BRICS CONNECT veut étendre la protection sociale à l’informel
La 12e Réunion des ministres du Travail et de l’Emploi des BRICS, qui s’est tenue les 15 et 16 juillet 2026 à Hyderabad (Inde), symbolise une métamorphose idéologique et institutionnelle majeure dans le traitement des marchés du travail au sein du Sud global. Face à la prédominance structurelle de l’économie informelle et à l’explosion non régulée des travailleurs des plateformes numériques (gig economy), le bloc a ratifié la Déclaration d’Hyderabad et inauguré la plateforme innovante « BRICS CONNECT ». Pour les économies africaines—caractérisées par un dividende démographique colossal mais engluées dans une précarité systémique—cette initiative constitue un transfert de paradigme stratégique. La doctrine portée par cette réunion stipule l’exploitation accélérée des Infrastructures Publiques Numériques (DPI) pour identifier, enregistrer et protéger juridiquement les travailleurs marginalisés. La forte implication diplomatique de l’Afrique du Sud met en exergue l’urgence de synchroniser les politiques sociales à l’échelle intra-BRICS afin de bâtir un filet de sécurité résilient, capable d’immuniser les populations face aux chocs technologiques et climatiques de la décennie en cours.
Les filets sociaux ignorent l’immense majorité des travailleurs
Les mutations macroéconomiques mondiales contemporaines—caractérisées par l’automatisation fulgurante, l’intégration de l’Intelligence Artificielle et l’ubérisation des services—ont exacerbé la fragmentation et la vulnérabilité du marché du travail. Historiquement, l’architecture mondiale des filets de sécurité sociale, héritée du Nord, a été conçue exclusivement pour un modèle d’emploi salarié formel, urbain et à temps plein, marginalisant de facto l’immense majorité des forces vives africaines et du Sud global qui évoluent dans l’informalité. Les élargissements consécutifs des BRICS (intégrant des pays comme l’Éthiopie, l’Égypte et l’Afrique du Sud) ont modifié la physionomie du bloc, incluant des nations où le secteur informel peut absorber jusqu’à 80 % de la population active. Placée sous la présidence indienne de 2026, dont l’éthos s’articule autour du principe d’un développement centré sur l’humain (Humanity First), le Groupe de travail sur l’emploi (EWG) a élevé la formalisation du travail et la garantie d’une protection sociale universelle au rang de doctrine de souveraineté d’État.
Hyderabad fixe quatre piliers pour l’emploi
Le sommet d’Hyderabad a déployé un processus diplomatique et technique méticuleux pour redéfinir la gouvernance sociale du groupe.
| Étape de la Négociation | Protagonistes Clés | Réalisations Majeures |
| 13-14 juillet 2026 | Groupe de travail sur l’emploi (EWG) ; Délégations techniques (ex: Sipho Ndebele, Afrique du Sud). | Élaboration de la Déclaration ; interventions décisives sur la portabilité de la sécurité sociale et la transition formelle. |
| 15-16 juillet 2026 | Ministres du Travail des BRICS (Mansukh Mandaviya, Inde ; Jomo Sibiya, Afrique du Sud). | Négociations ministérielles, ratification des priorités stratégiques partagées. |
| Livrables de 2026 | Collectif des États membres. | Adoption de la Déclaration d’Hyderabad ; lancement officiel de la plateforme BRICS CONNECT. |
La Déclaration finale de 2026 cimente un cadre normatif autour de quatre piliers inaliénables : l’avancement de la sécurité sociale avec une stratégie agressive de formalisation, l’inclusion paritaire des femmes dans la population active, la cartographie mutuelle des compétences, et la protection inconditionnelle des travailleurs des plateformes numériques via des outils technologiques. L’initiative BRICS CONNECT agit comme une plateforme flexible de coopération visant le renforcement des capacités institutionnelles, matérialisant ainsi la volonté de coopération Sud-Sud prônée lors des travaux.
La formalisation s’appuie sur les infrastructures numériques
L’investigation analytique des déclarations officielles, recoupée avec les orientations de l’Organisation internationale du Travail (OIT) et de l’Association internationale de la sécurité sociale (AISS), démontre que la stratégie des BRICS opère un basculement radical vers une forme de « technocratie sociale résiliente ». La clé de voûte de cette vaste ambition de formalisation repose sur le transfert et l’adaptation du modèle indien des Infrastructures Publiques Numériques (DPI – Digital Public Infrastructure). En croisant des systèmes d’identification biométrique infalsifiables avec des registres de sécurité sociale interopérables, les administrations étatiques sont désormais en capacité d’identifier les travailleurs du secteur informel, d’enregistrer leurs cotisations et de leur allouer des prestations de manière instantanée, balayant ainsi les lourdeurs administratives coloniales obsolètes.
