Perth transforme une conférence minière en carrefour diplomatique Afrique–Australie
Du 2 au 4 septembre 2026, Perth a accueilli la 24ᵉ édition d’Africa Down Under, rendez-vous désormais ancien des relations minières entre l’Australie et le continent africain. L’événement est présenté par ses organisateurs comme le principal forum australo-africain consacré aux affaires et aux relations gouvernementales dans les mines et l’énergie, ainsi que comme l’un des plus grands rassemblements consacrés au secteur minier africain organisés hors du continent.
Mais l’édition 2026 confirme surtout une évolution plus institutionnelle. Selon la représentation diplomatique australienne en Afrique du Sud, des délégations provenant de 18 pays africains ont participé aux rencontres, aux côtés de dizaines de groupes miniers australiens actifs sur le continent. Trois membres des gouvernements australiens ont directement pris part au dispositif : Anne Aly, ministre fédérale du Développement international et des Affaires multiculturelles ; Matt Thistlethwaite, ministre adjoint fédéral des Affaires étrangères et du Commerce ; et Daniel Pastorelli, ministre des Mines, du Pétrole et de l’Exploration d’Australie-Occidentale.
Africa Down Under demeure une conférence organisée par le secteur privé, historiquement portée par Paydirt Media. Elle n’est donc pas une organisation intergouvernementale ni une conférence diplomatique officielle au sens juridique du terme. Toutefois, l’utilisation régulière de la plateforme par les gouvernements australiens et africains pour leurs rencontres ministérielles, leurs forums d’investissement et leurs échanges institutionnels permet de documenter sa transformation en infrastructure de fait de la diplomatie économique Afrique–Australie. Le Parlement d’Australie-Occidentale avait déjà décrit Paydirt Media comme l’organisateur de l’événement lors de l’édition 2025.
Vingt-quatre éditions ont installé un rendez-vous hors du continent africain
Africa Down Under a été lancé en 2003 afin de rendre plus visibles les intérêts australiens dans les secteurs minier et énergétique africains. La conférence s’inscrit désormais au centre d’une « Africa Week » plus large à Perth, comprenant des rencontres sur l’investissement, la formation, les infrastructures, le développement durable, l’énergie, la recherche et les liens entre communautés africaines et australiennes.
L’institutionnalisation est également visible dans la continuité gouvernementale.
En septembre 2025, le ministre des Mines d’Australie-Occidentale indiquait devant le Parlement de l’État qu’en vingt-trois éditions, Africa Down Under avait accueilli quelque 150 ministres africains, 12 ministres australiens et des délégations de 40 pays africains. L’édition 2025 avait réuni plus de 1 500 participants. Ces chiffres sont historiques et ne doivent pas être attribués à l’édition 2026, mais ils permettent de mesurer l’accumulation de relations institutionnelles autour du rendez-vous de Perth.
La 24ᵉ édition prolonge cette dynamique. Lors de la séance d’ouverture fédérale du 2 septembre 2026, Matt Thistlethwaite a explicitement relié la conférence à la future demande mondiale de cobalt, lithium, graphite, terres rares et autres minerais nécessaires aux batteries, véhicules électriques, panneaux solaires et éoliennes. Le ministre adjoint a défendu une coopération dans laquelle l’extraction devrait être accompagnée d’une gestion responsable des ressources et de retombées économiques pour les États qui les détiennent.
Le lendemain, Anne Aly a présenté Africa Down Under non seulement comme une conférence minière et énergétique, mais comme un lieu de rencontre fondé sur le partenariat, le partage d’opportunités et les relations sociales, culturelles et économiques entre l’Afrique et l’Australie. Son discours a également insisté sur le rôle des diasporas africaines établies en Australie.
Les gouvernements africains utilisent Perth pour présenter directement leurs stratégies minières
L’un des éléments les plus significatifs de l’édition 2026 réside dans la multiplication des formats nationaux organisés en marge ou dans le prolongement d’Africa Down Under.
La Côte d’Ivoire a programmé à Perth un séminaire gouvernemental consacré aux conditions d’investissement dans son secteur minier. La Zambie a déployé une session spécifique associant notamment son ministère des Mines et ZCCM Investments Holdings afin de présenter sa stratégie sur les minerais critiques. L’Angola a tenu son premier forum économique Australie–Angola axé sur l’investissement et le développement autour des minerais stratégiques.
Le Ghana a également organisé un forum sur les opportunités d’investissement dans les mines mais aussi l’agriculture, l’énergie, les infrastructures et les technologies, avec la participation annoncée du ministre chargé des ressources naturelles, du haut-commissaire du Ghana et de responsables de la Minerals Commission. Le Malawi a mobilisé son ministre des Mines, son administration fiscale et son autorité de régulation minière autour d’un programme portant sur l’exploration, les minerais critiques, l’énergie, les infrastructures et le financement.
