116 organisations financées pour sécuriser leurs lieux d’activité

Le Maryland a attribué 10 millions de dollars au titre de son programme Protection Against Hate Crimes pour l’exercice budgétaire 2027. L’annonce, publiée le 25 août 2026, concerne 116 organisations réparties dans 16 comtés ainsi qu’à Baltimore City : associations sans but lucratif, lieux de culte et centres communautaires considérés comme exposés à des crimes motivés par la haine.

Les dépenses financées peuvent couvrir des agents de sécurité, des systèmes de contrôle d’accès, des caméras, le renforcement de portes et fenêtres, l’éclairage, des dispositifs d’alerte, des plans d’urgence ou encore la formation du personnel. L’appel autorise également des actions de sensibilisation contre la haine, des ateliers de compétence culturelle et des formations à l’intervention des témoins.

Il ne s’agit donc pas uniquement d’une enveloppe destinée à installer des caméras devant des édifices religieux. Le programme combine protection physique, préparation aux menaces et certaines actions de prévention.

Pour les communautés afrodescendantes du Maryland, l’enjeu mérite une attention particulière : les données officielles les plus récentes montrent que les motivations anti-Noirs ou anti-Afro-Américains représentent la première catégorie de biais signalée dans l’État. Mais rien dans les documents publiés ne permet encore de déterminer quelle fraction des 10 millions de dollars revient à des institutions principalement fréquentées ou dirigées par des populations noires.

Cette distinction constitue le principal point d’investigation.

Une enveloppe qui a doublé en deux exercices budgétaires

Le programme de protection existe sous différentes formes depuis plusieurs années. Le gouvernement du Maryland indique que des financements PAHC sont attribués annuellement depuis 2019. En 2023, la General Assembly a parallèlement inscrit dans la loi un Protecting Against Hate Crimes Grant Fund, fonds spécial non caduc administré par le Governor’s Office of Crime Prevention and Policy.

Pour l’exercice 2025, l’enveloppe budgétaire s’élevait encore à 5 millions de dollars. Le rapport officiel indique que 4 964 332 dollars avaient effectivement été attribués, le reliquat correspondant notamment à une subvention annulée faute de satisfaction d’une condition du programme.

Le financement a ensuite été porté à 10 millions de dollars pour l’exercice 2026, puis maintenu à ce niveau pour 2027. L’administration du Maryland indiquait en décembre 2025 que l’enveloppe de l’exercice 2026 avait permis de soutenir 183 organisations.

Pour 2027, 116 bénéficiaires sont annoncés pour une enveloppe totale également fixée à 10 millions.

Cette évolution ne signifie pas nécessairement que chaque bénéficiaire de 2027 recevra davantage qu’en 2026 : les montants sont individualisés et les dossiers diffèrent. Elle montre en revanche qu’un montant global similaire est réparti entre un nombre annoncé d’organismes inférieur à celui de l’exercice précédent.

Les documents publics consultés ne fournissent pas encore la distribution complète qui permettrait d’expliquer cette évolution.

Les violences anti-Noirs constituent la première motivation recensée

Le dernier rapport annuel complet disponible de la Maryland State Police porte sur l’année 2024. Il comptabilise 921 incidents de haine ou de biais signalés aux forces de l’ordre, dont 316 ont finalement été classés comme vérifiés. Ces 921 signalements ne doivent pas être présentés comme 921 crimes : le système du Maryland inclut également des comportements non criminels lorsqu’ils sont signalés comme potentiellement motivés par un biais.

À l’intérieur de ces signalements, les autorités recensent 969 motivations, certains incidents comportant plusieurs motifs.

365, soit 37,7 %, étaient classées comme anti-Noirs ou anti-Afro-Américains. Sur ce total, 130 motivations anti-Noirs correspondaient à des incidents vérifiés. Aucune autre sous-catégorie n’atteignait ce niveau : 276 motivations étaient anti-juives et 56 anti-hommes homosexuels.

La tendance ne correspond pas uniquement à une fluctuation d’une année. La Maryland State Police indique que, sur la période 2015-2024, la motivation anti-Noirs ou anti-Afro-Américains a été la motivation de haine la plus fréquemment signalée chaque année.

Les données individuelles vont dans le même sens. Parmi les victimes individuelles répertoriées en 2024, le rapport dénombre 309 victimes noires dans l’ensemble des signalements et 132 parmi les dossiers vérifiés. Lorsque la race et le sexe étaient connus, les hommes noirs constituaient le groupe de victimes le plus souvent signalé.

Ces données doivent toutefois être maniées avec prudence. Elles mesurent les incidents portés à la connaissance des forces de l’ordre et leur classification administrative. Le rapport précise lui-même qu’un incident non signalé n’entre pas dans les statistiques et qu’une absence de signalement dans une juridiction ne signifie pas une absence d’incidents.

Un État où près d’un habitant sur trois est noir

Cette question prend un relief particulier dans la démographie du Maryland.

