Au Burkina Faso, le Conseil des ministres du 10 septembre 2026 a autorisé le financement d’une initiative énergétique évaluée à 104,175 milliards de FCFA. Le texte officiel vise la remise à niveau du transport, l’extension de la distribution et l’accès aux services électriques pour plus de 250 000 ménages. Les contrats, la part de chaque financeur et le calendrier des raccordements restent à établir.
Une enveloppe annoncée, des foyers encore à raccorder
Dans une localité où la ligne passe sans atteindre les maisons, la puissance produite au loin ne suffit pas. Il faut prolonger le réseau, installer les transformateurs, poser les branchements et rendre la facture supportable. Le gouvernement burkinabè a annoncé, le 10 septembre à Bobo-Dioulasso, une initiative de 104,175 milliards de francs CFA visant « plus de 250 000 ménages », des entreprises, des écoles et des formations sanitaires. Le compte rendu du Conseil prouve la décision d’autorisation et le coût programmé, pas le décaissement ni la livraison [1].
Le budget couvre aussi le transport et la distribution. Diviser 104,175 milliards par 250 000 donnerait environ 416 700 FCFA par ménage, mais ce quotient ne représente pas le coût d’un branchement : les infrastructures et bénéficiaires sont divers, et la cible dépasse 250 000 foyers. Le chiffre décrit l’échelle du projet, pas son prix unitaire ni son résultat.
De la stratégie rurale à la décision du 10 septembre
La Stratégie nationale d’électrification rurale 2024-2028 vise 50 % d’électrification rurale en 2028. Lors d’une revue le 18 août 2026, le ministère de l’Énergie a demandé de consolider les données et d’évaluer l’exécution [2]. Le Pacte national de l’énergie 2026-2030 précise les objectifs nationaux, la production, les réseaux, les solutions hors réseau et la viabilité du service public [3].
En mars 2026, le gouvernement a créé l’Agence Faso Vêenem par fusion des agences chargées des énergies renouvelables et de l’électrification rurale. Le nouvel établissement public intervient aussi dans l’efficacité énergétique [4]. En septembre, le gouvernement l’associe à la Société nationale d’électricité du Burkina (SONABEL). Le partage concret des responsabilités et des marchés n’est pas précisé.
Le ministère indique que le projet périurbain de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, exécuté de mai 2017 à décembre 2025, a coûté environ 31,421 milliards de FCFA et comptabilisé 70 215 branchements [5]. Son périmètre diffère du nouveau programme, mais ce bilan illustre le type de preuve qui devra accompagner les annonces de 2026.
Ce que le texte officiel engage réellement
Le Compte rendu du Conseil des ministres n° 026 du 10 septembre 2026, au point I.8, pages 10-11 du PDF, acte une demande d’autorisation pour le financement de l’« initiative sectorielle d’accroissement de la souveraineté énergétique ». Il annonce le renouvellement du transport, l’extension de la distribution, des solutions pour les écoles et les centres de santé, l’accès pour plus de 250 000 ménages et des entreprises, ainsi que des emplois issus des usages productifs [1]. Ces finalités ne sont pas des résultats déjà constatés.
Le texte fixe 104,175 milliards de FCFA comme coût global et prévoit un financement par l’État et ses « partenaires », sans noms, quotes-parts, échéancier ni liste de chantiers [1]. L’autorisation de mise en œuvre ne prouve pas que cette somme a été levée ou dépensée. Dans la synthèse de la présidence, le ministre Yacouba Zabré Gouba associe l’opération à un taux d’électrification de 70 % en 2030 et à une moindre dépendance énergétique [6]. Ce sont des objectifs.
Le transport rénové peut résoudre un goulet d’étranglement ; la distribution prolongée peut atteindre de nouveaux usagers. Le Conseil ne ventile pas le budget entre ces fonctions. Pour mesurer la « souveraineté énergétique » annoncée, il faudra identifier les actifs, leur exploitant, leur entretien et l’électricité réellement disponible.
