Une rencontre exploratoire, pas encore un dispositif déployé

La rencontre du 24 septembre 2026 entre le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, et le commandant du Service national, le général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, ouvre une piste de coopération en matière de formation et de réinsertion. Elle ne permet pas encore de conclure à la création d’un nouveau régime pénitentiaire. Les communications consultées décrivent des études préalables, une future réunion technique et la préparation d’une feuille de route.

La « prison-école » est donc, à ce stade, une orientation annoncée dont les modalités restent à établir. Cette distinction est essentielle : une intention de former des personnes condamnées n’est ni un programme opérationnel évalué ni une preuve d’amélioration de leurs conditions de vie.

L’enjeu mérite pourtant un examen approfondi. Préparer une personne détenue à retrouver une activité, un revenu et une place dans la société pose une question de capacité collective. Mais cette ambition ne peut être appréciée uniquement au nombre de personnes mobilisées ou au volume de biens produits.

La réinsertion possède déjà une histoire africaine

Le débat ne commence pas avec cette rencontre ministérielle. La Déclaration de Ouagadougou de 2002, consacrée à l’accélération de la réforme pénale et pénitentiaire en Afrique, associait déjà la réduction de l’incarcération, l’amélioration des conditions de détention, la formation et la préparation à la sortie. Elle insistait également sur la responsabilité persistante des États à l’égard de la dignité et de la santé des personnes emprisonnées.

Ce précédent africain déplace le cadre de l’analyse. La formation en prison ne doit pas être présentée comme une innovation importée ou comme une simple technique de discipline. Elle appartient à une réflexion plus large sur la justice, les alternatives à l’emprisonnement et la place de la personne dans la communauté.

En RDC, les besoins fondamentaux restent un contexte incontournable. En avril 2024, Reuters rapportait, sur la base d’informations onusiennes, plus d’une centaine de décès dans les prisons depuis le début de cette année, dans un environnement de surpopulation et de difficultés d’alimentation et de soins. Ce constat historique ne constitue pas un bilan actualisé de 2026, mais rappelle ce qu’un programme de formation ne saurait remplacer.

Une école suppose des moyens pédagogiques. Une politique pénitentiaire suppose aussi que les personnes puissent vivre, se soigner et exercer leurs droits.

Ce que les autorités proposent effectivement d’examiner

Les échanges de septembre portent sur plusieurs domaines : formation professionnelle, activités productives, préparation à la réinsertion et éventuel approvisionnement alimentaire des établissements pénitentiaires. L’expérience de Kanyama-Kasese est présentée comme une référence par les responsables. Le ministre a également demandé une évaluation du parcours d’anciens détenus de Makala déjà intégrés au Service national.

La portée de cette dernière demande est importante. Réclamer une évaluation signifie que les résultats utiles à une généralisation doivent encore être établis. Le fait qu’une personne participe à une activité agricole ou à un chantier ne démontre pas, à lui seul, l’acquisition d’une qualification reconnue, la stabilité d’un emploi après la sortie ou la diminution du risque de récidive.

Les communications font aussi état d’un examen juridique préalable. Les catégories de personnes concernées, les autorités compétentes, les conditions de participation et les garanties doivent être précisées. Le ministère affirme ne pas vouloir transférer au Service national les compétences de l’autorité judiciaire ni créer administrativement un nouveau régime d’exécution des peines. Cette affirmation constitue un engagement public à contrôler, non la démonstration que toutes les garanties sont déjà réunies.

Le titre de « partenariat » doit donc être compris comme une coopération envisagée, et non comme la preuve d’une convention définitive obtenue et analysée.

Former une personne ne consiste pas seulement à la faire produire

Le premier mécanisme à examiner est pédagogique. Une formation devrait permettre d’identifier un métier, des compétences progressives, un encadrement qualifié, une durée d’apprentissage et une validation utilisable au-delà de l’institution. Sans ces éléments, l’activité peut être productive sans être réellement formatrice.

Le deuxième mécanisme est économique. Qui fournit les équipements ? Qui finance les formateurs ? Qui achète les produits ? Comment les revenus éventuels sont-ils répartis ? Quelle part bénéficie directement à la personne et à sa préparation à la sortie ? Ces questions permettent de distinguer une dépense publique de réinsertion d’une organisation utilisant principalement une main-d’œuvre disponible.

Les Règles Nelson Mandela prévoient une rémunération équitable du travail des personnes détenues. Elles distinguent également la situation des personnes non jugées : un travail peut leur être proposé, mais ne doit pas leur être imposé. Ces standards internationaux ne dispensent pas d’examiner le droit congolais applicable et les conditions concrètes du programme envisagé.

