Une enveloppe de 605,45 millions d’euros qui change d’échelle

L’Union européenne a lancé Africa Initiative IV dans le programme de travail Horizon Europe 2026-2027 avec une enveloppe annoncée d’environ 605,45 millions d’euros. Le Service européen pour l’action extérieure présente l’initiative comme un ensemble d’environ trente appels à propositions consacrés à des projets communs de recherche et d’innovation entre institutions africaines et européennes. Les quatre priorités politiques affichées sont la santé publique, la transition verte, l’innovation et les technologies, ainsi que le renforcement des capacités scientifiques.

Le fait budgétaire est établi : plus de 600 millions d’euros sont fléchés vers des thématiques de coopération avec l’Afrique. Mais ce montant n’est pas transféré automatiquement aux institutions africaines : il finance des projets compétitifs portés par des consortiums européens et africains selon les règles de chaque appel.

Cette distinction est décisive pour mesurer l’impact réel. Le montant annoncé exprime une capacité de financement, non la part finale captée par les universités, centres de recherche, entreprises ou organismes publics africains.

Un instrument européen inscrit dans une stratégie conjointe AU-UE jusqu’en 2033

Africa Initiative IV s’inscrit dans une architecture plus large. La Commission européenne et la Commission de l’Union africaine ont adopté le 19 juillet 2023 un Agenda d’innovation AU-UE pour la période 2023-2033. Celui-ci vise à transformer davantage les résultats scientifiques en produits, services, entreprises et emplois, en organisant la coopération autour de la santé publique, de la transition verte, de l’innovation et des technologies, des capacités scientifiques et de thèmes transversaux.

Le programme 2026-2027 prolonge trois Africa Initiatives lancées depuis 2021. Selon l’EEAS, les précédentes vagues ont produit des subventions impliquant des partenaires de plus de quarante pays africains. La quatrième initiative doit élargir cette participation.

La Commission précise en outre que la coopération n’est pas pensée comme un dispositif ponctuel. L’Agenda AU-UE dispose d’une feuille de route évolutive, de mécanismes de suivi et d’ateliers réguliers. En juillet 2026, près de 300 jeunes chercheurs, innovateurs et entrepreneurs des deux continents ont encore participé au sixième atelier de mise en œuvre de l’Agenda.

L’enjeu est donc moins la création d’un nouveau dialogue que le passage à une phase de financement plus dense et plus structurée.

Trente appels environ, mais des présentations budgétaires qui ne recouvrent pas toujours le même périmètre

La documentation de 2026 utilise deux présentations qui doivent être distinguées. Le communiqué de lancement de l’EEAS chiffre Africa Initiative IV à environ 605,45 millions d’euros et évoque autour de trente appels. Des ateliers nationaux organisés en Éthiopie, au Ghana ou en Afrique du Sud présentent, eux, vingt-cinq sujets de recherche représentant environ 500 millions d’euros, auxquels s’ajoutent six sujets relevant du partenariat Global Health EDCTP3.

Ces chiffres ne sont pas nécessairement contradictoires : ils renvoient à des périmètres de présentation différents. Il serait toutefois imprudent de reconstituer artificiellement le total de 605,45 millions en additionnant des montants qui ne sont pas explicitement ventilés de cette manière dans les documents institutionnels consultés.

Ce qui est établi est que les opportunités couvrent un spectre large : maladies et systèmes de santé, adaptation climatique, énergie, biodiversité, numérique, technologies émergentes, capacités scientifiques, infrastructures de recherche et développement de compétences. Les appels sont publiés dans le cadre du programme de travail Horizon Europe adopté le 11 décembre 2025.

La valeur de l’initiative dépendra ainsi moins du nombre nominal d’appels que de leur accessibilité effective, de la qualité des consortiums et de la part des financements obtenue par des institutions établies sur le continent africain.

