Illustration de synthèse : trois professionnels santoméens échangent autour d’un ordinateur dans une salle de formation.

L’accord de mobilité est en vigueur pour São Tomé-et-Príncipe depuis 2022. En 2026, son approfondissement remet en jeu les possibilités de travailler et de se former à l’étranger. Les départs sont documentés ; leur effet sur les compétences nationales exige une mesure plus précise.

Partir pour travailler, se former ou élargir ses choix

À São Tomé-et-Príncipe, l’aspiration à partir traverse une large partie de la société. Dans une enquête Afrobarometer publiée le 12 août 2026, 68 % des adultes interrogés avaient envisagé l’émigration, même légèrement ; cette proportion atteignait 84 % parmi les personnes ayant suivi des études postsecondaires. Parmi les candidats potentiels au départ, 67 % citaient de meilleures possibilités d’emploi. Ces réponses ont été recueillies auprès de 1 200 adultes entre le 24 septembre et le 12 octobre 2024, dans un échantillon national probabiliste stratifié. Elles mesurent des intentions à cette date, pas des départs réalisés en 2026. [1]

L’accord de la Communauté des pays de langue portugaise, ou CPLP, intervient dans cet horizon de choix. L’enjeu est double : rendre les déplacements et l’installation plus accessibles, puis permettre aux compétences acquises ou exercées à l’étranger de contribuer aussi à la vie de l’archipel. Une politique de mobilité se juge à la sécurité des parcours autant qu’aux effets sur les services, les entreprises et les familles.

Un accord de 2021 dont l’application continue d’évoluer

Signé à Luanda le 17 juillet 2021, l’accord est approuvé par le Parlement santoméen le 17 août, puis ratifié par le décret présidentiel n° 10/2021 du 19 août. L’instrument de ratification est déposé le 26 octobre. L’avis officiel portugais qui récapitule ces actes fixe l’entrée en vigueur pour São Tomé-et-Príncipe au 1er janvier 2022. L’automne 2026 ne marque donc pas la naissance du dispositif. [2]

La résolution adoptée à Díli le 19 août 2026 relance les travaux techniques de mise en œuvre. Elle demande de préparer un mécanisme d’approfondissement pour approbation lors d’un prochain Conseil des ministres, encourage la numérisation des démarches et prévoit un suivi des progrès. Son préambule reconnaît des contraintes techniques, normatives et administratives persistantes. Ce mandat préparatoire ne vaut ni nouvelle exemption générale de visas ni preuve qu’un guichet santoméen entièrement numérique fonctionne déjà. [3]

Cette chronologie oblige à distinguer trois niveaux : le traité ratifié, les modalités acceptées entre États et les procédures effectivement accessibles à une personne. Une décision collective peut donner une direction sans supprimer immédiatement les conditions nationales. Pour une famille qui prépare un départ, la différence se traduit par des démarches, des délais et un budget à prévoir.

Le recensement décrit des départs, sans isoler les bénéficiaires CPLP

L’Institut national de statistique santoméen apporte une mesure plus concrète que les intentions. Son rapport du recensement de 2024, publié en juillet 2025, combine les déclarations des ménages avec une enquête complémentaire sur les logements vides. Il identifie 12 239 émigrants dans son dispositif couvrant 2019–2024, dont 11 507 à destination du Portugal. Le tableau comporte toutefois 2 705 personnes dont l’année de départ n’est pas renseignée. La collecte décrit des trajectoires déclarées ; elle n’est pas un registre exhaustif des passages aux frontières. [4]

Dans cet ensemble, la recherche d’emploi représente 42,4 % des motifs déclarés et les études ou la formation 23,8 %. Ces catégories éclairent les attentes des ménages. Elles ne révèlent pas, à elles seules, le diplôme possédé avant le départ, la profession effectivement exercée à l’étranger ou le régime de séjour utilisé. [4]

Un départ peut correspondre à une installation durable ou à une formation suivie d’un retour. Le compter ne suffit donc pas à mesurer une perte définitive de compétences. Les effectifs recensés restent essentiels pour anticiper les besoins ; ils doivent être complétés par des données sur les métiers et les trajectoires.

