Un appui américain aux études, pas encore à une mine en production

La DFC, agence américaine de financement du développement international, a annoncé le 7 août 2026 son soutien au projet de terres rares d’Ampasindava, dans le nord-ouest de Madagascar. Harena Rare Earths avait communiqué dès le 22 juillet sur un engagement pouvant atteindre 4,84 millions de dollars. L’agence présente cette opération comme son premier investissement minier dans le pays.

La portée du financement doit être précisée : il accompagne la préparation du projet, et non la construction intégrale d’une mine déjà autorisée à produire. La DFC décrit une aide aux études techniques, environnementales et sociales ainsi qu’aux démarches d’autorisation. Un éventuel financement ultérieur, par dette ou participation au capital, reste une possibilité.

Pour Madagascar, plusieurs questions demeurent distinctes : où seront transformées les matières extraites, quelles recettes reviendront aux collectivités et comment seront évalués les effets sur les populations ? Une annonce financière ne répond pas, à elle seule, à ces interrogations.

Washington cherche des approvisionnements, Harena développe son actif

L’objectif américain est explicite. La DFC rattache l’opération à la sécurisation des approvisionnements nécessaires à l’industrie, aux aimants permanents et aux équipements de défense. Elle présente le développement de fournisseurs supplémentaires comme un moyen de diversifier les chaînes utilisées par les États-Unis et leurs partenaires. Il s’agit de la justification officielle du financement, pas d’un résultat industriel déjà obtenu.

Ce contexte n’est pas figé. Dans son rapport de juillet 2026, l’Agence internationale de l’énergie observe que les nouvelles capacités américaines et la hausse de production en Malaisie ont légèrement réduit la concentration du raffinage des terres rares en 2025. Elle relève néanmoins un décalage entre les projets d’extraction et les capacités annoncées de raffinage ou de fabrication d’aimants.

Harena indique détenir 100 % des intérêts dans Ampasindava. Le bénéficiaire industriel annoncé est donc une société minière, et non directement le budget malgache. Les documents décrivent des droits concernant de possibles financements futurs, pas une prise de participation déjà réalisée par la DFC.

Le cahier des charges signé ne clôt pas les autorisations

Selon l’annonce de juillet, les modalités du financement étaient convenues et le processus de décaissement engagé. Cette déclaration de l’entreprise ne constitue pas un relevé audité des montants effectivement reçus. L’enveloppe autorisée, les sommes décaissées et les dépenses réalisées doivent rester distinguées.

Une étape supplémentaire a été annoncée le 11 août : Harena indique avoir signé avec le ministère malgache des Mines le Cahier des charges minières, ou CCM. D’après l’entreprise, ce document formalise ses engagements techniques, financiers, environnementaux et sociaux dans le cadre du Code minier de 2023. Il ouvre la phase suivante, comprenant une installation pilote de démonstration et un laboratoire sur place.

Mais le même communiqué précise que les études environnementales et sociales, l’engagement des parties prenantes et la consultation publique doivent permettre d’obtenir l’autorisation environnementale. La signature du CCM ne démontre donc pas que toutes les autorisations nécessaires à la production commerciale ont été délivrées.

La distinction est aussi financière : valider un procédé à l’échelle pilote ne garantit pas sa rentabilité industrielle. Pour apprécier celle-ci, il faudra rapprocher les résultats techniques des investissements nécessaires, des charges d’exploitation et des conditions de vente.

Un carbonate intermédiaire, pas des aimants finis

La fiche de la DFC décrit un produit précis : un carbonate mixte de terres rares, désigné par le sigle MREC. Cet intermédiaire subirait un traitement supplémentaire hors du site. Harena prévoit de travailler avec des installations situées hors de Chine. La documentation ne présente donc pas Ampasindava comme une usine malgache produisant déjà des aimants finis.

La présentation technique de l’entreprise envisage une extraction d’argiles suivie d’une lixiviation au sulfate d’ammonium, procédé destiné à en récupérer les terres rares, puis la production du carbonate. La séparation et le raffinage ultérieurs figurent dans une autre étape du schéma industriel, associée à des partenaires. Ce schéma décrit un projet, non une installation dont le fonctionnement commercial aurait été vérifié.

L’analyse économique porte ici sur la répartition des activités. Une augmentation des exportations malgaches pourrait coexister avec une transformation plus poussée à l’étranger. Elle ne prouverait, à elle seule, ni l’absence de bénéfices locaux ni la constitution d’une filière industrielle complète.

L’AIE identifie précisément, à l’échelle internationale, une progression des projets miniers plus rapide que celle de certaines capacités de transformation. Dans le cas d’Ampasindava, la question concrète est de savoir quelles opérations pourraient être localisées à Madagascar, avec quels partenaires, quels coûts et quels débouchés. La description du produit exportable ne suffit pas à calculer la part de valeur qui resterait effectivement dans le pays.

Recettes publiques et activités locales ne se mesurent pas de la même façon

Le Code minier de 2023, dans sa version publiée par le Bureau du cadastre minier de Madagascar, prévoit à l’article 283 des droits et taxes spéciaux représentant 5 % de la valeur des produits miniers à l’exportation : 2 % de ristourne pour les collectivités territoriales décentralisées et 3 % de redevance pour l’État et ses démembrements sectoriels. Ce prélèvement ne résume pas toute la fiscalité applicable.

