L’Afrique compte fortement dans l’agenda, sans en constituer l’unique centre

La France exerce la présidence tournante du Conseil de sécurité des Nations unies pendant tout le mois de septembre 2026. Cette présidence est établie par rotation mensuelle entre les quinze membres ; la France succède au Danemark et précède la Grèce.

La vérification du programme conduit cependant à nuancer le mot « focalisé » du titre du référentiel. Le Soudan et la République démocratique du Congo occupent une place réelle et significative, mais l’agenda français comprend aussi le Proche et le Moyen-Orient, l’Ukraine, l’Afghanistan, Haïti, l’Iran, la lutte contre le terrorisme, le maintien de la paix, l’intelligence artificielle et les questions de réforme multilatérale. Jean-Noël Barrot a lui-même présenté cette série de priorités le 1er septembre.

L’enquête ne confirme donc pas un mois diplomatique exclusivement tourné vers l’Afrique. Elle confirme plutôt que deux crises africaines — le Soudan et la RDC — font partie des principaux dossiers territoriaux de la présidence française.

Une présidence mensuelle donne une capacité d’organisation, pas un contrôle unilatéral

La fonction de président du Conseil de sécurité consiste à organiser les travaux, conduire les réunions, faciliter les consultations et contribuer à la recherche d’accords. Une partie importante du calendrier résulte cependant de mandats déjà existants, d’échéances de renouvellement et de demandes émanant des membres ou de situations d’urgence.

Jérôme Bonnafont, représentant permanent de la France à l’ONU, a distingué le 1er septembre trois catégories de travaux : les réunions appelant des décisions du Conseil, les réunions imposées par des mandats existants et les débats thématiques.

Parmi les décisions prévues figurent le renouvellement du régime de sanctions concernant le Soudan, mais aussi des décisions relatives à Haïti et à l’Iran. Parmi les réunions mandatées figurent le suivi de la MONUSCO en République démocratique du Congo, l’Afghanistan et plusieurs dossiers moyen-orientaux.

La présidence française dispose donc d’une capacité de mise en forme et d’initiative, mais elle ne peut ni déterminer seule le contenu de toutes les réunions ni produire seule une décision du Conseil.

Le Soudan occupe la place africaine la plus visible

Paris a placé le Soudan au premier rang de ses dossiers africains du mois. Jérôme Bonnafont a annoncé un dialogue interactif informel destiné à rapprocher les différentes initiatives de paix afin d’améliorer leur coordination. Le Conseil devait également se prononcer sur le renouvellement du régime de sanctions établi par la résolution 1591.

Le ministère français des Affaires étrangères a confirmé le 9 septembre que le Conseil devait pouvoir se réunir selon les besoins sur les crises en Ukraine, au Moyen-Orient et en Afrique, « en particulier » sur le Soudan. Une réunion consacrée au Soudan a également été inscrite parmi les initiatives françaises de la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale.

Deux logiques se superposent ainsi : le Conseil de sécurité traite le Soudan au titre de ses responsabilités institutionnelles, tandis que la diplomatie française cherche à utiliser sa présidence pour favoriser la coordination entre initiatives existantes.

La seconde logique doit cependant être distinguée du résultat. Organiser une réunion ou mettre des médiations en relation ne démontre pas qu’une stratégie commune est obtenue, encore moins qu’elle produit un cessez-le-feu ou un processus de paix.

La RDC ramène au Conseil la question de la sécurité dans les Grands Lacs

La République démocratique du Congo constitue l’autre grand dossier africain mentionné explicitement par la présidence. Le programme prévoit la réunion trimestrielle consacrée à la MONUSCO afin d’examiner la mise en œuvre de son mandat et la situation sécuritaire.

Ce dossier est particulièrement significatif du point de vue de l’agence africaine. La RDC n’est pas seulement un État dont la situation est examinée par le Conseil : elle siège elle-même au Conseil de sécurité en 2026 et en a exercé la présidence tournante en juillet, avant le Danemark puis la France. La liste officielle des présidences rappelle ainsi que les États africains peuvent être simultanément sujets des crises débattues et acteurs institutionnels du Conseil.

