Des consortiums africains attendus avant le 25 septembre

Les établissements de recherche concernés ont jusqu’au 25 septembre 2026, à 23 h 59, heure avancée de l’Est, pour répondre à l’appel multilatéral administré par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI). Le dispositif soutient des collaborations dans cinq domaines : agriculture, santé, intelligence artificielle et technologies numériques, énergie, environnement. Il s’inscrit dans l’Initiative des conseils subventionnaires de la recherche scientifique en Afrique subsaharienne, désignée ici par son sigle français, ICSRS.

Pour les institutions africaines, l’enjeu dépasse l’obtention d’une subvention. Il concerne la possibilité de conduire ensemble des recherches, de répartir les responsabilités entre partenaires et de conserver des capacités utilisables après la clôture des projets. Ces effets restent à évaluer : l’ouverture d’un appel documente une possibilité de financement, pas encore des résultats scientifiques ou économiques.

Deux enveloppes à ne pas confondre

La plateforme de présentation et de mise en relation de l’appel affiche 12 millions de dollars américains de subventions pour des consortiums dirigés par des institutions africaines. Ce montant est une enveloppe annoncée : la page ne constitue ni une liste d’attributions définitives ni un relevé de décaissements. Elle précise également que son résumé ne remplace pas les conditions détaillées de l’appel.

Cette enveloppe doit être distinguée des 50 millions de dollars canadiens annoncés par le CRDI le 16 février 2026 pour la troisième phase de l’ICSRS, couvrant 2026–2030. Cette phase poursuit des objectifs plus larges : financement de recherches, renforcement des conseils nationaux et développement de leurs capacités institutionnelles. Les deux annonces ne portent donc ni sur le même périmètre ni sur la même devise. Les additionner présenterait un risque de double comptage.

Le partenariat associe les conseils africains participants, le CRDI, le gouvernement norvégien, le ministère britannique des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement, ainsi que Wellcome. Dans une communication du 7 septembre, l’ICSRS décrit notamment le rôle des conseils dans l’information des établissements et la recherche de partenaires. Il ne s’agit donc pas uniquement d’une relation bilatérale entre le Canada et des laboratoires bénéficiaires.

L’orientation continentale précède cet appel. Dans leur communiqué d’Accra du 19 septembre 2025, les conseils réunis au sein de l’initiative demandaient des mécanismes africains de coordination et des investissements mieux alignés sur leurs priorités. Ils citaient notamment l’ingénierie et la fabrication parmi les domaines insuffisamment soutenus par les financements extérieurs, selon leur appréciation. Ce diagnostic institutionnel ne constitue pas, à lui seul, une mesure exhaustive de tous les flux de financement scientifique vers l’Afrique.

L’admissibilité se vérifie pays par pays

Les candidatures doivent réunir trois à cinq établissements demandeurs, issus de pays différents. Le financement annoncé se situe entre 50 000 et 300 000 dollars canadiens par membre du consortium, sous réserve des plafonds nationaux. La durée maximale est de 36 mois. Ces montants ne correspondent donc ni à une somme automatiquement attribuée à chaque équipe ni à un plafond uniforme pour l’ensemble du projet.

Les annexes restreignent aussi les domaines accessibles : le Togo figure dans le volet agriculture, le Nigéria dans celui de l’intelligence artificielle, et le Sénégal dans les volets santé, agriculture et environnement. Leurs plafonds respectifs sont de 30 millions de francs CFA, 100 millions de nairas et 30 millions de francs CFA.

La conséquence pratique est importante : trois établissements compétents ne forment pas nécessairement un consortium admissible. Le thème retenu doit correspondre aux possibilités ouvertes à chacun de leurs pays. Un partenariat peut donc être scientifiquement cohérent tout en nécessitant une autre répartition des rôles ou une modification de son périmètre pour respecter les règles du financement.

