Une entrepreneuse eswatinienne échange avec une agente dans un centre d’accueil fiscal donnant sur une rue et des collines. Scène fictive.

L’Eswatini confie à son administration fiscale un objectif de 19,48 milliards d’emalangeni de recettes domestiques pour 2026-2027. Cette ambition intervient alors que la révision des rémunérations publiques pèse sur les dépenses. La question porte à la fois sur les ressources mobilisables, le respect des engagements envers les agents et l’efficacité des services financés.

Un objectif de collecte engage l’ensemble des finances publiques

Le 23 septembre 2026, à Ezulwini, le ministre des Finances Neal Rijkenberg a annoncé un objectif de 19,48 milliards d’emalangeni de recettes domestiques confié à l’Eswatini Revenue Service pour l’exercice 2026-2027. Le Times of Eswatini rapporte le lendemain cette annonce faite lors du lancement de la campagne annuelle de déclaration de revenus. Il s’agit d’une cible de collecte, pas d’une somme déjà disponible dans les caisses publiques. [1]

Le ministre relie cet effort au financement des infrastructures et des services. Le raisonnement budgétaire exige cependant une étape supplémentaire : établir les recettes effectivement encaissées, les remboursements dus, les engagements de dépenses et leur calendrier. Un objectif élevé peut soutenir une politique publique ; il ne remplace ni une prévision réaliste de trésorerie ni un contrôle de l’utilisation des fonds.

La masse salariale concentre cette tension. Les rémunérations représentent une obligation régulière pour l’État et un revenu pour les ménages concernés. Elles financent aussi les personnes qui enseignent, soignent ou administrent. Leur gestion ne peut donc être évaluée uniquement comme un volume à réduire : il faut relier le coût, les effectifs, les fonctions et la qualité du service rendu.

Deux calendriers fiscaux et des recettes de nature différente

Dans sa communication du 2 avril 2026, l’ERS présente 15,72 milliards d’emalangeni de recettes domestiques pour 2025-2026. La même publication distingue les recettes de l’Union douanière d’Afrique australe : celles-ci passent, selon l’administration, de 13,07 milliards en 2024-2025 à 10,40 milliards en 2025-2026. Ce contraste explique l’intérêt porté à une assiette nationale plus régulière, sans transformer les flux de la SACU en impôts directement collectés sur les seuls contribuables eswatiniens. [2]

L’ERS indique aussi avoir versé 3,49 milliards d’emalangeni de remboursements sur l’exercice, principalement au titre de la TVA. Sa communication ne précise pas suffisamment le traitement comptable de tous les agrégats pour comparer sans réserve ce bilan à la nouvelle cible de 19,48 milliards. L’article ne calcule donc pas un taux de progression apparent entre des chiffres dont l’identité de périmètre reste à confirmer. [2]

Un autre décalage doit être explicité : la campagne de déclaration concerne l’année d’imposition achevée le 30 juin 2026, comme le rappelle l’ERS dans son émission d’information fiscale. Ce calendrier déclaratif ne se confond pas avec l’exercice budgétaire auquel se rattache l’objectif de recettes. Les échéances de dépôt et de paiement de l’automne organisent les obligations des différentes catégories de contribuables ; elles ne sont pas la date de clôture du budget national. [3]

La révision salariale occupe une place majeure dans le budget

Le budget présenté le 27 février 2026 prévoyait 36,92 milliards d’emalangeni de dépenses et 31,90 milliards de recettes et dons, soit un déficit prévisionnel de 5,02 milliards. Le compte rendu détaillé de l’Eswatini Observer situe la masse salariale publique à 12,44 milliards, près du tiers des dépenses. Il mentionne des crédits destinés aux rappels de rémunération et aux indemnités liés à la révision salariale. Ces montants sont des prévisions budgétaires, non un relevé des paiements effectués à la date de l’article. [4]

Le discours budgétaire, dont des passages sont accessibles dans l’indexation du document parlementaire, affiche l’objectif de ramener la part salariale sous 30 % des dépenses à moyen terme. Un ratio peut toutefois diminuer pour plusieurs raisons : ralentissement des rémunérations, progression d’autres dépenses ou changement de périmètre. Le seul franchissement d’un seuil ne permettrait pas de conclure à une meilleure organisation de la fonction publique. [5]

Il faut également distinguer le coût permanent d’une grille de salaires du versement ponctuel de rappels. Le premier engage les budgets futurs ; le second peut créer une pression de trésorerie concentrée sur quelques mois. Les traiter comme une dépense homogène rendrait plus difficile l’appréciation des économies possibles et du respect des engagements déjà pris envers les agents.

L’impôt se consolide par la précision et la confiance

La campagne de septembre élargit la catégorie des personnes à patrimoine élevé concernées par les déclarations, selon le compte rendu d’Independent News. Elle inclut notamment un seuil de patrimoine de trois millions d’emalangeni, en plus de critères de revenu. Cette évolution porte sur les obligations déclaratives rapportées lors du lancement. Elle ne doit pas être présentée comme la création, à elle seule, d’un nouvel impôt frappant automatiquement chaque patrimoine de ce montant. [6]

Le mécanisme recherché consiste à rapprocher les informations disponibles des revenus effectivement imposables. Sa qualité dépend de la clarté des règles, de la possibilité de corriger une erreur et du traitement cohérent de situations comparables. Une collecte renforcée peut venir d’une meilleure déclaration, d’un contrôle plus efficace, d’une croissance de l’activité ou d’une modification des règles. Sans ventilation, il est impossible d’attribuer toute hausse à une seule cause.