Cette dualité est importante. Une lecture centrée uniquement sur Paris, New York ou les membres permanents produirait l’image d’une Afrique administrée de l’extérieur. Or les États africains membres du Conseil participent aux votes, aux négociations de texte et à la définition des positions, même si leur statut institutionnel diffère de celui des cinq membres permanents disposant du veto.

Le rapport de pouvoir se joue aussi dans la définition de la paix

L’approche afrocentrique impose d’examiner qui définit le problème, qui participe à la médiation et qui possède les instruments de décision. La présidence française peut favoriser des consultations ou proposer des conclusions, mais les processus de paix au Soudan ou dans les Grands Lacs comportent des gouvernements africains, des acteurs politiques et militaires locaux, des organisations régionales et des médiateurs dont les intérêts ne sont pas interchangeables.

Bonnafont a lui-même présenté parmi les instruments du Conseil le soutien aux processus de paix conduits par des organisations régionales ou des coalitions spécifiques. Cette formulation reconnaît implicitement que l’ONU n’est pas toujours le centre unique de la médiation.

Le test analytique consiste donc à observer si les initiatives de septembre renforcent les capacités diplomatiques africaines et leur coordination ou si elles aboutissent principalement à une juxtaposition de médiations extérieures.

Le même raisonnement vaut pour la MONUSCO : évaluer une opération de paix ne revient pas seulement à comptabiliser ses effectifs ou ses mandats. Il faut aussi examiner le rapport avec les autorités congolaises, les populations affectées et les mécanismes régionaux de sécurité.

Le terme « focalisé » ne résiste pas à l’ensemble du calendrier

Les documents de septembre rendent impossible une présentation sérieuse de la présidence française comme exclusivement africaine. Paris a indiqué vouloir agir sur l’Ukraine, le Moyen-Orient, l’Afghanistan, le Soudan, la RDC, la lutte antiterroriste et le maintien de la paix. Durant la semaine de haut niveau, les initiatives françaises annoncées portaient notamment sur le Soudan, la Palestine, l’Ukraine, l’Iran et le Yémen.

Le Conseil devait également prendre des décisions sur Haïti et l’Iran, tandis qu’un débat du 11 septembre était consacré au terrorisme et aux nouvelles technologies.

Le fait établi est donc plus précis : l’Afrique constitue l’un des pôles majeurs du mois français, avec une concentration particulière sur le Soudan et la RDC.

Cette rectification n’enlève rien à la pertinence stratégique du sujet. Elle empêche simplement que l’angle éditorial transforme deux dossiers africains importants en description exhaustive de toute la présidence.

Ce qu’il faudra mesurer après le mois de septembre

Le premier indicateur sera décisionnel : quelles résolutions, déclarations ou conclusions auront effectivement résulté des réunions sur le Soudan et la RDC ?

Le second sera diplomatique : la coordination recherchée sur le Soudan aura-t-elle permis de rapprocher des initiatives concurrentes, ou seulement de les réunir temporairement ?

Le troisième sera africain : quelle place les gouvernements concernés, les États africains membres du Conseil et les organisations régionales auront-ils occupée dans la définition des solutions, et pas seulement dans leur réception ?

Enfin, la question institutionnelle demeure celle de la représentation du Conseil lui-même. La France a inclus la réforme du Conseil de sécurité et son initiative franco-mexicaine sur l’usage du veto parmi ses préoccupations de septembre. Le résultat de ces discussions ne peut toutefois pas être présumé à partir de leur seule inscription dans le discours diplomatique.

Le programme officiel permet de séparer priorité africaine et surinterprétation

La liste officielle des présidences du Conseil établit sans ambiguïté la présidence française de septembre.

La source la plus détaillée est la conférence de presse du 1er septembre de Jérôme Bonnafont. Elle énumère explicitement le Soudan, la RDC, l’Ukraine, le Moyen-Orient, l’Afghanistan, Haïti, l’Iran, le terrorisme et le maintien de la paix. Elle permet donc simultanément de confirmer la place de l’Afrique et de réfuter une lecture trop exclusive de l’agenda.

Les communications du Quai d’Orsay du 9 et du 17 septembre confirment la priorité accordée au Soudan tout en replaçant celle-ci parmi plusieurs crises internationales.

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