À Ouagadougou, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont validé un protocole sur la coopération transfrontalière, une décision destinée à leurs gouverneurs et une feuille de route. Le protocole signé attend la ratification annoncée ; la décision doit encore recevoir une autre signature. Pour les habitants, l’enjeu sera la sécurité civile, les services et les échanges.
Deux journées pour dessiner des réponses communes
Les délégations se sont réunies les 15 et 16 septembre 2026 à Ouagadougou. Le ministre burkinabè de l’Administration territoriale, Émile Zerbo, représentait le Premier ministre. La communication officielle annonce la validation d’un protocole additionnel au traité de la Confédération AES, consacré à la coopération transfrontalière, et d’une décision créant un cadre de concertation entre autorités régionales frontalières. Une feuille de route et son plan d’actions ont été présentés.
Ces frontières sont aussi des espaces de circulation, de travail et de parenté. Issa Ousmane Coulibaly, ministre malien de l’Administration territoriale, a rappelé les liens entre communautés ; Ayouba Abdourahamane, représentant le ministère nigérien de l’Intérieur, a défendu la coordination des administrations, collectivités et acteurs communautaires. Ces positions publiques ne prouvent pas que des services supplémentaires seraient déjà disponibles.
Des initiatives locales avant le cadre confédéral
Le traité de Niamey du 6 juillet 2024 a établi la Confédération AES et prévu des protocoles additionnels. Le Conseil des ministres malien du 13 février 2026 distinguait l’adoption confédérale de quatre autres protocoles de la préparation de leur ratification nationale. Ce précédent montre que l’annonce d’un texte et son entrée en vigueur doivent être vérifiées séparément ; il ne renseigne pas le calendrier juridique du nouveau protocole frontalier.
En juillet 2026, à Sikasso, les gouverneurs du Guiriko et des Tannounyan (Burkina Faso), de Sikasso et Koutiala (Mali) ont adopté une convention et un plan d’action propres à ces régions. Le gouvernement burkinabè cite la santé, l’eau, l’éducation, la protection civile, l’élevage et la mobilité parmi les secteurs couverts. Ce précédent bilatéral appelle une question : qu’apportera la coordination à trois aux cadres déjà construits localement ?
Protocole signé, décision encore à parachever
Le Service d’information du gouvernement burkinabè indique la « validation » des instruments. Émile Zerbo l’a qualifiée d’engagement juridique des trois États. Cette qualification ministérielle ne remplace ni le texte signé ni les actes nationaux de ratification.
Une dépêche de l’Agence d’information du Burkina (AIB) du 16 septembre précise que le projet de protocole de 27 articles a été signé et doit être ratifié par les trois États pour entrer en vigueur. Le projet de décision de 10 articles, relatif à la concertation, devait encore être soumis à la signature du président de la Confédération, Ibrahim Traoré. Son titre évoque « deux textes signés » ; le corps distingue clairement les étapes.
L’AIB rapporte aussi une première session des gouverneurs et une feuille de route 2026–2027 : cinq zones dites opérationnelles, neuf activités en 2026 et cinq en 2027. La communication du gouvernement confirme la présentation de la feuille de route et du plan d’actions sans publier leurs annexes chiffrées. Ces nombres restent donc attribués à l’AIB ; les cinq zones et leurs budgets ne sont pas identifiés par des pièces consultables.
Gouverneurs, collectivités et pouvoirs de décision
À l’ouverture, Zerbo a cité la sécurisation, la criminalité transfrontalière, les ressources partagées, la mobilité et le commerce. Coulibaly a mis l’accent sur les relations entre communautés et la prévention des conflits ; Abdourahamane sur le partage d’informations et la coordination des opérations. Cette convergence d’intentions laisse ouverte la répartition des pouvoirs, des moyens et des responsabilités.
Un gouverneur peut rapprocher ses services de ceux d’un pays voisin. Mais qui finance les équipes, autorise les interventions, partage les données et contrôle leurs usages ? Ces questions sont concrètes pour un marché, un litige autour d’un point d’eau ou une famille cherchant des soins. Sans moyens ni règles pratiques, la réunion régulière des responsables ne garantit pas un résultat perceptible.
La convention locale de Sikasso couvre des services au-delà de la sécurité et associe, selon le gouvernement burkinabè, des autorités communautaires. Le mécanisme confédéral annoncé est d’abord celui des autorités administratives régionales. Il faudra vérifier la place des municipalités, commerçants, éleveurs, agriculteurs, femmes et personnes déplacées dans ses textes et ses séances.
