À Yamoussoukro, les préfets de région se sont engagés en septembre 2026 à agir contre l’orpaillage illégal dans un délai de six mois. Le Conseil national de sécurité a ensuite annoncé des moyens et mesures complémentaires. L’objectif affiché d’« éradication » doit être distingué d’un résultat encore non démontré.
Six mois annoncés face à une activité qui peut se reconstituer
Les 4 et 5 septembre 2026, un atelier national de concertation à Yamoussoukro a réuni des représentants de l’État ivoirien autour de la lutte contre l’orpaillage illégal. Selon le ministère de l’Environnement, les préfets de région y ont pris l’engagement d’œuvrer à l’éradication du phénomène dans leurs circonscriptions en six mois. Le 17 septembre, le Conseil national de sécurité, réuni sous la présidence d’Alassane Ouattara, a repris cet engagement et présenté des mesures destinées à renforcer la réponse publique.
Il faut résister à l’effet de l’échéance. Six mois désignent ici une cible politique et administrative ; les sources ne constatent pas la disparition des sites illégaux. Le ministère rapporte même l’expérience d’un préfet selon lequel un site déguerpi peut être recolonisé. Cette observation est décisive : compter les opérations conduites sans contrôler le retour des activités donnerait une image trompeuse de la protection des terres, des eaux et des habitants.
De l’atelier au Conseil national de sécurité
L’atelier était placé sous l’autorité de Fidèle Sarassoro, secrétaire exécutif du Conseil national de sécurité. Les préfets y ont discuté leurs difficultés de terrain et proposé de renforcer renseignement, alerte, surveillance, coordination, capacités d’intervention et application des sanctions. Le ministère de l’Environnement indique que les recommandations devaient être consignées dans un plan d’action national avec indicateurs, échéances et suivi. Il évoque aussi la restauration des sites abîmés et une coopération avec les pays voisins, notamment lorsque des cours d’eau partagés sont touchés.
Le communiqué gouvernemental relatif à la réunion du Conseil national de sécurité du 17 septembre ajoute des décisions et des intentions qu’il faut distinguer. Parmi les mesures annoncées figurent davantage de capacités pour les forces locales, plus de brigades spécialisées et la création de 21 pelotons de sécurité fluviale. Le Conseil évoque un moratoire de six mois sur de nouvelles autorisations d’exploitation minière artisanale et semi-industrielle, ainsi qu’un projet de durcissement des peines. Il serait inexact de présenter cette future loi pénale comme déjà adoptée. Le communiqué prévoit en outre des actions de réhabilitation des sites et de réinsertion économique de certains orpailleurs ivoiriens.
Engagement, décisions et résultats : trois niveaux de preuve
Le ministère de l’Environnement date la clôture de l’atelier du 5 septembre et rapporte l’engagement des préfets. La communication gouvernementale du 18 septembre confirme que le Conseil national de sécurité du 17 a repris ses conclusions. Elle énumère les mesures annoncées et précise que le Président a donné des instructions aux ministres compétents. Les deux publications officielles permettent donc de reconstituer une séquence institutionnelle, sans présumer que chaque mesure a déjà été déployée sur le terrain.
Le ministère indique, à propos de l’Indénié-Djuablin, que des sites ont été libérés et qu’une surveillance par drones vise à détecter de nouvelles installations. Ce témoignage officiel décrit l’expérience présentée à l’atelier ; il ne constitue pas un inventaire vérifié de l’ensemble de la région ni une mesure nationale de succès. Le ministère reconnaît explicitement le risque de recolonisation. Cette réserve donne plus de valeur à l’enquête que ne le ferait une proclamation de victoire.
Les sources consultées n’exposent pas une cartographie publique actualisée de tous les sites, une méthode unique pour en mesurer la fermeture durable ni des analyses indépendantes de qualité de l’eau. Elles ne permettent pas de calculer la part des chaînes d’approvisionnement en or qui échappe encore au contrôle public. Il serait donc impossible de convertir l’objectif de six mois en taux de réussite anticipé.
La fermeture d’un puits ne désorganise pas forcément un réseau
Une opération de police peut retirer des machines, interrompre l’extraction et protéger temporairement un cours d’eau. Si le financement, le transport, l’achat du métal et la fourniture d’équipements restent rentables et peu contrôlés, d’autres sites peuvent prendre le relais. Les documents du Conseil national de sécurité reconnaissent d’ailleurs l’intérêt de viser la complicité logistique ou financière et de mieux organiser la filière. Il s’agit d’une orientation annoncée ; sa traduction juridique et judiciaire doit encore être vérifiée.
