Port-Soudan fut la base de repli du pouvoir pendant la guerre ; des activités officielles à Khartoum sont toutefois attestées en 2026. Le « verrouillage » désigne ici une concentration documentée des pouvoirs de nomination et de contrôle, renforcée par les amendements de février 2025. Au 10 octobre 2026, la présence d’un Premier ministre civil ne suffit pas à établir une transition placée sous autorité démocratique.
Khartoum réapparaît, la question du pouvoir demeure
Le 8 juillet 2026, Abdel Fattah al-Burhan reçoit à Khartoum le représentant spécial de l’Union africaine, Mohamed Belaiche. Le ministre des Affaires étrangères participe à cette rencontre consacrée notamment à la médiation et à la réouverture du bureau de liaison de l’UA. Le communiqué africain, publié le lendemain, établit une activité politique dans la capitale. Il oblige à corriger une lecture qui maintiendrait toutes les institutions soudanaises à Port-Soudan jusqu’en octobre. [1]
La question institutionnelle demeure : qui contrôle l’exécutif, choisit les dirigeants et peut les révoquer ? L’enquête porte sur ces pouvoirs et sur la place laissée aux forces civiles indépendantes. Le titre emploie « verrouille » comme une interprétation politique à démontrer par les mécanismes de décision.
Le cadre de 2025 pèse sur les choix de 2026
La pièce juridique déterminante est l’amendement de la déclaration constitutionnelle de transition de 2019, adopté en février 2025. La certification finale du scan ministériel porte le 19 février. Le texte prévoit son application à compter de la signature et remanie la durée de la transition, la composition du Conseil de souveraineté ainsi que plusieurs compétences institutionnelles. Aucun nouvel amendement général de septembre ou d’octobre 2026 n’est établi par les pièces consultées. [2]
En mai 2025, Kamil al-Tayeb Idris est nommé Premier ministre. Le 20 mai, le président de la Commission de l’Union africaine accueille cette nomination comme une étape pouvant contribuer à une gouvernance inclusive. Son communiqué continue cependant d’appeler au rétablissement de l’ordre constitutionnel et à une transition dirigée par les civils. L’ouverture diplomatique est réelle ; elle demeure associée à un objectif politique encore à atteindre. [3]
Les nominations et la loi convergent vers le même centre
Le texte amendé attribue la présidence du Conseil au commandant de l’armée. Il fixe un Conseil de onze membres, dont six nommés par les forces armées et trois proposés par les parties signataires de l’accord de Juba. Cette disposition ne décrit pas onze militaires. Elle organise néanmoins une prépondérance militaire dans le dispositif de désignation. [2]
Trois règles éclairent particulièrement la répartition des compétences.
| Domaine | Disposition vérifiée | Enjeu du contrôle civil |
|---|---|---|
| Législation | Les conseils de souveraineté et des ministres exercent conjointement les fonctions législatives et de contrôle en attendant la constitution du législatif. | L’exécutif participe à la production des règles censées encadrer son action. |
| Gouvernement | Le Conseil nomme et révoque le Premier ministre sur recommandation de l’autorité législative transitoire. | La recommandation doit être lue avec la composition effective de cette autorité. |
| Justice | Des nominations judiciaires majeures relèvent du Conseil, avec des dispositions transitoires jusqu’à la constitution du Conseil supérieur de la magistrature. | L’indépendance requiert des garanties au-delà du seul acte de nomination. |
Ces règles figurent aux articles 10 à 12 dans leur rédaction amendée. Le calendrier est lui aussi conditionnel : l’article 7 prévoit une prolongation ne dépassant pas trente-neuf mois à partir de la publication, sauf consensus national ou tenue d’élections. Il n’annonce pas un scrutin acquis à une date précise. [2]
La présence de ministres civils ne démontre pas leur contrôle sur la chaîne de commandement militaire. Lorsque l’exécutif participe lui-même à l’autorité censée le contrôler, l’autonomie du contre-pouvoir devient le critère décisif.