Des règles qui ouvrent largement l’accès, sans garantir l’égalité de captation

Horizon Europe est ouvert à la coopération internationale. La liste de participation publiée par la Commission en février 2026 confirme que de nombreux pays africains à revenu faible ou intermédiaire sont automatiquement éligibles au financement, parmi lesquels l’Algérie, l’Angola, le Botswana, le Burkina Faso, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie, le Ghana, le Kenya, le Maroc, le Mozambique, la Namibie, le Niger, le Nigeria, le Rwanda, le Sénégal, l’Afrique du Sud, la Tanzanie, l’Ouganda, la Zambie et le Zimbabwe.

L’EEAS indique en outre que les appels de l’Africa Initiative peuvent encourager ou exiger la participation d’institutions africaines dans les consortiums. Cette disposition réduit le risque d’une coopération où l’Afrique ne serait qu’un terrain d’étude sans présence institutionnelle formelle.

Elle ne règle cependant pas toutes les asymétries. Les universités et organismes disposant déjà d’équipes de montage de projets européens, de services juridiques, de réseaux internationaux et d’expérience dans Horizon Europe partent avec un avantage. Des ateliers tenus en 2026 au Kenya, en Éthiopie, au Sénégal, au Ghana, en Afrique du Sud et en Zambie ont précisément insisté sur l’écriture de propositions, la recherche de partenaires et le rôle des points de contact nationaux.

L’accès juridique au financement est donc large ; l’accès réel dépend encore de capacités administratives, scientifiques et relationnelles très inégalement réparties.

La souveraineté scientifique africaine se jouera dans la propriété des résultats

Pour l’Afrique, le critère stratégique ne peut se limiter au montant obtenu. La question centrale est de savoir qui définit les problèmes de recherche, dirige les consortiums, contrôle les données, dépose les brevets, possède les plateformes technologiques et transforme les résultats en entreprises ou services accessibles sur le continent.

L’Agenda AU-UE affirme vouloir produire des impacts socio-économiques tangibles. L’Union africaine présente parallèlement sa stratégie STISA 2034 comme un instrument destiné à faire évoluer le continent vers une économie fondée sur la connaissance et l’innovation, avec un accent sur l’agriculture, la santé, les technologies de l’information, l’énergie, l’environnement, la science diplomatique, la jeunesse et l’autonomisation des femmes.

Ces objectifs peuvent converger avec Africa Initiative IV si les projets renforcent des laboratoires africains, financent des doctorants et ingénieurs locaux, améliorent les infrastructures de recherche, soutiennent des entreprises innovantes et laissent la maîtrise de compétences sur place. Ils seraient beaucoup moins transformateurs si l’essentiel de la coordination, de la propriété intellectuelle et des équipements stratégiques demeurait concentré dans les institutions européennes.

Il faudra donc suivre non seulement les bénéficiaires, mais aussi les coordinateurs africains, les montants versés directement aux entités africaines, les droits sur les résultats et la localisation des emplois créés.

La Bulgarie apparaît dans le référentiel, mais les 605 millions ne sont pas un financement bulgare

Le rattachement du sujet à la Bulgarie doit être interprété avec précision. Africa Initiative IV relève de la Commission européenne et d’Horizon Europe ; aucune source consultée ne présente les 605,45 millions d’euros comme une contribution nationale de Sofia ni comme une enveloppe administrée par le gouvernement bulgare.

La dimension bulgare existe néanmoins au niveau européen. Ekaterina Zaharieva, ancienne ministre bulgare des Affaires étrangères, est depuis 2024 commissaire européenne aux startups, à la recherche et à l’innovation. Son portefeuille comprend explicitement la mise en œuvre et la supervision des financements européens de recherche, dont Horizon Europe. La Direction générale de la recherche et de l’innovation, chargée de la coopération internationale, relève de cette architecture de la Commission.

Les établissements bulgares peuvent participer aux consortiums selon les règles d’Horizon Europe, mais aucune quote-part bulgare n’est préallouée dans les documents publics consultés.

Cette clarification évite de transformer une responsabilité européenne exercée par une personnalité bulgare en politique nationale de la Bulgarie envers l’Afrique. Le programme est européen, négocié dans un cadre AU-UE, et ses bénéficiaires seront déterminés par les appels et les évaluations de projets.