Les organismes africains relaient eux-mêmes cette possibilité. Le National Research Fund du Kenya a publié un avis le 6 juillet 2026, à destination notamment des universités, organismes publics de recherche et établissements gouvernementaux. Il souligne la dimension multinationale, la pertinence des recherches pour les politiques publiques et la capacité attendue des équipes à administrer les fonds. Ce relais national documente la diffusion de l’appel, sans démontrer combien d’établissements kényans présenteront effectivement une candidature.

Les dossiers peuvent être déposés en français, en anglais ou en portugais. La FAQ précise qu’une personne ne peut pas candidater individuellement ; un doctorant peut, en revanche, participer à l’équipe d’un établissement admissible.

Plusieurs niveaux de décision, pas un financeur unique aux commandes

Selon la FAQ, les conseils nationaux vérifient l’admissibilité ; des experts indépendants évaluent les propositions ; les groupes thématiques et l’équipe de gestion de l’ICSRS interviennent ensuite dans la sélection. Le financement de chaque membre doit normalement passer par son conseil national. La décision dépend de la qualité scientifique, mais aussi des ressources disponibles par pays. Aucun pays chef de file ne décide seul pour tout le consortium.

Cette organisation distingue trois fonctions : apporter les ressources, apprécier les propositions et administrer les subventions. Les confondre conduirait à attribuer à un acteur un pouvoir que les règles répartissent entre plusieurs instances. Inversement, la présence d’institutions africaines dans le dispositif ne suffit pas à mesurer leur influence effective dans chaque arbitrage.

Le CRDI présente l’Alliance de l’ICSRS, créée en 2026, comme un mécanisme de coordination dirigé par les conseils. Ses objectifs comprennent la définition des programmes de recherche, la mobilisation de partenariats et le renforcement des capacités de gestion. Cette présentation établit une orientation institutionnelle ; l’exercice concret des responsabilités devra être examiné à travers les décisions, les conventions et les évaluations du programme.

Un autre enjeu concerne l’accès à la compétition. Dans sa communication de septembre, l’ICSRS reconnaît que trouver des partenaires peut constituer une difficulté importante et présente une plateforme de mise en relation. L’hypothèse d’un avantage pour les établissements déjà dotés de réseaux internationaux est donc pertinente à examiner, mais elle n’est pas un résultat établi. Pour la tester, il faudrait comparer les candidatures et les attributions selon les ressources administratives, les collaborations antérieures et les moyens scientifiques des établissements.

Les capacités locales et les données compteront autant que les publications

La stratégie STISA-2034 de l’Union africaine associe le développement scientifique à la formation, aux infrastructures et aux coopérations interafricaines. Elle envisage notamment le partage des moyens de recherche et le développement des compétences dans les technologies émergentes. Ce cadre définit des objectifs continentaux ; il ne démontre pas que les projets du nouvel appel les auront atteints.

L’évaluation pourrait donc aller au-delà du nombre de publications. Un équipement partagé reste-t-il utilisable ? Des techniciens sont-ils formés à sa maintenance ? Les partenaires disposent-ils des méthodes nécessaires pour reproduire les analyses ? Les équipes peuvent-elles poursuivre leur coopération sans reconstruire entièrement leur financement ? Ces questions permettraient de distinguer une activité ponctuelle d’un renforcement durable des institutions.

La gouvernance des données constitue un autre point concret. Le guide du CRDI sur les plans de gestion demande de préciser comment les données seront créées, administrées, diffusées et préservées. Il encourage leur ouverture, tout en reconnaissant que des considérations éthiques, culturelles, juridiques ou de propriété intellectuelle peuvent justifier une protection ou une limitation d’accès. L’ouverture des données ne signifie donc pas leur diffusion sans conditions.

Pour les partenaires, il restera notamment à déterminer qui assurera la conservation des données, qui pourra autoriser leur réutilisation et quelles responsabilités subsisteront après la subvention. Ces points ne permettent pas de présumer un transfert de propriété au financeur, pas davantage qu’une propriété collective automatiquement réglée par la seule composition africaine du consortium.

Les diasporas peuvent participer aux collaborations, mais une règle délimite les flux financiers : l’appel autorise l’association d’organisations extérieures au continent, tout en précisant que les organisations situées hors d’Afrique ne peuvent recevoir directement ou indirectement ses fonds de recherche. Cette disposition concerne la localisation des organisations ; elle ne se résume pas à la nationalité ou à l’origine des personnes.