Un réseau plus vaste exige aussi une énergie disponible
Les chiffres du ministère montrent l’ampleur du problème que le programme cherche à traiter. Dans son bulletin du second semestre 2025, la production électrique nationale est de 724,55 GWh tandis que les importations atteignent 808,15 GWh, soit 52,73 % de l’énergie disponible sur ce semestre. Les données de fourniture sont détaillées : 618,32 GWh viennent du Ghana, 185,59 GWh de Côte d’Ivoire et 4,25 GWh du Togo. Les importations proviennent donc de voisins ouest-africains et leur poids mesure une dépendance en approvisionnement, sans permettre de qualifier cette coopération régionale de perte automatique de souveraineté. Le même bulletin relève 49 906 nouveaux abonnés durant le second semestre 2025, contre 45 230 sur la période correspondante de 2024 [7]. Il ne faut pas confondre ce flux d’abonnements observé avec les 250 000 ménages visés par une initiative future.
Le pacte national publié en juin 2026 rapporte pour 2024 un taux d’électrification de 34,20 % au niveau national, de 87,83 % en milieu urbain et de 10,21 % en milieu rural. Ces trois valeurs ne décrivent pas une couverture uniforme : la moyenne masque un fossé territorial [3, tableau 4, p. 19]. Le pacte reconnaît aussi la vétusté d’une partie du parc et prévoit une réduction des pertes du réseau. Il chiffre les pertes globales de la SONABEL à 15,06 % en 2024, avec une cible de 12 % à l’horizon 2026-2027 [3, annexe 1, p. 35]. Étendre les lignes sans surveiller pertes, interruptions et capacité de fourniture ferait progresser le nombre théorique de raccordements plus vite que la qualité réelle du service.
Le précédent périurbain couvre plus de huit ans et deux agglomérations [5]. La nouvelle opération vise aussi des zones rurales et le transport : ses contraintes diffèrent. Son suivi devra distinguer kilomètres de lignes, postes, ménages alimentés, coupures, factures et paiements effectués.
Qui décide, qui paie et qui bénéficie de l’électricité ?
L’agence rurale issue de la fusion et la SONABEL sont des institutions burkinabè. Leur montée en capacité peut donner au pays davantage de moyens pour planifier, exploiter et entretenir ses infrastructures. Mais la propriété publique annoncée des opérateurs ne renseigne pas encore sur la composition des financements, l’origine des matériels, le contenu des marchés ou le transfert de compétences. Le pacte national prévoit d’ailleurs, pour l’ensemble de sa stratégie énergétique 2026-2030, le recours à des capitaux privés, à des partenaires et à des partenariats public-privé [3, pp. 1, 7-8]. Cette orientation générale n’identifie aucun partenaire de l’enveloppe de septembre et ne prouve pas qu’un contrat privé a été signé pour ce programme particulier.
Les bénéfices varient selon les territoires : production des usines, chaîne du froid des centres de santé, équipements des ateliers. Ils supposent un courant régulier et abordable. Le pacte reconnaît que les faibles revenus ruraux freinent l’abonnement et mentionne des subventions de raccordement et des paiements échelonnés [3, p. 29].
La dimension régionale réclame la même précision. Plus de la moitié de l’électricité disponible au second semestre 2025 était importée, principalement du Ghana [7]. Renforcer les productions burkinabè peut élargir les choix disponibles en cas de tension sur les échanges ; conserver des interconnexions peut aussi sécuriser l’approvisionnement. Ni les importations actuelles ni l’extension annoncée ne suffisent à démontrer, à elles seules, que la dépendance augmentera ou disparaîtra. La question stratégique vérifiable est celle de la marge de décision future : choix des fournisseurs, contrôle des actifs, formation des équipes, diversification des sources et continuité du service pour les usagers.
Deux chiffres de 2030 qui demandent une explication
Un écart appelle clarification. Le 10 septembre, le ministre évoque 70 % d’électrification en 2030, sans préciser dans sa déclaration l’indicateur territorial [6]. Le Pacte national de l’énergie, invoqué comme cadre de la même initiative, donne au tableau 5, page 19, 90 % à l’échelle nationale et 70,73 % en milieu rural [3]. Cible révisée, confusion entre indicateurs ou autre calcul ? Les documents consultés ne permettent pas de trancher. Le ministère doit préciser l’indicateur et le document faisant foi.
La deuxième incertitude porte sur l’argent. Le compte rendu donne un coût total et deux catégories de financeurs, sans tableau de financement propre à l’initiative [1]. Les pièces à obtenir sont le rapport autorisé le 10 septembre, le plan de financement signé, les conventions des partenaires, les inscriptions budgétaires, les plans de passation des marchés et le calendrier des décaissements. Elles permettraient de vérifier qui porte l’éventuelle dette, ce qui relève de subventions, quelles dépenses sont effectivement engagées et quels risques de dépassement seront supportés par la SONABEL, l’agence ou l’État. Leur absence publique dans le dossier étudié limite l’enquête, sans démontrer que ces pièces n’existent pas.