La question du moratoire appelle aussi une évaluation précise. Suspendre pendant six mois l’octroi de certaines autorisations peut permettre de revoir des pratiques et de cartographier les risques. Cela peut également déplacer vers l’informel des candidats à l’activité légale si la procédure ultérieure reste inaccessible. Hypothèse à tester, et non constat tiré des communiqués : les effets différeront selon la clarté des critères d’autorisation, la traçabilité des acheteurs et les possibilités réelles de reconversion. L’État devra publier les textes qui encadrent le moratoire et les décisions prises en application.
Une lutte uniquement centrée sur les exécutants les plus visibles manquerait une partie de l’économie de l’or. Les responsabilités des fournisseurs, financeurs, intermédiaires et acheteurs exigent toutefois des enquêtes individualisées ; aucun acteur précis ne peut être mis en cause sur la seule base des annonces de septembre. La distinction entre soupçon sur une structure de marché et preuve contre une personne est fondamentale.
Terres, eau et revenus : les intérêts des communautés ivoiriennes
L’or extrait sur un territoire africain peut produire une recette publique et des emplois, ou laisser des sites dégradés et des coûts de dépollution à la collectivité. L’enjeu pour la Côte d’Ivoire est de conserver une capacité de décision sur l’usage du sous-sol tout en protégeant l’eau, les terres cultivées et les droits des riverains. La surveillance fluviale annoncée doit être évaluée aussi du point de vue des populations qui utilisent les cours d’eau pour boire, cultiver, pêcher et se déplacer.
Le ministère propose des travaux de restauration à forte intensité de main-d’œuvre ; le Conseil mentionne des activités économiques de substitution et une réflexion sur les comptoirs d’achat, la formation et la transformation de l’or. Ces annonces dessinent une réponse plus large que la seule évacuation des sites. Pour savoir si les bénéfices restent dans les territoires concernés, il faudra établir qui reçoit ces emplois, combien ils durent, quels sites sont restaurés et quels revenus échappaient auparavant à l’impôt. Les communautés locales devraient pouvoir contrôler les indicateurs qui portent sur leur environnement.
La dimension régionale compte lorsque les rivières, les équipements ou les circuits commerciaux franchissent les frontières. Une coopération annoncée avec les pays voisins pourrait mieux traiter ces flux. Les diasporas ivoiriennes et ouest-africaines qui investissent dans l’agriculture ou les activités locales ont aussi besoin d’une information fiable sur les risques environnementaux. Ni le ministère ni le Conseil ne fournissent encore un bilan permettant de chiffrer ces bénéfices possibles.
Ce qu’il faudra demander aux autorités après l’échéance
Il manque la version publiée du plan d’action annoncé à Yamoussoukro, les indicateurs et les budgets par région, les actes créant et déployant les pelotons fluviaux, ainsi que les données comparables avant et après intervention. La portée juridique du moratoire et le calendrier du projet de réforme pénale nécessitent une vérification spécifique. Les mesures de pollution devront être produites avec leur protocole, leurs dates et les sites d’échantillonnage.
Un bilan honnête devrait distinguer les sites évacués une fois, les sites restés fermés, les nouveaux sites détectés, les enquêtes visant les financeurs, les sanctions définitives et les restaurations vérifiées. Il devrait inclure les effets sur les moyens de subsistance et les plaintes des habitants. Sans ces catégories, « éradiquer » serait un mot d’ordre impossible à contrôler. Les données indépendantes et les réponses des collectivités affectées manquent encore à cette enquête.
L’objectif de six mois sera jugé sur la durée
Si les nouveaux moyens de surveillance se doublent d’enquêtes financières, de contrôles des acheteurs, de restaurations évaluées et d’emplois de remplacement viables, l’État pourrait réduire durablement l’activité illégale dans certains territoires. Si les actions se limitent à des déguerpissements ponctuels, le risque de recolonisation signalé par les préfets pourrait demeurer. Il s’agit de scénarios, non de résultats acquis.
Le Conseil national de sécurité a désormais fixé un objectif public. Sa crédibilité reposera sur la publication, après l’échéance, d’un bilan territorialisé et contestable par les citoyens. Protéger les populations et leurs milieux de vie représente une mesure plus exigeante que la seule multiplication des opérations annoncées.
Les sources gouvernementales examinées
- Ministère ivoirien de l’Environnement et de la Transition écologique, compte rendu de la clôture de l’atelier national de Yamoussoukro, 5 septembre 2026.
- Gouvernement de Côte d’Ivoire, communication relative à la réunion du Conseil national de sécurité du 17 septembre 2026, publiée le 18 septembre 2026.