Enfin, l’usage des résultats n’est pas assimilable à leur publication. Dans une communication du 14 septembre 2026, l’ICSRS insiste sur les liens à construire avec les utilisateurs des recherches : administrations, professionnels et communautés. Elle évoque notamment des formats accessibles et l’association précoce des acteurs concernés. Ce sont des orientations du programme, non la preuve qu’une innovation financée sera ensuite adoptée.

Des divergences documentaires et des contrats encore à examiner

Une discordance concerne le lancement : le document détaillé indique le 3 juillet 2026, tandis que la FAQ mentionne le 25 juin 2026. Les deux concordent sur la clôture du 25 septembre. L’origine de cette différence n’a pas été établie dans cette recherche.

Il faut également distinguer l’Alliance, présentée comme réunissant 20 pays, de la fiche de financement qui en énumère 19. L’Angola figure dans la première liste, pas dans la seconde. L’appartenance à l’initiative ne doit donc pas être assimilée automatiquement à l’admissibilité à cet appel.

Les documents consultés ne permettent pas d’établir la répartition finale des subventions entre établissements, les montants effectivement décaissés ou les stipulations de toutes les futures conventions. La répartition des droits sur les logiciels, inventions et autres résultats devra également être examinée dans les accords applicables. L’existence de principes généraux ne remplace pas la lecture des obligations contractuelles propres à chaque projet.

L’analyse reste ainsi celle d’un dispositif en phase de candidature. Elle ne repose ni sur des entretiens avec des équipes sélectionnées ni sur une évaluation de résultats déjà produits par cet appel.

Un calendrier vers 2027, plusieurs trajectoires possibles

Le calendrier proposé prévoit une présélection en octobre 2026, des propositions complètes le 4 décembre, puis des notifications et étapes contractuelles en 2027, jusqu’à une attribution ou approbation annoncée pour le 3 mai 2027. Il s’agit d’échéances prévisionnelles, pas de versements garantis.

Un premier scénario serait celui de partenariats poursuivis après les projets : méthodes communes, compétences partagées et nouvelles recherches conduites ensemble. Un deuxième serait une coopération limitée à la durée de la subvention, faute de ressources pour maintenir les équipes ou les infrastructures. Un troisième combinerait des résultats scientifiques exploitables avec une adoption plus lente par les utilisateurs, par exemple lorsque leur mise en œuvre exige d’autres moyens techniques ou financiers. Aucun de ces scénarios ne peut aujourd’hui être présenté comme acquis.

Le financement national constitue une dimension distincte. Dans le communiqué d’Accra de 2025, les conseils s’engageaient à travailler avec les gouvernements africains pour porter progressivement le financement intérieur de la recherche et développement vers 1 % du produit intérieur brut d’ici 2034. Il s’agit d’un objectif déclaré, non d’un niveau de dépense atteint par l’ensemble des pays participants.

L’évaluation du nouvel appel devra donc suivre plusieurs éléments séparément : les sommes attribuées, la réalisation des travaux, l’utilisation des résultats et la continuité des capacités créées. Aucun de ces indicateurs ne peut, seul, tenir lieu de bilan général.

Les textes qui permettent de suivre l’appel

Conditions de participation : la fiche de financement du CRDI, le document détaillé avec ses annexes nationales et la FAQ définissent les règles. La plateforme de mise en relation apporte un appui, sans remplacer ces documents.

Cadre financier et africain : l’annonce du CRDI du 16 février 2026 distingue la troisième phase de l’initiative de l’appel particulier. Le communiqué d’Accra du 19 septembre 2025 et la STISA-2034 documentent les engagements et objectifs continentaux.

Mise en œuvre : l’avis du National Research Fund du Kenya, les communications de l’ICSRS de septembre et le guide du CRDI sur les données précisent les démarches et les attentes. Ces sources émanent principalement des acteurs du dispositif, et non d’une évaluation indépendante de ses effets.


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