Le centre hégémonique de l’encerclement se situe à Washington. La stratégie de la seconde administration de Donald Trump vise ouvertement le “changement de régime” par l’anéantissement de l’infrastructure de défense et de l’architecture économique cubaine. La période de juin 2026 est marquée par l’activation d’instruments exécutifs, judiciaires et militaires redoutables.
L’Ordre Exécutif 14404 et la “Weaponization” de la Finance
Le 1er mai 2026, l’Ordre Exécutif 14404 (EO 14404) a été promulgué, inaugurant un régime de sanctions basé sur des listes (Specially Designated Nationals – SDN) sous l’égide de l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA). Cet ordre transcende le blocus traditionnel (CACR) en introduisant des sanctions secondaires dévastatrices contre les institutions financières étrangères (FFI). La règle dite des “50 pour cent” gèle automatiquement les avoirs de toute entité détenue, même indirectement, par une personne ou organisation sanctionnée.
L’échéance fatidique de ce dispositif a été fixée au 5 juin 2026. L’Office of Foreign Assets Control (OFAC) a exigé que tous les opérateurs internationaux cessent définitivement leurs transactions avec le conglomérat militaire cubain GAESA (Grupo de Administración Empresarial S.A.), sous peine d’être bannis du système financier en dollars. GAESA contrôlant près de 80 % de l’économie formelle, y compris le tourisme et l’import/export, cette mesure vise l’arrêt cardiaque de l’économie de l’île.
| Date de Désignation (2026) | Entité ou Individu Ciblé | Fonction Stratégique et Raison du Ciblage |
|---|---|---|
| 7 Mai | GAESA, Moa Nickel S.A., Ania Guillermina Lastres | Couper les flux de devises du tourisme et paralyser l’extraction minière (nickel), privant l’État de liquidités. |
| 18 Mai | MININT, PNR, DGI, Luis Alberto Rodríguez López-Calleja, Rosabel Gamón Verde | Paralysie de la sécurité intérieure, de la police nationale (PNR), du renseignement (DGI) et de la justice. |
| 4 Juin | MINFAR, Minera La Victoria S.A., CDR, ICAP, Amistur Cuba S.A. | Atteinte directe au Ministère de la Défense (MINFAR), à l’organisation de la société civile (CDR) et à la diplomatie des peuples (ICAP). |
| 4 Juin | Miguel Díaz-Canel, Lis Cuesta Peraza, Alejandro Castro Espín | Décapitation politique et financière de l’exécutif présidentiel et de l’appareil sécuritaire historique. |
Les conséquences de l’échéance du 5 juin ont été catastrophiques. Les institutions financières étrangères, terrifiées par le risque de conformité, ont suspendu le fonctionnement des cartes Visa et Mastercard à Cuba dès le 6 juin. Le secteur touristique a vu des géants de l’hôtellerie tels que les espagnols Meliá et Iberostar, ou le canadien Blue Diamond Resorts, cesser tout ou partie de leurs opérations conjointes avec Gaviota, précipitant une chute de 55,8 % des arrivées de touristes sur les quatre premiers mois de 2026. Des plateformes vitales pour les diasporas, comme Envioscuba.com, ont cessé d’accepter des commandes, bloquant l’envoi de nourriture et de petit électroménager.
L’Offensive Judiciaire (Lawfare) et Militaire
L’asphyxie économique se double d’une doctrine de guerre psychologique et judiciaire. En mai 2026, lors d’une annonce retentissante à la Freedom Tower de Miami, le secrétaire intérimaire de la Justice, Todd Blanche, a formellement inculpé l’ancien président Raúl Castro Ruz (94 ans). Les charges portent sur une “conspiration pour assassiner des citoyens américains” et la destruction d’aéronefs, en lien avec l’abattage de deux avions civils de l’organisation Hermanos al Rescate le 24 février 1996. Cette inculpation, qui implique également cinq autres hauts gradés cubains et agite la menace de la peine de mort, brise le tabou de l’impunité des dirigeants historiques et prépare le terrain politico-légal à une intervention de “justice” extraterritoriale.
Sur le plan militaire, l’étau se resserre. Le Secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, s’est rendu à la base navale de Guantánamo à la mi-juin, prononçant un discours devant les troupes où il a insinué, sans preuves, que Cuba chercherait à acquérir des armements capables de frapper le territoire américain, prétextant ainsi une menace sécuritaire imminente. Ces déclarations s’accompagnent du vol récurrent de drones d’espionnage MQ-4C Triton observant les infrastructures critiques cubaines. Le Commandement Sud (SOUTHCOM) orchestre une pression maximale, confirmée par le sénateur Marco Rubio, qui a posé devant des cartes détaillées de l’île en compagnie du général Francis L. Donovan, tout en martelant que l’administration ne permettrait pas au régime de survivre.