L’information de l’ERS sur la campagne présente les outils électroniques et les possibilités d’assistance offertes aux contribuables. [3] Pour les petites entreprises, l’efficacité se mesure aussi au temps nécessaire pour comprendre une demande, faire rectifier une déclaration et recevoir un remboursement dû. Une administration accessible peut favoriser la conformité ; une procédure difficile peut augmenter les coûts sans améliorer durablement la base fiscale.

Les agents publics participent au débat sur l’efficacité

Le bulletin syndical The Eagle de décembre 2025 expose la position du SNAT sur la révision salariale et les recours. Il rapporte des désaccords sur les classifications de postes, l’information fournie et l’application de l’accord collectif. Il rappelle aussi que la qualité des services publics figure à l’ordre du jour des négociations. Ce texte est une source primaire syndicale : il établit les revendications formulées, sans trancher juridiquement chaque différend. [7]

En avril 2026, l’Eswatini Observer rapporte une mobilisation des organisations de la fonction publique contre la suspension annoncée de la progression dans les échelons, pendant que le gouvernement invoque la mise en œuvre de la révision salariale. Le reportage montre que le débat porte aussi sur l’interprétation et le calendrier des engagements. Il ne suffit pas à établir l’issue définitive de tous les recours à l’automne. [8]

Une analyse centrée sur les acteurs du pays doit prendre au sérieux cette double réalité : l’État financeur fait face à une contrainte de ressources, tandis que les travailleurs demandent l’exécution de droits et d’accords. Les usagers disposent eux aussi d’un intérêt propre, celui de services continus et compétents. L’arbitrage le plus utile distingue les fonctions indispensables, les rémunérations, les postes effectivement occupés et les dépenses administratives qui n’améliorent pas le service.

La question de l’équité ne se limite donc pas aux agents. Elle concerne les personnes qui paient les impôts, les ménages qui dépendent des services et les entreprises qui attendent le règlement d’une facture publique. Faire apparaître ces relations permet de discuter les choix budgétaires sans supposer qu’un groupe porte à lui seul toute la responsabilité des difficultés.

Les données d’exécution restent nécessaires pour juger la trajectoire

Le FMI a publié le 6 octobre 2026 une nouvelle consultation consacrée à l’Eswatini. Le résumé institutionnel accessible décrit une consolidation principalement tournée vers les dépenses, dans un contexte de vulnérabilités accrues de la dette. Il souligne la difficulté de concilier les besoins de développement et la stabilité macroéconomique. Cette appréciation extérieure éclaire la contrainte globale ; les tableaux complets de cette édition n’ont pas été récupérés et ne sont pas utilisés pour produire des chiffres supplémentaires. [9]

Les documents consultés ne donnent pas un rapprochement consolidé entre la cible annoncée en septembre, la collecte nette à la fin de ce mois et les paiements de salaires exécutés. Ils ne permettent pas non plus d’établir le coût final de l’ensemble des recours. Ces lacunes invitent à suivre séparément le budget initial, ses éventuelles révisions et les réalisations. Une annonce de crédits ne prouve pas leur disponibilité immédiate ; une dépense engagée ne signifie pas qu’elle soit déjà réglée.

Le contrôle devra enfin examiner les autres postes de dépense et les ressources abandonnées par exemption. Concentrer toute l’analyse sur la rémunération des agents laisserait sans examen les achats, les transferts, les projets d’investissement et le coût de la dette. C’est l’ensemble de ces choix qui détermine la marge disponible pour financer les services et éviter l’accumulation d’arriérés.

La réussite se mesurera à des ressources et des services durables

Une première trajectoire combinerait une collecte mieux documentée, des remboursements réguliers et une programmation salariale compatible avec la trésorerie. Une deuxième pourrait atteindre un chiffre élevé de recettes brutes tout en laissant augmenter des remboursements ou factures en attente. Une troisième verrait les objectifs manquer leur cible, imposant des arbitrages supplémentaires. Ces hypothèses décrivent des risques et des possibilités ; elles ne constituent pas des prévisions de l’issue de l’exercice.

Les indicateurs utiles sont donc les recettes nettes par impôt, les remboursements, les engagements et paiements de salaires, ainsi que les délais de règlement des fournisseurs. Ils doivent être rapprochés des résultats des services et des besoins en personnel. La mobilisation fiscale gagne une portée durable lorsque les citoyens peuvent constater ce que leur contribution finance et demander des comptes sur les écarts.

L’objectif de 19,48 milliards fixe une ambition de ressources. Sa réussite budgétaire dépendra de la qualité de la collecte et des choix de dépenses ; sa portée politique dépendra de la confiance que l’État pourra construire en respectant ses obligations et en rendant les résultats visibles.

Les pièces d’un équilibre budgétaire encore à vérifier

La Rédaction

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