Les dernières estimations du Census Bureau indiquent une population d’environ 6,27 millions d’habitants en 2025, dont 31,1 % se déclarent noirs uniquement dans la classification statistique fédérale.

Il serait néanmoins méthodologiquement incorrect de comparer directement ce taux de population aux 37,7 % de motivations anti-Noirs pour en tirer mécaniquement un « risque relatif ».

Une motivation n’équivaut pas nécessairement à une victime distincte ; certains incidents ont plusieurs motivations ; les taux de signalement varient selon les populations et les juridictions.

Ce que les données permettent d’établir plus solidement est plus simple : les populations noires constituent une composante majeure de la population du Maryland et les motivations anti-Noirs sont la première catégorie de biais enregistrée par les statistiques policières disponibles.

C’est pourquoi la destination concrète des financements PAHC constitue une information stratégique pour les communautés afrodescendantes.

Les subventions ne sont pourtant pas réparties selon une clé raciale

Le mécanisme financier n’attribue pas une part déterminée du budget à chaque catégorie de victimes.

Les candidats doivent démontrer que leur établissement sert une population appartenant à une classe protégée et que cette population fait face à une menace substantielle et documentable de crime de haine. Les preuves peuvent comprendre des incidents récents, des données locales, des menaces ou une évolution du contexte affectant la communauté.

Deux catégories bénéficient d’une priorité explicite dans l’examen final : les organisations pouvant apporter la preuve d’une menace directe ou immédiate ou ayant récemment subi un crime de haine ; et les nouveaux candidats ou organisations n’ayant pas obtenu de financement PAHC durant les trois exercices précédents.

La loi impose par ailleurs de réserver au moins 1 million de dollars chaque année aux organisations confessionnelles, avec priorité aux institutions capables de démontrer une forte prévalence de crimes de haine visant leur communauté religieuse.

Il n’existe en revanche, dans les dispositions examinées, aucun montant minimal spécifiquement réservé aux organisations noires ou afro-américaines.

Cela ne signifie pas qu’elles ne reçoivent pas de financements. Cela signifie seulement que leur part doit être établie à partir des attributions réelles, et non déduite de l’importance des violences anti-Noirs dans les statistiques.

Les petites associations ne peuvent pas demander le même montant que les grandes

La taille de l’organisation détermine également le plafond de la demande.

Une structure dont le budget annuel est inférieur à 500 000 dollars peut solliciter au maximum 50 000 dollars. Entre 500 000 et 5 millions de dollars de budget annuel, le plafond atteint 100 000 dollars. Au-delà de 5 millions, une organisation peut demander jusqu’à 200 000 dollars.

Il n’existe pas de participation financière obligatoire : le programme n’impose aucun cost share aux bénéficiaires.

Mais une autre règle mérite attention. Les dépenses sont normalement remboursées trimestriellement après avoir été engagées. Le document va jusqu’à conseiller aux candidats de ne pas demander des montants qu’ils n’ont pas la capacité financière d’avancer en attendant le remboursement.

Ce mécanisme peut constituer un filtre financier en amont.

Une petite structure peut être parfaitement admissible, disposer d’une menace documentée et obtenir une subvention, tout en devant conserver une trésorerie suffisante pour payer certaines dépenses avant remboursement.

Il apparaît donc plausible que la capacité de préfinancement influence l’accès pratique au dispositif pour les organisations disposant des bilans les plus modestes.

Cette question est particulièrement pertinente pour une analyse afrocentrée, mais aucune donnée publique consultée ne permet d’établir que les organisations noires sont effectivement davantage pénalisées par cette règle. Une telle conclusion exigerait de connaître les candidatures refusées, les renoncements, les budgets des organisations et leur trésorerie.

Le mécanisme constitue donc un point de vigilance documentable, pas une discrimination démontrée.

Un angle mort : impossible de mesurer la part destinée aux institutions noires

L’une des limites les plus importantes du dossier tient à la transparence des bénéficiaires.

L’appel à projets 2027 indiquait que toutes les organisations financées seraient publiées sur la carte interactive du Governor’s Office of Crime Prevention and Policy.

Or la version actuellement accessible de cette carte indique précisément que les sous-bénéficiaires du programme PAHC sont exclus de l’affichage pour des raisons de confidentialité et de sécurité.

La pratique publique observée diffère donc de ce que prévoyait le document d’appel.

L’administration a néanmoins rendu publics quelques bénéficiaires dans son communiqué du 25 août : Grace Gospel Worship Center, Pride Center of Maryland et Beth El Congregation of Baltimore y sont notamment cités.

Ces exemples ne constituent pas un inventaire des 116 organismes.

Il est par conséquent impossible, à partir des documents publics actuellement accessibles, de calculer :

  • le nombre d’organisations servant principalement les communautés noires ;
  • le montant qui leur est attribué ;
  • la proportion des 10 millions correspondant à des risques anti-Noirs ;
  • la répartition des financements selon les différentes catégories de biais ;
  • le montant moyen attribué selon le type d’organisation ;
  • ou le taux d’acceptation des candidatures selon les communautés concernées.

