Un séjour plus stable soumis à une sélection économique
Brunei a ouvert une voie de séjour pouvant atteindre cinq ans pour certaines personnes étrangères. Entré en vigueur le 31 décembre 2024, le Long-Term Pass associe un séjour prolongé à un visa à entrées multiples. Le dispositif concerne des liens familiaux, des activités économiques ou des compétences recherchées. Il ne constitue ni une admission générale de la main-d’œuvre étrangère, ni la promesse d’une installation définitive. Le compte rendu gouvernemental de mars 2025 en définit une portée sélective. [1, 2]
Pour un professionnel, un entrepreneur ou une famille africaine susceptible d’y recourir, la question décisive est celle des droits effectivement obtenus. Pouvoir rester plus longtemps ne suffit pas à déterminer les activités autorisées, les conditions d’un changement d’employeur ou les conséquences d’une cessation d’activité. L’intérêt de la réforme se mesure donc à la stabilité qu’elle procure au titulaire, en regard des critères que l’administration conserve le pouvoir d’apprécier.
Une réforme de séjour dans une modernisation engagée auparavant
La chronologie distingue plusieurs chantiers. Selon le ministère de l’Intérieur, présenté devant le Conseil législatif le 17 mars 2026, la modernisation des démarches a commencé dès 2022. Le National Labour Management System, utilisé depuis le 4 avril 2023, permet de déposer en ligne les demandes de licence de recrutement de travailleurs étrangers, la LPA. Le Long-Term Pass intervient ensuite, à la fin de 2024. Ces mesures se complètent, mais ne désignent pas le même acte administratif. [3, 6]
En mars 2026, le ministre Ahmaddin bin Haji Abdul Rahman indique que l’autorisation de visa de travail peut être délivrée directement après l’approbation de la LPA. Il annonce une réduction du traitement de cette étape, d’environ quatorze à trois jours ouvrés. Cette durée ne couvre pas nécessairement la recherche préalable de candidats locaux, la constitution du dossier, les contrôles médicaux ou la délivrance du permis de travail. Présenter trois jours comme le délai complet d’une embauche internationale déformerait donc la déclaration. [3, 4]
Trois catégories qui ne se confondent pas avec la résidence permanente
La présentation du Département de l’immigration distingue un pass social de longue durée, destiné aux étrangers ayant des liens familiaux avec des citoyens ou des résidents permanents sans satisfaire encore aux conditions de résidence permanente ; un pass d’affaires pour des propriétaires de sociétés et investisseurs répondant aux critères de contribution socio-économique ; et un pass professionnel pour des spécialistes dont les compétences sont jugées utiles au développement du pays. [1]
Le compte rendu de mars 2025 mentionne, pour le volet économique, des critères tels que l’emploi local et le respect des obligations fiscales. Il signale aussi des exclusions concernant notamment les supérettes, restaurants, laveries, salons et entreprises qui ne sont pas constituées en Sdn Bhd. Ces précisions empêchent d’assimiler le dispositif à une simple possibilité de rester cinq ans en ouvrant n’importe quel petit commerce. La version complète des conditions applicable au dossier individuel demeure déterminante. [2]
Le Département de l’immigration rappelle séparément que les étrangers qui travaillent doivent disposer d’un visa et d’un pass de travail valides. Il publie des démarches distinctes pour l’octroi, le renouvellement, le changement d’employeur et l’annulation. Les pages consultées ne permettent pas d’affirmer que tout titulaire d’un Long-Term Pass disposerait, par ce seul document, d’une liberté générale d’emploi. Elles établissent au contraire la nécessité de vérifier l’articulation entre séjour et activité autorisée. [5]
La procédure accélérée conserve plusieurs centres de décision
Le portail public BusinessBN décrit un recrutement étranger précédé d’une publicité des emplois auprès de JobCentre Brunei, afin de donner d’abord une possibilité aux candidats locaux. La licence, les éventuelles autorisations sectorielles, le visa, l’examen médical et le pass de travail constituent ensuite des étapes distinctes. Cette architecture explique pourquoi la numérisation d’une demande peut améliorer le traitement sans supprimer les conditions de fond. Elle répartit aussi le pouvoir entre l’employeur, les intermédiaires enregistrés et plusieurs administrations. [4]
La déclaration ministérielle de mars 2026 présente le partage de données entre travail et immigration comme un moyen de repérer l’utilisation irrégulière des licences. Le même système peut donc faciliter un dossier régulier et rendre plus visible un écart entre l’emploi déclaré et l’activité réelle. Il s’agit d’un mécanisme documenté de coordination administrative ; son efficacité contre l’exploitation ne peut cependant être déduite de la seule existence d’une base informatique. [6]
L’assurance Takaful est également présentée par les autorités comme une alternative aux garanties bancaires ou dépôts en espèces exigés des employeurs. Une moindre immobilisation de trésorerie peut faciliter le recrutement. Le bénéfice immédiat décrit concerne toutefois l’entreprise. Aucun élément consulté ne démontre que cette économie est répercutée sur le salaire, les frais supportés par le travailleur ou son pouvoir de négociation. Il faudrait suivre ces flux pour établir un gain partagé. [3]
L’intérêt africain se joue dans les contrats et la circulation des compétences
Les sociétés africaines n’ont pas à être réduites au rôle de réservoir de personnel pour les besoins d’un marché extérieur. Le Cadre de politique migratoire de l’Union africaine pour 2018-2030 relie les migrations de travail à la protection des personnes, aux transferts de compétences et aux objectifs de développement des pays d’origine comme de destination. Ce cadre fournit une grille d’analyse africaine ; il ne constitue pas un accord bilatéral avec Brunei et ne prouve pas que ces objectifs y sont réalisés. [7]
Appliquée à ce dossier, cette lecture invite à distinguer les situations. Un spécialiste qui garde la maîtrise de son contrat et entretient des collaborations professionnelles avec son pays d’origine peut élargir ses possibilités. Une personne dont le séjour dépend d’un employeur unique peut disposer de marges plus étroites. Un investisseur doit apprécier le contrôle de sa société, le financement engagé et les conséquences d’un refus de renouvellement. Ce sont des mécanismes possibles, à vérifier pour chaque statut, et non des trajectoires observées que les sources permettraient déjà de généraliser.