La coopération Sud-Sud prônée dans la déclaration stipule que les puissances démographiques comme l’Égypte, l’Éthiopie et l’Afrique du Sud bénéficieront de transferts d’ingénierie publique cruciaux pour cartographier les compétences de leur jeunesse face aux exigences du marché mondial. Plus fondamentalement, la Déclaration d’Hyderabad s’attaque frontalement à une aberration juridique mondiale : l’exploitation des travailleurs de la gig economy (chauffeurs VTC, livreurs, freelances digitaux). En imposant un standard souverain BRICS pour la reconnaissance des droits inhérents à ces travailleurs “indépendants mais économiquement dépendants”, le bloc exerce une pression normative sans précédent sur les multinationales technologiques extractives, exigeant qu’elles s’acquittent de leurs devoirs sociaux sur le continent africain.
Formaliser sans exclure ni exporter les compétences
L’ingénierie de la formalisation de l’économie informelle constitue l’outil de gouvernance par excellence pour réintégrer les populations marginalisées dans la sphère étatique. Elle renforce la légitimité des gouvernements, freine l’exode rural et consolide la cohésion nationale face aux crises extérieures.
La transition de l’ombre vers la lumière fiscale de dizaines de millions de travailleurs informels grâce aux outils numériques élargira de manière exponentielle l’assiette de l’impôt et des cotisations. Cela offrira enfin aux États africains les marges de manœuvre budgétaires nécessaires pour financer des politiques sociales endogènes sans recourir à l’endettement extérieur.
En consolidant un front idéologique uni au sein des institutions de Genève (comme l’OIT), les nations africaines et les BRICS réécrivent la grammaire des normes internationales du travail. Ils déconstruisent l’eurocentrisme des lois sociales pour imposer une vision adaptée aux réalités complexes du Sud global.
La résorption du chômage de masse des jeunes, couplée à l’établissement d’un filet de sécurité sociale fiable, draine les terreaux de la précarité. C’est une mesure préventive fondamentale qui atténue structurellement les risques de radicalisation, de criminalité urbaine et d’insurrections populaires qui menacent la stabilité des États.
La cartographie partagée des compétences au sein de l’espace BRICS permettra aux ministères africains de l’Éducation et du Travail d’ajuster leurs filières de formation professionnelle et technique aux besoins industriels de demain, notamment en matière de transition énergétique et de souveraineté des données.
Les corps législatifs africains font face au défi monumental de transposer ces engagements en créant des statuts juridiques avant-gardistes. Cela inclut la garantie de la portabilité des droits sociaux, une mesure vitale pour protéger les millions de travailleurs migrants intra-africains dont la vulnérabilité juridique a longtemps été exploitée.
Aucun mécanisme coercitif n’est défini pour les plateformes
Bien que la déclaration vise à réguler l’économie des plateformes, le document cadre omet de détailler les mécanismes coercitifs ou les arsenaux de taxation spécifiques permettant de forcer juridiquement les géants transnationaux du numérique à cotiser aux caisses de sécurité sociale souveraines africaines.
L’allocation des ressources financières nécessaires à la maintenance pérenne de la plateforme “BRICS CONNECT” demeure évasive. Par ailleurs, la temporalité dans laquelle les bases de données souveraines africaines pourront s’interfacer avec les protocoles de cryptographie et de cybersécurité exigés par les DPI asiatiques relève de la conjecture pure.
La mobilité des compétences peut accélérer la fuite des cerveaux
L’obsession déclarée pour les infrastructures publiques numériques (DPI) augure une révolution silencieuse, mais radicale, de la gouvernance administrative en Afrique, sous forte influence de la technostructure sud-asiatique. Toutefois, le signal faible le plus intrigant émane de la notion de “mobilité de la main-d’œuvre et de la reconnaissance mutuelle des compétences”. À moyen et long terme, cette dynamique pourrait accoucher d’une zone de libre circulation des compétences professionnelles intra-BRICS. Si cela offre des perspectives d’exportation légale de la matière grise africaine vers de nouveaux bassins de croissance, cela soulève le spectre d’une forme sophistiquée de fuite des cerveaux Sud-Sud. Pour parer à ce risque, les économies africaines doivent impérativement s’industrialiser à un rythme corrélatif, sous peine de former une jeunesse d’excellence destinée exclusivement à alimenter les usines et les laboratoires des autres géants des BRICS.
Sources institutionnelles
- Ministère du Travail et de l’Emploi (Inde)
- Department of Employment and Labour (Afrique du Sud)
- Organisation internationale du Travail (OIT)
- Association internationale de la sécurité sociale (AISS)
- Secrétariat et Présidence des BRICS