La confidentialité peut être justifiée par la nature même des menaces auxquelles les sites sont exposés. Mais elle réduit simultanément la possibilité d’évaluer publiquement l’adéquation entre les risques recensés et la distribution des fonds.

Les écoles illustrent les limites du périmètre de ce fonds

Une autre distinction est nécessaire.

En 2024, les établissements scolaires de la maternelle au secondaire constituaient le type de lieu ayant enregistré le plus grand nombre d’incidents de haine ou de biais, représentant 35,4 % de tous les incidents signalés dans l’État.

Pourtant, les établissements scolaires ne peuvent pas bénéficier des fonds PAHC 2027 pour leurs installations scolaires. Le document d’appel les renvoie vers les mécanismes administrés par le Maryland Center for School Safety.

Ce décalage ne signifie donc pas que l’État exclut nécessairement les écoles de tout financement de sécurité. Il montre que le programme étudié ne couvre qu’une partie du dispositif public de lutte contre les risques de haine.

Pour évaluer l’effort financier total consacré à la protection des populations noires, juives, musulmanes, LGBT ou d’autres groupes, il faudrait donc agréger plusieurs programmes plutôt que d’isoler les seuls 10 millions du PAHC.

Sécuriser les institutions ne mesure pas la réduction de la haine elle-même

Le programme finance principalement la capacité des organisations à prévenir, absorber ou répondre à une menace.

Une porte renforcée peut réduire la vulnérabilité d’un lieu. Une caméra peut faciliter l’identification d’un auteur. Un agent de sécurité peut contribuer à la protection immédiate des personnes. Un exercice peut améliorer la réaction en situation critique.

Mais aucun de ces indicateurs ne démontre nécessairement que le nombre de motivations racistes, religieuses ou homophobes diminue dans la société.

Le NOFA demande aux bénéficiaires de suivre des mesures comme le nombre d’incidents de sécurité, de personnels employés, de formations réalisées, de personnes formées ou d’équipements installés.

Il faut donc distinguer deux politiques publiques différentes :

la protection des communautés ciblées, qui est l’objet principal de ce programme ;

et la réduction des causes produisant les crimes de haine, qui nécessiterait des indicateurs beaucoup plus larges concernant notamment l’éducation, les réseaux de radicalisation, les poursuites judiciaires, les politiques scolaires et l’évolution des préjugés.

Le PAHC peut contribuer à la première sans permettre, à lui seul, de mesurer la seconde.

Cette distinction est particulièrement importante du point de vue afrodescendant : compter les caméras installées dans une institution noire ne permet pas de déterminer si le racisme anti-Noirs recule dans le Maryland.

Les prochaines données permettront de tester l’efficacité du dispositif

Plusieurs éléments devraient devenir disponibles au cours des prochains mois.

Le premier est le futur rapport sur les financements. La loi oblige le Governor’s Office of Crime Prevention and Policy à transmettre chaque année à la General Assembly un rapport sur leur distribution.

Le deuxième sera le prochain rapport annuel sur les incidents de haine. Le rapport 2024 demeure actuellement le plus récent disponible dans les archives de la Maryland State Police. Il faudra notamment vérifier si la catégorie anti-Noirs conserve en 2025 la place observée depuis dix ans.

Le troisième concerne les résultats des subventions 2027. Les bénéficiaires doivent rendre compte trimestriellement de leurs activités et de leurs indicateurs de performance.

Si les informations futures permettent de croiser le type de communauté protégée, le montant accordé, la taille de l’organisation et les incidents réellement observés, une analyse beaucoup plus précise de l’équité du dispositif deviendra possible.

À l’inverse, si les données sur les bénéficiaires restent non publiées pour des raisons de sécurité, l’évaluation externe devra rester partielle.

Dans les deux scénarios, une conclusion est déjà possible au niveau factuel : le Maryland consacre 10 millions de dollars à la protection contre les crimes de haine au moment où ses propres statistiques indiquent que les motivations anti-Noirs sont les plus fréquemment signalées. Ce que les documents publics ne permettent pas encore d’établir est la part de cette enveloppe qui protège spécifiquement les institutions des communautés noires.

Les sources institutionnelles qui permettent de vérifier le dossier

Governor’s Office of Maryland, 25 août 2026. Annonce des 10 millions de dollars, des 116 organisations bénéficiaires et des principales catégories d’investissement.

Governor’s Office of Crime Prevention and Policy. Appel à financement PAHC 2027 : critères d’éligibilité, plafonds, priorités, dépenses autorisées, remboursement et obligations de suivi.

Maryland General Assembly — Public Safety § 4-1601. Base légale du fonds, obligations de l’administration et réservation minimale d’un million de dollars aux organisations confessionnelles.

Maryland State Police — 2024 Hate Bias Report. Statistiques sur les incidents, motivations anti-Noirs, victimes, lieux et méthodologie du dispositif de signalement.

U.S. Census Bureau. Estimations démographiques du Maryland, dont la part de la population se déclarant noire.


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