Enfin, aucun tableau détaillant les localités desservies, le nombre de connexions par territoire, le tarif futur ou la date de mise sous tension n’accompagne la délibération consultée. Pour juger de la réduction de l’écart rural-urbain, il faudra une liste géoréférencée des projets, des procès-verbaux de réception, des données d’abonnement et des indicateurs de qualité de service publiés à intervalles réguliers. Les engagements de septembre pourraient ainsi être confrontés à la situation de départ de 2024 et aux relevés de 2025, sans additionner des séries aux définitions différentes.
Trois trajectoires possibles jusqu’en 2030
Dans un premier scénario, l’État et ses partenaires formalisent les financements, la SONABEL et l’Agence Faso Vêenem se partagent clairement les tâches, puis publient les marchés et les résultats. La rénovation du transport réduit les défaillances, l’extension dessert de nouveaux quartiers et villages, et les ménages raccordés peuvent utiliser le service à un prix soutenable. Les 104,175 milliards deviendraient alors une dépense traçable et les 250 000 ménages une cible auditable, sous réserve d’indicateurs de qualité et de durée d’alimentation.
Dans un deuxième scénario, le financement se concrétise mais la production, les importations disponibles, la maintenance ou le pouvoir d’achat ne suivent pas le rythme des raccordements. Le réseau gagnerait en longueur, alors que les usagers continueraient à subir des interruptions ou à limiter leur consommation. Le bulletin 2025 et les objectifs de pertes du pacte montrent pourquoi ces variables doivent être suivies en même temps que les lignes construites [3, 7].
Dans un troisième scénario, une partie des concours financiers, des marchés ou des travaux prend du retard. L’autorisation politique resterait acquise, mais la portée de l’enveloppe réalisée serait inférieure à celle annoncée. Aucun des documents examinés ne permet de privilégier aujourd’hui l’un de ces scénarios. La conclusion vérifiable au 25 septembre 2026 est plus étroite : le Burkina Faso a autorisé une initiative de 104,175 milliards de FCFA, visant notamment l’extension et la remise à niveau des réseaux ; ses financeurs précis, son état de mobilisation et son impact réel restent à documenter.
Les documents qui permettent de suivre l’engagement
- Présidence du Faso, Compte rendu du Conseil des ministres n° 026 du 10 septembre 2026, point I.8, pages 10-11 du PDF : décision d’autorisation, périmètre, ménages visés, coût global et financement annoncé par l’État et ses partenaires. Source primaire gouvernementale qui établit la décision, pas le décaissement.
- Ministère de l’Énergie, des Mines et des Carrières, « Électrification rurale : les acteurs évaluent la SNER 2024-2028 », 20 août 2026 : cible de 50 % en milieu rural à l’horizon 2028 et demande d’évaluation des niveaux d’exécution.
- Gouvernement du Burkina Faso, Pacte national de l’énergie pour le Burkina Faso 2026-2030, juin 2026, notamment pages 1, 7-8, 19, 27-29 et 35 du PDF : stratégie burkinabè hébergée par la Banque mondiale ; données de référence, objectifs différenciés, besoins et contraintes. Les tableaux et les ambitions de ce pacte ne constituent pas un plan de financement signé pour l’opération de septembre.
- Présidence du Faso, Compte rendu du Conseil des ministres n° 010 du 19 mars 2026, pages 11 et 13 du PDF : création et statuts de l’Agence Faso Vêenem.
- Ministère de l’Énergie, des Mines et des Carrières, « Projet d’électrification des zones périurbaines de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso : les membres du COPIL dressent le bilan », 27 avril 2026 : coût et branchements déclarés du précédent PEPU.
- Présidence du Faso, « Conseil des ministres du 10 septembre 2026 » : déclaration du ministre Yacouba Zabré Gouba faisant état de 70 % d’électrification en 2030. À confronter à la cible nationale de 90 % du pacte.
- Ministère de l’Énergie, des Mines et des Carrières, Bulletin statistique du second semestre 2025, pages 8, 11 et 13-15 du PDF : production, importations par pays et nouveaux abonnés. Données semestrielles ; ne pas les présenter comme un bilan annuel.