Des droits de résidence soumis à des règles nationales

L’accord CPLP organise quatre modalités : court séjour, séjour temporaire, visa de résidence et autorisation de résidence. Son application est progressive, avec des engagements variables entre partenaires. Le socle minimal d’exemption concerne les passeports diplomatiques, officiels, spéciaux et de service ; un passeport ordinaire ne crée pas automatiquement un droit d’installation dans chaque État membre. L’article 38 prévoit un consentement exprimé par voie diplomatique pour les modalités acceptées. [5]

Au Portugal, la loi n° 61/2025 du 22 octobre a modifié les articles 75 et 87-A de la législation sur les étrangers : les ressortissants concernés qui détiennent un visa de résidence peuvent demander l’autorisation de résidence CPLP auprès de l’AIMA. Ces modifications s’appliquent aux procédures nouvelles après l’entrée en vigueur, le 23 octobre 2025. L’appartenance à la communauté lusophone ne dispense donc pas de vérifier le fondement juridique de sa demande. [6]

L’article 25 du traité prévoit des droits économiques et sociaux dans l’État d’accueil, notamment l’accès au marché du travail. L’article 27 laisse toutefois la reconnaissance des études, l’exercice des professions réglementées et la coordination de la sécurité sociale à des instruments spécifiques ou au droit national. Le droit de résider au Portugal n’accorde ainsi ni reconnaissance automatique d’un diplôme ni droit général de travailler dans les autres pays européens. [5]

L’archipel dispose aussi d’une capacité d’initiative

La coopération ne se résume pas à une décision prise dans le pays de destination. La CPLP indique que deux forums ont été créés pendant la présidence santoméenne de 2023–2025 : celui des institutions d’appui aux micro, petites et moyennes entreprises, et celui des agences de promotion du commerce et de l’investissement. En juillet 2025, le Conseil des ministres encourage les autorités nationales à faciliter la circulation des entrepreneurs. Ces instruments et orientations doivent être évalués sur leurs résultats. [7]

Une contribution professionnelle précise montre aussi ce que la formation extérieure peut construire. Dans son rapport de master de septembre 2024, Eudita Marques Coelho décrit trois mois de stage, soit 364 heures, en échographie cardiaque au sein de l’hôpital pédiatrique de Coimbra. Elle présente les compétences acquises comme un moyen de renforcer le diagnostic des enfants à São Tomé-et-Príncipe et de réduire le besoin d’évacuations. Il s’agit de son appréciation argumentée ; le rapport ne mesure pas une baisse nationale des évacuations. [8]

Ce travail donne une place au savoir élaboré par une professionnelle liée aux besoins du pays. Il invite à poser une question opérationnelle : quelles conditions permettent d’utiliser une compétence après la formation ? Un poste, du matériel entretenu, des consommables, une équipe et des possibilités de perfectionnement peuvent rendre le retour professionnel viable. L’appel au patriotisme, isolé de ces conditions, ne constitue pas une politique de ressources humaines.

Les pénuries sectorielles exigent une enquête plus fine

L’évaluation préliminaire du PNUD, datée de septembre 2023 et publiée en janvier 2024, formule explicitement une limite : les informations sur les compétences et l’expérience des émigrants manquent pour apprécier les effets socioéconomiques. Les conséquences possibles pour les enseignants, les infirmiers ou les métiers techniques sont présentées comme des risques. Le document demande une recherche démographique plus approfondie sur la fuite des cerveaux ; il ne fournit pas une mesure causale de l’effet CPLP. [9]

La fragilité de certains services est néanmoins observable. Le 18 juin 2026, l’UNFPA rapporte qu’à Príncipe l’échographie obstétricale dépendait d’une seule médecin. Une autre médecin a reçu une formation intensive de dix jours pour assurer la continuité en cas d’absence. Cette action du ministère de la Santé et de l’UNFPA illustre à la fois une faible redondance des compétences et une réponse locale. La source n’attribue pas cette situation à l’émigration. [10]

Pour établir un lien, il faudrait suivre les effectifs par profession et territoire, les postes vacants, les recrutements, les sorties, les formations achevées et les retours. Il faudrait aussi distinguer les causes : départ à l’étranger, retraite, changement de métier ou impossibilité de financer un poste. Une hausse de l’émigration et une pénurie médicale peuvent coexister sans que la première explique intégralement la seconde.

