Signé le 25 février 2025, l’accord redéfinit la commercialisation des diamants de Debswana et prolonge les licences minières. Son actualité, en octobre 2026, tient à sa mise en œuvre et à la capacité du Botswana à transformer une place commerciale accrue en revenus, compétences et activités durables.
Une signature de 2025 dont les effets se jouent aujourd’hui
Le nouvel accord décennal entre le Botswana et De Beers a été formellement signé le 25 février 2025. Le communiqué publié ce jour-là par Anglo American établit cette date ainsi que la prolongation des licences de Debswana. Aucun document consulté ne permet de présenter la signature comme un événement d’octobre 2026. En octobre 2026, l’actualité porte sur la mise en œuvre de cet accord et ses premiers développements. [1]
Cette précision change la question politique. Il ne s’agit plus seulement de savoir ce que les négociateurs ont obtenu, mais de suivre l’exercice des nouveaux droits commerciaux et la réalisation des engagements de développement. Pour la population, une augmentation de la part de diamants accessible à une entreprise publique ne devient une ressource utile qu’à travers des ventes, des marges et un emploi contrôlable des revenus.
La négociation articule des horizons très différents
La signature de février 2025 prolonge des négociations dont les principales orientations avaient été convenues en septembre 2023. Le partenariat repose sur Debswana, coentreprise détenue à parts égales par le gouvernement botswanais et De Beers. Les accords associent un contrat de vente de dix ans, susceptible d’être prolongé de cinq ans, à une extension de vingt-cinq ans des licences minières, de 2029 à 2054. Les deux durées ne doivent pas être confondues. [1]
Pour l’État, le dispositif ouvre une perspective de commercialisation directe accrue. Pour le partenaire industriel, les licences allongent l’horizon d’exploitation et de préparation des investissements. Anglo American présentait d’ailleurs la stabilité ainsi obtenue comme un élément important pour l’avenir de De Beers. Cette position explicite l’intérêt de l’entreprise ; elle n’épuise pas les critères selon lesquels le Botswana doit évaluer l’accord. [1]
Le partage de la production commercialisée, l’actionnariat de la mine et les recettes publiques sont trois objets différents. Une part d’approvisionnement d’ODC ne signifie pas une modification équivalente du capital de Debswana. Elle ne correspond pas non plus à la même proportion du budget de l’État : les coûts, la fiscalité et les dividendes interviennent dans d’autres circuits. Confondre ces niveaux conduirait à annoncer un transfert de richesse impossible à calculer avec les seuls pourcentages de vente.
Trente, quarante puis cinquante pour cent : le calendrier exact
La présentation détaillée de De Beers indique qu’Okavango Diamond Company, l’entreprise publique de commercialisation, dispose de 30 % de la production de Debswana pendant les cinq premières années, puis de 40 % pendant les cinq suivantes. Le seuil de 50 % relève de la prolongation potentielle de cinq ans. Il ne constitue donc pas un partage égal automatiquement acquis pendant la décennie initiale. La même source situe ces séquences en 2025-2030, 2030-2035 puis, en cas de prolongation, 2035-2040. [2]
Le dispositif comprend également le Diamonds for Development Fund. De Beers annonce un engagement initial d’un milliard de pulas, suivi de contributions annuelles liées à ses dividendes de Debswana et à la performance de celle-ci. La distinction entre engagement, paiement et investissement réalisé doit rester visible. Des contributions indexées sur l’activité minière n’ont pas la même prévisibilité qu’une dotation entièrement versée dès l’origine. [2]
L’accord crée ainsi une possibilité d’autonomie commerciale et un instrument destiné à financer la transformation économique. Son intérêt ne peut se mesurer uniquement au passage d’un pourcentage à un autre. Il dépend également de la qualité des pierres allouées, des modalités de prix, des coûts de vente et de la capacité à élargir les débouchés sans accumuler des stocks trop coûteux.
ODC construit des débouchés au-delà des enchères
Le programme de ventes contractuelles publié par ODC prévoyait une phase pilote au dernier trimestre 2025, puis une mise en œuvre élargie au début de 2026. Il fixait des critères portant sur l’historique d’achat et la participation aux enchères. Les contrats de transformation locale exigeaient une activité de polissage déjà exercée au Botswana pendant la période de référence. Cette documentation permet de voir comment l’entreprise organise l’accès à son approvisionnement. [3]
Un entretien de Reuters du 11 février 2026 apporte un élément d’exécution : la dirigeante par intérim d’ODC y indique qu’un pilote a fonctionné en novembre et décembre 2025 avec environ quatorze clients, puis que le nombre de clients contractuels est passé à trente-deux. Elle présente le développement de ce canal comme une réponse à un marché difficile. Ces déclarations attestent une activité commerciale rapportée, sans constituer un audit indépendant de sa rentabilité. [4]
Les propres réponses d’ODC distinguent contrats internationaux, contrats de transformation et contrats destinés aux entreprises détenues par des citoyens botswanais. Pour cette dernière catégorie, la société précise que les acquéreurs peuvent revendre les pierres, faire réaliser leur polissage ou le réaliser eux-mêmes. La participation d’entreprises nationales ne garantit donc pas, par définition, une transformation sur place. C’est un choix de conception du canal commercial, dont les effets industriels devront être mesurés séparément. [5]
La diversification se prépare à partir d’une ressource encore centrale
Le 29 mai 2026, un communiqué conjoint annonce la nomination d’Akinwumi Adesina à la présidence du Diamonds for Development Fund, avec prise de fonction prévue le 15 juin et désignation d’administrateurs indépendants encore en préparation. [6] Le 18 septembre, la partie librement accessible d’un entretien de Mmegi rapporte l’établissement récent d’un secrétariat et de bureaux. Ces étapes matérialisent une organisation ; elles ne fournissent pas le bilan des projets financés. Le corps payant de cet entretien n’a pas été consulté. [10]
Le débat botswanais ne se limite pas aux annonces institutionnelles. Dans Mmegi, le 3 août 2026, Tshepiso Gaetswe interroge le risque qu’une amélioration du secteur diamantaire réduise l’urgence politique de la diversification. Son argument est que des recettes plus favorables devraient donner des moyens à la transformation plutôt que conduire à la différer. Il s’agit d’une analyse signée, dont la valeur réside dans la question posée aux choix publics, pas d’une preuve que tous les programmes auraient été abandonnés. [7]
Cette perspective replace les acteurs botswanais au centre de l’histoire économique du pays. Négocier davantage de pierres à vendre peut renforcer les compétences d’évaluation, de négociation et de connaissance des clients. Mais la souveraineté économique suppose aussi de choisir ce que ces revenus financent : formation, infrastructures, entreprises, services publics ou épargne. Les travailleurs et les citoyens doivent pouvoir apprécier les effets de ces arbitrages, au-delà de la seule présence d’un actionnaire public.