La promesse de transition se mesure aux recours possibles
Dans son rapport d’octobre 2025 consacré aux voies de justice, la mission onusienne relie la concentration institutionnelle aux difficultés de responsabilité pénale. Elle souligne notamment les pouvoirs du Conseil sur les nominations judiciaires et la disparition de la disposition imposant une enquête spécifique sur la dispersion du sit-in du 3 juin 2019. Cette commission n’avait pas publié ses conclusions et son activité avait déjà été entravée avant les amendements. [4]
Le remplacement du mécanisme dédié ne supprime pas toute référence à la justice : le texte conserve une obligation générale de mettre fin à la guerre et de poursuivre les auteurs de crimes. La différence est celle qui sépare un engagement général d’une procédure identifiée, avec un objet précis et des responsables auxquels demander des comptes. [2][4]
Le rapport mentionne aussi la reprise des activités de la Cour constitutionnelle, sans en préciser la date. Il serait donc faux d’affirmer qu’aucune juridiction ne fonctionne. La question est celle de l’accès effectif aux recours et de la capacité à enquêter sur des acteurs puissants. Pour qu’une échéance de transition soit contraignante, une autorité autonome doit pouvoir en constater la violation et imposer une conséquence. [4]
Les voix soudanaises disputent la définition de la souveraineté
Le Sudan Conflict Monitor du 7 mars 2025, produit par Ayin, Human Rights Hub et Sudan Transparency and Policy Tracker, décrit la division de Taqaddum sur un gouvernement associé aux Forces de soutien rapide, ou RSF. Il documente l’émergence de Somoud, refusant de légitimer les deux camps militaires, et analyse le renforcement de Burhan. Ce travail soudanais restitue l’autonomie des propositions civiles. [7]
Cette autonomie se retrouve dans les positions de septembre 2026. Selon Dabanga, une lettre de Somoud adressée le 21 septembre aux responsables de l’ONU demande une trêve humanitaire, la responsabilité des auteurs de violations et l’extension de l’embargo sur les armes à tout le Soudan. La délégation conduite par l’ancien Premier ministre Abdalla Hamdok réclame une transition démocratique civile et refuse de reconnaître la légitimité d’autorités issues de coups de force. [8]
Somoud n’exprime pas, pour autant, un consensus national démontré. Son projet de processus inclusif exclut explicitement l’ancien Parti du Congrès national, le Mouvement islamique et leurs structures associées. Cette limite fait partie de sa proposition. L’omettre transformerait une position politique précise en une formule consensuelle plus large que celle réellement défendue. [8]
L’Union africaine adopte une autre position institutionnelle. En février 2026, son Assemblée rejette le gouvernement parallèle de l’alliance Tasis, conduite par les RSF, et appelle à préserver l’unité du Soudan. La même décision réclame un cessez-le-feu et un dialogue soudanais inclusif. Défendre les institutions de l’État ne constitue donc pas une approbation sans réserve de l’organisation du pouvoir autour de Burhan. [5]
Le communiqué adopté par les ministres de l’IGAD le 15 septembre accueille le retour du Soudan à sa pleine participation, intervenu le 9 février, ainsi qu’une mission à Khartoum le 30 juillet. Il demande aussi l’arrêt des hostilités, la protection des civils et un processus politique conduit par les Soudanais. Ces actes attestent une reprise des échanges régionaux ; leurs objectifs ne peuvent être comptés comme des résultats déjà obtenus. [6]
Les pièces établissent une concentration, pas un avenir écrit
Un texte publié identifie les pouvoirs revendiqués par les autorités ; il ne démontre pas l’adhésion populaire. Le scan de 2025 présente aussi une date de couverture antérieure à la certification finale : on ne peut en tirer un jour de scrutin assuré. La rencontre à Khartoum ne prouve pas davantage le transfert de chaque administration. [1][2]
Le texte original intégral de la lettre de Somoud n’a pas été obtenu ; ses demandes sont attribuées au compte rendu de Dabanga. Le Sudan Conflict Monitor éclaire les débats civils ; le scan ministériel prévaut pour la formulation des articles constitutionnels. Cette distinction évite de transformer une critique politique en disposition de droit. [7][8]
Enfin, prendre la parole peut exposer à des risques. Dans son rapport du 1er septembre 2026, la mission onusienne rapporte la crainte de surveillance, d’arrestations et de représailles visant notamment juristes, journalistes et défenseurs des droits, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, de la part des deux camps. Les difficultés de communication entravent aussi la documentation. La participation civile doit donc être évaluée avec les conditions concrètes permettant de parler, de s’organiser et de contester. [9]
Une ouverture vérifiable demanderait un transfert de capacité
Un premier scénario serait une normalisation administrative sans redistribution des compétences : davantage de services et de rencontres diplomatiques, avec maintien des principaux moyens de nomination. Les mécanismes décrits le rendent possible, sans en faire une issue certaine.