La frontière comme espace de vie et de production
Une commerçante gagne si les formalités deviennent prévisibles ; un éleveur si les pâturages et l’eau font l’objet d’accords utilisables ; une famille déplacée si elle accède à la protection et aux soins. La coopération doit donc être jugée selon ses effets répartis entre acteurs et territoires. La signature d’un texte ne démontre encore aucun de ces bénéfices.
Le défi est de distinguer les circulations civiles licites des trafics et des groupes violents, en protégeant les personnes. Des échanges de données plus rapides pourraient aider, mais demandent garanties, correction des erreurs et contrôle. Seuls le protocole intégral et les règles d’application permettront d’évaluer cet équilibre ; ni sécurité améliorée ni atteintes aux droits ne sont établies par la seule annonce.
Un programme burkinabè de stabilisation et de coopération transfrontalière, diffusé par l’ONU, évoque l’accès insuffisant aux services, la fragilité des moyens d’existence et les déplacements. Il prévoit des réponses associant autorités et communautés, services sociaux et activités économiques. Ce programme est distinct des actes de septembre : ses objectifs servent de comparaison, mais ni ses budgets ni ses résultats ne doivent être attribués à l’AES.
Les annexes absentes et la portée juridique à établir
Première pièce manquante : le protocole signé et ses 27 articles, notamment ses clauses de compétences, d’application et d’entrée en vigueur, ainsi que les actes nationaux de ratification. Sa signature est rapportée par l’AIB ; son entrée en vigueur dans les trois États n’est pas démontrée par le corpus.
Deuxième pièce manquante : la décision de 10 articles, sa version signée par le président de la Confédération et sa publication éventuelle. Elles permettraient de connaître la composition, les pouvoirs et les suites administratives du cadre. Une première réunion de gouverneurs ne tient pas lieu de preuve de signature.
Troisième ensemble : la feuille de route 2026–2027, les budgets et les comptes rendus régionaux. Sans eux, impossible de vérifier la localisation et le périmètre des cinq zones annoncées, les échéances et les ressources. Des données comparables sur les services, les déplacements civils et les échanges seraient nécessaires pour mesurer des effets. Aucune évaluation indépendante par les habitants de ces deux textes n’a été identifiée dans les sources consultées.
Quand la coordination deviendra vérifiable
Première issue possible : ratification du protocole, signature de la décision, publication des textes, puis calendrier financé par zone. Deuxième issue : des réunions sans actions suffisantes. Troisième issue : des progrès limités à certaines régions. Pour distinguer ces scénarios, il faudra consulter les actes, budgets, comptes rendus et effets mesurés, au-delà du nombre de réunions tenues.
Les trois pays ont franchi à Ouagadougou une étape de coordination : protocole signé selon l’AIB, projet de décision validé et feuille de route des gouverneurs approuvée. Ratification, signature de la décision et effets sur la sécurité civile, les services et les échanges demandent encore des preuves distinctes. Les territoires frontaliers sont le lieu où cette coopération devra être jugée.
Documents et témoignages à confronter
- Burkina Faso, Service d’information du gouvernement / ministère de l’Administration territoriale, communications sur l’ouverture du 15 et la clôture du 16 septembre, publiée le 17 : validation des instruments, participants, feuille de route, objectifs déclarés. Ouverture ; clôture.
- Agence d’information du Burkina, dépêche du 16 septembre 2026 : protocole de 27 articles signé et ratification à venir ; décision de 10 articles destinée à une signature ultérieure ; première session des gouverneurs et chiffres de la feuille de route. Dépêche originale ; reprise intégrale.
- Burkina Faso, Service d’information du gouvernement, compte rendu du 23 juillet 2026 sur la convention et le plan d’action du cadre Guiriko–Tannounyan–Sikasso–Koutiala : précédent territorial distinct. Consulter le compte rendu.
- Mali, communiqué du Conseil des ministres du 13 février 2026, adoption de projets nationaux pour ratifier quatre autres protocoles de l’AES : précédent de procédure, sans preuve d’une ratification du texte frontalier de septembre. Consulter le communiqué.
- Burkina Faso / Nations unies, document du programme d’appui à la stabilisation et à la coopération transfrontalière : enjeux civils et objectifs de programmation, distincts des nouveaux instruments AES. Consulter le programme.