Le troisième mécanisme concerne la sortie. Une compétence acquise dans un établissement fermé n’ouvre pas automatiquement un emploi. Il faudrait vérifier les liens avec les entreprises, l’accès aux documents administratifs, la reconnaissance des qualifications et l’accompagnement social. Le succès ne peut donc être mesuré uniquement pendant la période d’encadrement.

Le détenu doit rester le sujet de la réinsertion

L’agence congolaise comporte ici plusieurs niveaux. L’État peut développer une capacité nationale de formation ; le Service national peut mobiliser des équipements et des savoir-faire ; des établissements peuvent améliorer leur approvisionnement. Mais la personne condamnée ne doit pas disparaître derrière ces objectifs institutionnels.

Le critère central serait l’augmentation de sa capacité à choisir une activité légale et à vivre de son travail après la sortie. Une réinsertion réussie ne se réduit pas à son utilité immédiate pour une administration. Elle suppose que les compétences et les ressources acquises puissent être conservées et utilisées hors du programme.

La Déclaration de Ouagadougou reliait précisément les activités productives à la réhabilitation et appelait à une gestion transparente. Elle associait aussi la réforme des prisons à des interventions en amont : traitement de la détention provisoire, assistance juridique et alternatives à l’emprisonnement.

Cette perspective invite à ne pas traiter toutes les personnes détenues comme un groupe homogène. Une personne en attente de jugement, une personne condamnée et une personne présentant des besoins de santé particuliers ne se trouvent pas dans la même situation. Les garanties, les aptitudes et les possibilités de participation doivent être examinées individuellement.

Les effets sur les familles et sur l’économie locale comptent également. Un revenu effectivement accessible peut préparer une autonomie ; une activité sans qualification transférable ni ressources personnelles peut laisser intacte la dépendance au dispositif.

Une convention, un budget et un bilan restent à obtenir

La pièce centrale manquante est un instrument définissant précisément la coopération. Il devrait permettre de connaître les responsabilités des institutions, les établissements concernés, les critères d’éligibilité et les modalités de contrôle judiciaire. Aucun document de cette nature n’a été obtenu pour cette enquête.

Le budget constitue une autre absence décisive. Sans ventilation entre formation, alimentation, hébergement, équipement, santé et accompagnement, il est impossible de mesurer l’effort consacré à la réinsertion elle-même. Un chiffre global de production ne remplacerait pas cette information.

L’évaluation des anciens détenus intégrés au Service national devrait préciser combien de personnes ont été suivies, pendant quelle durée et selon quels critères. Les réussites individuelles, même authentiques, ne suffisent pas à établir un résultat collectif sans connaître les sorties du programme, les abandons et les situations non résolues.

Enfin, l’éventuel approvisionnement des prisons exige son propre contrôle : qualité des denrées, prix, transport, réception et traçabilité. La coopération alimentaire et le régime de participation des personnes condamnées sont deux objets distincts. Une amélioration sur l’un ne prouverait pas automatiquement la conformité de l’autre.

Les résultats devront être observés après la sortie

Un premier scénario serait un programme limité, juridiquement encadré et doté d’objectifs pédagogiques vérifiables. Son évaluation porterait sur les qualifications obtenues, les conditions de participation et les trajectoires après la libération. Une telle expérimentation permettrait de corriger les difficultés avant une éventuelle extension.

Un deuxième scénario serait une coopération centrée principalement sur l’approvisionnement des prisons, sans modification importante des parcours de formation. Elle pourrait avoir un intérêt alimentaire, mais il faudrait alors la décrire comme telle, sans lui attribuer des effets de réinsertion non mesurés.

Un troisième risque serait que les objectifs de production prennent le pas sur les objectifs éducatifs. Il s’agit d’un risque de conception à prévenir, non d’un fait établi concernant le dispositif annoncé. Les moyens de le détecter seraient concrets : absence de certification, défaut de transparence des revenus ou impossibilité d’un contrôle extérieur.

La conclusion provisoire est ainsi précise : la coopération envisagée ouvre une possibilité de formation et d’appui pénitentiaire ; sa valeur pour les personnes concernées dépendra des droits garantis, des compétences réellement acquises et des perspectives après la détention. Le mot « école » ne dispense d’aucune de ces vérifications.

Des annonces nationales confrontées aux standards de protection

Les comptes rendus de Kinpress et d’Ouragan permettent de reconstituer l’objet de la rencontre et les travaux annoncés. Leur proximité avec la communication institutionnelle ne constitue pas une évaluation indépendante des résultats du Service national.

La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples fournit, avec la Déclaration de Ouagadougou, un cadre africain de réforme. Les Règles Nelson Mandela apportent les standards internationaux relatifs au traitement des personnes détenues. Leur application au partenariat projeté exige encore l’examen des instruments congolais pertinents.

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