Aucun bilan national suffisamment détaillé des visas ou autorisations CPLP utilisés par les professionnels santoméens n’a été obtenu pour cet article. Aucun acte nouveau consulté ne permet non plus d’annoncer un dispositif national intégralement opérationnel à l’automne. Ces lacunes documentaires empêchent une conclusion générale sur les résultats du traité ; elles ne prouvent pas l’absence de démarches administratives ou de mobilités effectives.

Transformer les échanges en capacités durables

La coopération universitaire offre une piste concrète. Le 25 août 2026, la CPLP indique que le projet Frátria poursuit la préparation d’une licence en santé publique dotée d’un socle commun, avec un objectif de lancement en 2026–2027. São Tomé-et-Príncipe participe à son articulation, tandis que les travaux concernent le programme, la coordination et l’accréditation. L’annonce décrit un projet en préparation ; elle ne prouve pas que des étudiants ont déjà été admis ni que cette formation relève du titre de séjour CPLP. [11]

Si ces échanges s’accompagnent de places financées, de stages utiles et de perspectives professionnelles dans l’archipel, ils pourront accroître les compétences disponibles. Si les débouchés locaux restent insuffisants, les diplômés pourront choisir une installation plus longue à l’étranger. Ces scénarios dépendent de décisions budgétaires, universitaires et professionnelles, autant que de la facilité à franchir une frontière.

Une évaluation utile devrait mesurer ensemble les gains individuels et les effets collectifs : stabilité du séjour, emploi correspondant aux qualifications, liens professionnels avec le pays, capacités nouvelles des services et retours volontaires. Publier ces résultats par secteur permettrait de corriger les dispositifs sans faire porter aux migrants la responsabilité de toutes les insuffisances institutionnelles. Les partenaires doivent organiser les conditions qui permettent aux personnes de construire, de circuler et de transmettre.

Textes, données et travaux qui délimitent le constat

Dossier arrêté au 12 octobre 2026. Le traité et les actes nationaux établissent le cadre juridique ; les résolutions attestent des décisions et des projets. L’enquête du réseau africain Afrobarometer et le recensement santoméen emploient des méthodes différentes, précisées dans le texte. Le travail de Coelho apporte une analyse professionnelle située. Les pénuries, intentions et départs ne sont jamais utilisés comme preuves interchangeables d’une fuite des cerveaux causée par l’accord.

[1] Afrobarometer, enquête AD1220, publication du 12 août 2026 ; terrain santoméen de septembre–octobre 2024, p. 2 et 8–10

[2] Journal officiel portugais, avis n° 11/2022 du 7 mars 2022, ratification santoméenne et entrée en vigueur, p. 14

[3] CPLP, résolution sur la mise en œuvre de l’accord de mobilité, Díli, 19 août 2026

[4] INE de São Tomé-et-Príncipe, résultats du cinquième recensement de 2024, juillet 2025, migration internationale, p. 55–62

[5] Accord de mobilité CPLP du 17 juillet 2021, texte intégral publié le 9 décembre 2021 ; articles 1, 4, 6, 25, 27 et 38

[6] Portugal, loi n° 61/2025 du 22 octobre, articles 2, 8 et 9 ; règles applicables aux procédures nouvelles

[7] CPLP, coopération économique et entrepreneuriale, 21 juillet 2025 ; forums créés pendant la présidence santoméenne

[8] Eudita Marques Coelho, rapport de stage de master en échographie cardiaque, Politécnico de Coimbra, septembre 2024, p. 7 et 55–57

[9] PNUD, évaluation préliminaire de l’impact de la migration à São Tomé-et-Príncipe, septembre 2023, publication janvier 2024, section 6

[10] UNFPA, formation en échographie obstétricale à São Tomé-et-Príncipe, 18 juin 2026

[11] CPLP, préparation d’une licence en santé publique avec un socle commun, projet Frátria, 25 août 2026

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