Les autorités africaines concernées pourraient documenter les contrats de recrutement, la reconnaissance des qualifications, les frais d’intermédiation et l’accès à l’assistance consulaire. Ce travail leur donnerait une base pour négocier et informer leurs ressortissants. Le critère stratégique serait alors la capacité de ces derniers à choisir et à conserver les revenus et compétences acquis, plutôt que le seul nombre de départs.
Les résultats pour les ressortissants africains restent à documenter
Les sources réunies ne fournissent pas de bilan du Long-Term Pass ventilé par nationalité africaine, catégorie, sexe, secteur et décision. Elles ne donnent pas davantage une série permettant de comparer les délais réels avant et après la réforme. L’annonce d’une accélération constitue donc une déclaration administrative précise, mais non un audit indépendant de l’expérience de tous les demandeurs.
Trois ensembles documentaires seraient décisifs : les instructions complètes relatives aux conditions et au retrait du pass ; les statistiques anonymisées de demandes, d’accords et de refus ; les résultats des inspections et recours concernant les travailleurs étrangers. Le ministère rappelle l’obligation d’un contrat précisant notamment emploi, rémunération, temps de travail et congés. Cela établit les garanties annoncées, sans mesurer leur respect effectif. Aucune documentation africaine spécifique au bilan de cette réforme à Brunei n’a été identifiée dans le corpus consulté. [6]
L’OIT situe l’accès à la justice et aux mécanismes de plainte parmi les questions discutées dans le Forum de l’ASEAN sur les travailleurs migrants, accueilli par Brunei en 2013. Cette référence montre que la protection des personnes dispose aussi d’un cadre régional de discussion. Elle ne prouve pas que les recours fonctionnent effectivement dans chaque cas, ni qu’ils auraient été renforcés par le Long-Term Pass. [8]
La stabilité du séjour devra être mesurée dans la durée
Un premier scénario serait celui d’une réduction effective des démarches répétitives, accompagnée de décisions prévisibles et d’un meilleur respect des contrats. Le séjour prolongé faciliterait alors l’organisation familiale et professionnelle. Un second scénario verrait la simplification profiter surtout aux employeurs et aux investisseurs déjà capables de répondre aux critères, tandis que les personnes dépendantes d’intermédiaires continueraient de supporter des incertitudes importantes. Les documents disponibles ne permettent pas de départager ces évolutions.
Le point établi est plus circonscrit : Brunei combine une ouverture ciblée du séjour avec le maintien d’un contrôle sur le recrutement et les activités admises. Pour juger la réforme depuis les intérêts des ressortissants africains, il faudra examiner les décisions et les contrats, puis leurs effets sur la mobilité professionnelle, les revenus et l’accès aux recours. La durée inscrite sur un pass n’épuise pas la question de l’autonomie de son titulaire.
Les sources qui délimitent la réforme
Les pages de l’immigration et le portail BusinessBN décrivent les catégories et procédures. Les comptes rendus du Conseil législatif rapportent les déclarations ministérielles ; certains reprennent Borneo Bulletin ou Pelita Brunei et ne sont pas des évaluations indépendantes. Le texte de l’Union africaine apporte un cadre de comparaison, sans renseigner les résultats du dispositif brunéien. Consultation documentaire : 17 octobre 2026.
[4] BusinessBN — Employing Workers, procédures publiques de recrutement.
[5] Département de l’immigration — Bahagian Pas Kerja, conditions et formalités du pass de travail.
La Rédaction