Ce qu’il faudra mesurer après les appels et les premières attributions

Au 2 septembre 2026, l’initiative est lancée et les appels sont en cours ou programmés, mais la distribution finale de l’enveloppe n’est pas connue. Il n’est donc pas encore possible de dire quelle part des 605,45 millions d’euros sera contractée par des institutions africaines, quels pays seront les principaux bénéficiaires ni combien de projets seront coordonnés depuis l’Afrique.

Il faudra également distinguer le nombre de partenaires africains de leur poids réel dans les consortiums. Une université peut être membre d’un projet tout en ne recevant qu’une fraction limitée du financement et sans contrôler les décisions scientifiques principales. À l’inverse, une coordination africaine, un budget substantiel et une propriété partagée des résultats constitueraient des indicateurs plus solides d’équilibre.

Autre question ouverte : la répartition géographique. Les initiatives précédentes ont impliqué des partenaires de plus de quarante pays africains, mais cela ne garantit pas une distribution homogène. Les États possédant des systèmes de recherche mieux dotés peuvent capter une part supérieure des projets compétitifs.

Enfin, les résultats devront être évalués dans le temps : publications, brevets, infrastructures, innovations diffusées, entreprises créées, solutions de santé ou d’énergie déployées et maintien des compétences après la fin des subventions. Le budget annoncé ne préjuge pas de ces effets.

Une opportunité majeure dont la valeur dépendra de la part réellement captée en Afrique

La documentation institutionnelle permet de qualifier Africa Initiative IV comme l’un des principaux instruments récents de financement de la coopération scientifique Europe-Afrique. Son enveloppe indicative de 605,45 millions d’euros, ses quelque trente appels et son inscription dans l’Agenda d’innovation AU-UE 2023-2033 lui donnent une portée stratégique réelle.

Les sources les plus robustes sont le Service européen pour l’action extérieure, la Direction générale de la recherche et de l’innovation, les documents Horizon Europe sur l’éligibilité des pays, les pages de la Commission consacrées à la coopération UE-Afrique et les informations de l’Union africaine sur sa politique de science, technologie et innovation. EURAXESS Africa documente en complément la mise en œuvre pratique des sessions d’information et de renforcement des capacités organisées dans plusieurs pays.

La limite documentaire principale concerne les résultats financiers. L’enveloppe est annoncée, mais elle n’est pas encore entièrement attribuée. Le montant destiné aux partenaires africains ne peut donc pas être assimilé au budget global de l’initiative.

La conclusion la plus solide est ainsi double : l’Union européenne mobilise effectivement plus de 600 millions d’euros de capacités de financement pour intensifier la recherche conjointe avec l’Afrique ; l’enjeu de souveraineté scientifique réside désormais dans la proportion de ces ressources, responsabilités et actifs intellectuels qui seront réellement contrôlés et durablement valorisés par les institutions africaines.

Sources institutionnelles de référence

  • Service européen pour l’action extérieure — lancement d’Africa Initiative IV sous Horizon Europe 2026-2027, 3 février 2026.
  • Commission européenne, DG Recherche et Innovation — coopération UE-Afrique en recherche et innovation et fiche Africa Initiative IV, mars 2026.
  • Commission européenne — liste des pays participants à Horizon Europe, version du 12 février 2026.
  • Commission européenne — Agenda d’innovation AU-UE 2023-2033 et feuille de route de mise en œuvre.
  • Union africaine — Direction Science, Technologie et Espace ; priorités de STISA 2034 et diplomatie scientifique.
  • EURAXESS Africa — sessions d’information Africa Initiative IV en Afrique du Sud, Éthiopie, Ghana, Kenya, Sénégal et Zambie, 2026.
  • Commission européenne — atelier AU-UE sur les innovations portées par les jeunes, 7 août 2026.
  • Commission européenne — profil et responsabilités de la commissaire Ekaterina Zaharieva, portefeuille Startups, Recherche et Innovation.

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