Un deuxième scénario ouvrirait un contrôle civil vérifiable : autorité législative autonome, garanties judiciaires opposables, calendrier public et libre désignation des représentants civils. Une consultation sans maîtrise de la représentation ou de l’ordre du jour ne suffirait pas.
Un troisième scénario serait la consolidation de pouvoirs rivaux et la fragmentation des institutions. Le rejet de Tasis par l’UA vise précisément ce risque, sans garantir que la fragmentation soit empêchée. La médiation africaine aurait à tenir ensemble l’unité territoriale, la protection immédiate et la fin de la domination militaire sur la vie politique. [5]
Pour les Soudanaises et les Soudanais, l’épreuve de la souveraineté est concrète : demander des comptes, choisir leurs représentants et organiser des services sans dépendre d’une allégeance armée. C’est sur ces capacités vérifiables, et sur leurs bénéficiaires, que les prochains actes devront être jugés.
Références documentaires et portée des preuves
[1] Union africaine, rencontre entre Abdel Fattah al-Burhan et Mohamed Belaiche à Khartoum, 9 juillet 2026, réunion du 8 juillet ; preuve d’activité institutionnelle localisée.
[2] Ministère soudanais de la Justice, amendement constitutionnel de 2025, scan conservé par l’OIT, certification finale du 19 février 2025 ; articles 7 et 10 à 12. Document également répertorié sur le site du ministère. La date de couverture ne se confond pas avec la certification.
[3] Commission de l’Union africaine, déclaration sur la nomination de Kamil al-Tayeb Idris, 20 mai 2025 ; appréciation institutionnelle conditionnelle.
[4] Mission internationale indépendante, Paths to justice: accountability for atrocities in the Sudan, A/HRC/60/CRP.7, 24 octobre 2025, paragraphes 23–26.
[5] Assemblée de l’Union africaine, décision Assembly/AU/Dec.978(XXXIX), 14–15 février 2026, paragraphes 11–15, page interne 5 ; position sur Tasis, l’unité et le dialogue politique.
[6] IGAD, communiqué de la 74e session extraordinaire du Conseil des ministres, adopté le 15 septembre et publié le 16 septembre 2026, préambule et point 9.
[7] Ayin, Human Rights Hub et Sudan Transparency and Policy Tracker, Sudan Conflict Monitor, no 18, 7 mars 2025, pages 5–8 ; analyse soudanaise.
[8] Radio Dabanga, demandes de Somoud au Conseil de sécurité pour une trêve immédiate, 22 septembre 2026, lettre du 21 septembre ; original intégral non obtenu.
[9] Mission internationale indépendante, rapport A/HRC/63/23, 1er septembre 2026, paragraphe 4 ; risques pesant sur la documentation et les acteurs civils.