Les articles 280 à 282 instituent également un fonds minier d’investissement social et communautaire. Pour les permis d’exploitation, la contribution correspond à 3 % de l’investissement direct initial prévu par l’étude de préfaisabilité, avec un mécanisme de réajustement. L’article 288 prévoit par ailleurs un abattement de 30 % du taux des droits et taxes lorsque les substances sont transformées au sens du Code. Son application au produit d’Ampasindava reste à établir.

Ces règles ne permettent ni d’additionner mécaniquement des pourcentages portant sur des bases différentes ni d’annoncer des recettes déjà acquises.

Les effets locaux doivent aussi être examinés hors des comptes miniers. Le résumé institutionnel d’une étude publiée en 2024 rapporte une enquête auprès de 459 ménages autour de cinq sites miniers malgaches, dont celui de Tantalum Rare Earth Malagasy. Les réponses faisaient principalement apparaître des effets perçus défavorables sur les usages des terres, les moyens d’existence et le bien-être. Certaines améliorations des services et des infrastructures étaient également relevées, notamment autour d’Ambatovy.

Cette recherche antérieure, consacrée à plusieurs sites, ne constitue ni une mesure de pollution à Ampasindava en 2026 ni une attribution de tous les effets observés à Harena. Elle documente cependant des dimensions que les seules prévisions financières ne permettent pas d’évaluer.

Pour les entreprises, universités et spécialistes africains, y compris dans les diasporas, des débouchés pourraient concerner les analyses de laboratoire, la maintenance, la formation et le suivi environnemental. Il s’agit ici de pistes d’activité, non de marchés attribués ou de programmes déjà documentés.

L’eau, les contrats et la consultation exigent encore des pièces

Harena annonce vouloir suivre les normes de performance de la Société financière internationale. Ces normes encadrent notamment la gestion des risques, les conditions de travail, la prévention des pollutions, les relations avec les communautés et la biodiversité. Les invoquer ne vaut pas certification indépendante de conformité.

À partir de ce cadre, l’examen environnemental devrait notamment permettre de préciser les prélèvements et circuits d’eau, le confinement des solutions, la gestion des résidus et la remise en état. Pour les habitants, les usages fonciers existants, les éventuelles restrictions d’accès et le traitement des plaintes constituent également des points à examiner. Ce sont des questions d’évaluation, pas des dommages tenus pour acquis.

Le corpus consulté ne comprend pas le contrat financier intégral et ses éventuelles clauses de remboursement ou de conversion, le CCM complet et ses annexes, ni une étude d’impact finale accompagnée de toutes les décisions administratives correspondantes. Il ne permet pas davantage de vérifier des engagements contractuels définitifs sur les acheteurs, les prix ou la transformation locale. Cela ne démontre pas que ces pièces n’existent pas : elles n’ont pas été examinées ici.

Sans elles, présenter le financement comme un don sans condition, comme un transfert de propriété ou comme une garantie de recettes malgaches dépasserait les preuves disponibles. La même prudence s’impose concernant les emplois durables, la part des achats locaux et les éventuelles garanties supportées par l’État.

L’objectif de 2028 dépend de plusieurs étapes successives

Dans sa présentation d’août 2026, Harena vise une mise en production en 2028. Son calendrier fait auparavant apparaître la démonstration pilote, les études et autorisations environnementales, l’étude de faisabilité définitive et la décision finale d’investissement. Cette date constitue un objectif de l’entreprise, non une échéance garantie.

Un premier scénario serait l’achèvement de ces étapes, suivi d’un financement de construction et de contrats commerciaux permettant la mise en service. Un deuxième serait une révision du calendrier ou du dimensionnement après les essais, l’évaluation environnementale ou les négociations financières. Les annonces étudiées ne permettent pas d’attribuer des probabilités à ces scénarios.

Un troisième axe concerne le contenu industriel : les partenariats pourraient maintenir l’essentiel du traitement avancé hors de Madagascar ou prévoir davantage d’activités locales. Comparer ces configurations demanderait des données sur l’énergie, les compétences, les coûts, les contraintes environnementales et les marchés accessibles.

À ce stade, l’engagement financier préparatoire est documenté ; la contribution finale du projet à l’économie malgache reste à mesurer. La diversification des approvisionnements américains et les retombées pour Madagascar constituent deux objets d’évaluation distincts. L’avancement du premier ne suffit pas à établir les résultats du second.

Des annonces financières aux textes malgaches : le socle documentaire

Financement et développement du projet. Le communiqué de la DFC du 7 août 2026 et sa fiche consacrée à Ampasindava précisent la nature de l’intervention. Les annonces de Harena et sa présentation aux investisseurs documentent les étapes et objectifs déclarés par le promoteur.

Cadre juridique et industriel. Le Code minier publié par le BCMM fournit les dispositions légales citées. Le Global Critical Minerals Outlook 2026 de l’AIE replace le projet dans les chaînes internationales d’approvisionnement.

Dimensions environnementales et sociales. Les normes de performance de la SFI constituent un cadre d’évaluation. Le résumé de l’étude de 2024 publié par la Wyss Academy apporte un éclairage antérieur sur les perceptions de ménages malgaches. Cette recherche documentaire ne remplace ni une visite du site ni des entretiens actualisés avec ses habitants.


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