La conjoncture rappelle les limites d’un meilleur contrat
Les résultats du premier semestre 2026 de De Beers montrent que davantage de carats ne garantit pas davantage de chiffre d’affaires. Le groupe déclare une hausse de ses volumes de ventes consolidés de diamants bruts, de 11 à 12,4 millions de carats, mais une baisse du revenu total, d’environ 2 à 1,6 milliard de dollars. Il relie cette évolution à un prix réalisé plus faible et à la composition des ventes. Ces données concernent le groupe ; elles ne doivent pas être présentées comme les comptes d’ODC ou les recettes de l’État botswanais. [8]
La Banque du Botswana donne un autre périmètre : au premier trimestre 2026, les diamants représentent 64,4 % des exportations de biens du pays. Leur valeur exportée recule de 3,1 % sur un an, à 9,4 milliards de pulas. La part reste donc déterminante, même si le constat porte sur un trimestre et ne préjuge pas du bilan annuel. Il illustre l’exposition de l’économie aux prix et à la demande extérieurs. [9]
L’ensemble du contrat signé et de ses annexes commerciales n’a pas été obtenu dans cette vérification. Les pièces disponibles ne permettent pas de reconstituer toutes les clauses d’ajustement, de règlement des différends ou les résultats nets des nouveaux canaux. Un bilan consolidé des fonds effectivement versés et des investissements du fonds de développement reste également à documenter. Ces limites doivent accompagner toute appréciation chiffrée du gain national.
Le partage accru devra produire des capacités durables
Une première trajectoire verrait ODC consolider ses débouchés, améliorer sa connaissance des marchés et investir des revenus dans des activités plus diversifiées. Une deuxième associerait davantage de commercialisation nationale à une transformation industrielle limitée, avec des gains concentrés chez certains négociants. Une troisième serait marquée par la faiblesse prolongée des prix, qui réduirait les ressources disponibles malgré des droits commerciaux renforcés. Ces trajectoires décrivent des possibilités, non des résultats déjà constatés.
Le suivi doit rendre lisibles les volumes reçus, les ventes réalisées, les stocks, les marges et les versements à l’État. Pour la transformation locale, il faut examiner les emplois, les compétences, l’activité des ateliers et les entreprises effectivement contrôlées par des citoyens. Pour le fonds, les critères de sélection, les bénéficiaires et les résultats des projets sont plus instructifs que l’annonce d’une enveloppe seule.
Le Botswana a obtenu un cadre qui élargit sa capacité d’action dans la filière. La portée durable de cette avancée dépendra de l’usage de ce pouvoir commercial, de la qualité du contrôle public et de la conversion d’une ressource minière en activités capables de durer au-delà de ses cycles.
Les sources d’un accord à suivre dans la durée
- 1 — Anglo American, annonce de la signature formelle, 25 février 2025. Date, durée de vente, actionnariat de Debswana et licences jusqu’en 2054.
- 2 — De Beers, présentation du partenariat renforcé avec le Botswana. Calendrier des parts commercialisées et engagements de développement.
- 3 — ODC, présentation du programme de ventes contractuelles. Critères et calendrier annoncés en 2025.
- 4 — Reuters, entretien avec la dirigeante par intérim d’ODC, 11 février 2026. Déclarations sur le pilote et les clients contractuels.
- 5 — ODC, réponses officielles sur les contrats. Distinction entre participation citoyenne, commercialisation internationale et transformation.
- 6 — Gouvernement du Botswana et De Beers, nomination à la présidence du fonds, 29 mai 2026. Étape de constitution de la gouvernance.
- 7 — Tshepiso Gaetswe, Mmegi, analyse du 3 août 2026. Mise en discussion locale du lien entre reprise diamantaire et diversification.
- 8 — De Beers, résultats du premier semestre 2026, 30 juillet 2026. Données de groupe, à distinguer des comptes publics botswanais.
- 9 — Banque du Botswana, rapport de politique monétaire d’août 2026. Exportations de diamants au premier trimestre, section sur la balance des paiements.
- 10 — Mbongeni Mguni, Mmegi, entretien avec Akinwumi Adesina, 18 septembre 2026. Seuls le titre, le chapô et l’introduction accessibles ont été utilisés.
La Rédaction

