vigueur le 24 décembre 2024. Elle délivre des licences aux opérateurs de jeux et aux fournisseurs de biens ou services critiques pour cette activité. Ces catégories appartiennent au régime des jeux. Elles ne démontrent pas l’existence d’une architecture identique de licences VASP sous la CBCS. [4]
L’autonomie commerciale se négocie ; la supervision doit fonctionner
Du côté financier, notre lecture est institutionnelle : concentrer la compétence chez un régulateur désigné peut rendre les responsabilités plus lisibles. Encore faut-il que celui-ci puisse connaître les bénéficiaires des entreprises, examiner leur organisation, recevoir les plaintes et faire respecter ses décisions. Le rendement politique d’une réforme dépend de cette capacité effective. Un changement de texte n’en donne pas la mesure.
L’OMC décrit la visite du 27 au 29 mai 2026 comme une préparation à la première réunion du groupe de travail, espérée plus tard dans l’année. La délégation est conduite par Matthew Wilson, ambassadeur de la Barbade. Restent notamment à préparer l’offre initiale sur les marchandises, l’actualisation du régime commercial et l’offre sur les services. Les concessions tarifaires et les engagements dans les services relèvent donc d’une négociation encore en cours dans cette pièce. [5]
L’article XII de l’accord instituant l’OMC autorise l’accession d’un État ou d’un territoire douanier distinct disposant d’une pleine autonomie dans ses relations commerciales extérieures et les matières couvertes. Les conditions doivent être convenues avec les membres. Une adhésion propre peut donc être compatible avec le statut de pays constitutif du Royaume des Pays-Bas ; elle ne signifie pas une indépendance politique nouvelle. [5, 8]
Pour les entreprises, la question pratique est celle des règles applicables, de leur stabilité et de l’accès réel aux marchés. Pour les autorités, elle porte aussi sur les marges conservées pour soutenir une activité locale. Rien dans les pièces étudiées ne permet d’affirmer que l’OMC a imposé à Curaçao cette loi VASP comme condition spécifique d’accession.
Les compétences locales, enjeu de pouvoir autant que d’emploi
Le gouvernement présente l’adhésion comme un moyen d’améliorer la prévisibilité du commerce et la position économique extérieure de Curaçao. [6] Une lecture afrocentrée doit demander qui pourra utiliser ces possibilités : sociétés déjà internationalisées, entrepreneurs locaux, salariés qualifiés, petites structures ou investisseurs extérieurs. La présence d’une entreprise sur l’île ne permet pas, à elle seule, de connaître la destination de ses bénéfices ni le pouvoir de décision de ses travailleurs.
Le forum commercial des 16 au 18 mars 2026, présenté par le portail économique lié au ministère, réunit à Willemstad plus de cent participants des entreprises, de l’administration et de l’enseignement. Organisé avec le Centre du commerce international, il aborde les procédures commerciales, les compétences et la coordination entre acteurs. Il annonce la réactivation du conseil des exportations et un travail vers une feuille de route à l’horizon 2030. Ce sont des engagements de coopération à suivre, non des exportations déjà réalisées. [9]
Le discours de septembre prévoit de former davantage d’experts locaux en droit, économie, finances, douanes et lutte contre le blanchiment, afin de réduire la dépendance envers l’assistance extérieure. [7] Cette intention touche directement au pouvoir de négocier et de contrôler. Il faudrait en suivre les formations financées, les recrutements durables et la place des professionnels curaçaolais dans les postes de décision.
Pour les habitants afro-curaçaolais, la question ne se résume pas à apparaître dans la communication d’une place financière. Elle concerne l’accès à la propriété des entreprises, à la qualification et aux voies de recours. Ces habitants ne forment pas un bloc d’intérêts uniforme. Une politique de diversification devrait pouvoir être discutée par ceux qui supporteront ses coûts, travailleront dans ses services ou en utiliseront les produits.
Les pièces manquantes empêchent de proclamer une réussite
Le corpus établit un cadre légal et plusieurs étapes diplomatiques. Il ne fournit pas un décompte vérifié des licences VASP définitivement accordées, des sanctions prononcées, des emplois locaux créés ou des recettes publiques nettes produites. L’avis de la CBCS annonce une action contre les prestataires non autorisés ; il n’en constitue pas le relevé d’exécution. [3]
Une inscription antérieure, une demande en cours et une licence définitive doivent rester distinctes. Le régime transitoire décrit par la CBCS permet à certains opérateurs enregistrés de poursuivre leur activité pendant l’examen, avec transmission des pièces requises. [3] Il ne justifie pas de présenter toute entreprise ancienne comme définitivement agréée.
Aucune pièce retrouvée ne confirme une adhésion à l’OMC acquise en septembre 2026. La visite de mai et le discours de septembre documentent une préparation et une volonté de poursuivre. [5, 7] Faute de procès-verbal ultérieur établissant la première réunion du groupe de travail, il serait également prématuré de lui attribuer des concessions déjà arrêtées. L’absence de preuve disponible ne signifie pas que toute activité diplomatique s’est interrompue.
Trois trajectoires à départager par des résultats vérifiables
Un premier scénario associerait supervision dotée de moyens, contrôle effectif des opérateurs et préparation commerciale ouverte aux entreprises locales. Il renforcerait la capacité de Curaçao à choisir ses engagements et à appliquer ses règles. Cette trajectoire demanderait de publier des informations permettant d’évaluer l’instruction des demandes, les recours et la participation des entreprises aux programmes d’exportation.
Un deuxième scénario produirait surtout de la conformité formelle : dossiers nombreux, conseil extérieur coûteux et faible transfert de compétences. Un troisième verrait l’accession progresser tandis que les bénéfices resteraient concentrés dans quelques activités. Ces hypothèses ne décrivent pas des résultats déjà observés. Elles indiquent les données à rechercher : valeur ajoutée retenue sur l’île, propriété des entreprises, emplois qualifiés, coûts de contrôle et accès des petites structures aux marchés.
La souveraineté commerciale se mesurera alors à une faculté concrète : négocier des règles comprises, disposer des moyens de les faire respecter et rendre compte de leurs effets à la population. Le droit des actifs virtuels et la démarche OMC peuvent contribuer à cette capacité. Leur coexistence ne suffit pas à prouver qu’elle est déjà acquise.
Les textes juridiques fixent le cadre, les annonces en donnent les ambitions
L’ordonnance et son décret établissent la compétence et la date d’application. L’avis de la CBCS précise la transition ; la CGA permet de distinguer le régime des jeux. Les documents OMC et gouvernementaux décrivent l’accession en cours. Le discours parlementaire reproduit par la presse et le compte rendu du forum renseignent les intentions publiques, avec une force probante moindre sur leurs résultats. Toutes les pièces ont été examinées au 7 octobre 2026.
[3] CBCS, avis de prolongation du délai de déclaration des VASP, 9 octobre 2025.
[6] Gouvernement de Curaçao, réception de la délégation OMC par Gilmar Pisas, 28 mai 2026.