Le Nigeria a, de son côté, envoyé une délégation de haut niveau du secteur des minerais solides. Selon le Haut-Commissariat nigérian en Australie, cette délégation devait utiliser la conférence pour rencontrer des groupes miniers, investisseurs, institutions financières et autres acteurs industriels afin de rechercher des capitaux, des technologies et de l’expertise.
L’Angola a officiellement qualifié la conférence de principal rendez-vous consacré au secteur minier africain organisé hors d’Afrique et a confirmé la participation de membres de plusieurs gouvernements africains, d’entreprises, d’investisseurs, de diplomates et d’universitaires à l’édition 2026.
Ces initiatives ne constituent pas à elles seules des accords d’investissement. Elles démontrent en revanche que plusieurs gouvernements africains considèrent désormais Perth comme un lieu où leurs administrations peuvent présenter directement leurs politiques minières et dialoguer avec l’écosystème financier, industriel et technologique australien.
Une architecture publique existait avant Africa Down Under 2026
L’ancrage institutionnel de Perth ne repose pas uniquement sur les conférences successives.
En 2014, le gouvernement d’Australie-Occidentale et le Marché commun de l’Afrique orientale et australe — COMESA — ont conclu un protocole d’accord portant sur les ressources minérales et pétrolières, l’agriculture, la formation professionnelle et le renforcement des capacités. Le document définit explicitement une coopération fondée sur l’égalité, la réciprocité et le bénéfice mutuel.
Dès les années suivantes, le gouvernement d’Australie-Occidentale avait utilisé Africa Down Under pour recevoir des délégations ministérielles du COMESA, organiser des réunions de groupes de travail et présenter l’expérience réglementaire et technique de l’État australien.
Cette continuité donne une profondeur particulière à l’édition 2026. Perth n’est plus seulement un lieu où des entreprises australiennes viennent rechercher des projets africains : l’écosystème associe désormais diplomatie fédérale, gouvernement d’Australie-Occidentale, États africains, investisseurs, compagnies minières, universités, organisations professionnelles et diasporas.
Le gouvernement fédéral australien identifie lui-même Africa Down Under et l’Australia–Africa Week parmi les rendez-vous utilisés pour faire avancer ses intérêts communs avec les États africains. DFAT recense également plus de 170 sociétés cotées à l’ASX actives dans 35 pays africains, ce qui explique la densité du lien entre le secteur minier australien et le continent.
Pour l’Afrique, la question centrale reste la création de valeur sur le continent
La consolidation de Perth comme plateforme de coopération peut ouvrir des possibilités pour les États africains, mais la participation diplomatique ne préjuge pas de la qualité des partenariats conclus.
Le premier enjeu concerne la transformation locale. L’Afrique dispose d’importantes réserves de cuivre, cobalt, lithium, graphite, manganèse, nickel, terres rares et autres matières premières essentielles à la transition énergétique. Si l’investissement australien reste limité à l’exploration et à l’extraction destinées à l’exportation, l’intensification des relations reproduira essentiellement une architecture traditionnelle d’approvisionnement en matières premières.
Les intérêts africains deviennent plus substantiels lorsque la négociation porte également sur le traitement des minerais, les infrastructures énergétiques, la formation, la géologie, les laboratoires, les fournisseurs locaux, l’ingénierie, le financement des projets et les capacités réglementaires.
Sur ce point, les discours australiens de 2026 reconnaissent au moins publiquement que les minerais critiques ne peuvent être abordés sous le seul angle de leur extraction. Matt Thistlethwaite a souligné que leur développement devait procurer prospérité et stabilité aux États propriétaires de ces ressources. Cette orientation politique est documentée ; son application concrète projet par projet reste à démontrer.
Le deuxième enjeu est celui du transfert de compétences. L’Australie-Occidentale possède un secteur important de services et technologies minières : exploration, logiciels, automatisation, ingénierie, gestion environnementale, formation, sécurité industrielle et équipements spécialisés. Une coopération négociée à partir des priorités africaines pourrait transformer ces compétences en capacités locales durables.
Le troisième enjeu concerne le rapport de négociation. Une plateforme réunissant simultanément plusieurs gouvernements africains offre théoriquement davantage de possibilités de comparaison des politiques fiscales, des exigences de contenu local, des modèles de participation publique et des stratégies de transformation. Elle comporte néanmoins aussi un risque : celui d’une compétition entre États africains cherchant à attirer les mêmes capitaux en proposant des conditions toujours plus avantageuses aux investisseurs.
Une plateforme n’est pas encore une politique industrielle commune
Les éléments consultés permettent d’établir la densité diplomatique de l’édition 2026, mais ils ne permettent pas encore de mesurer son rendement économique.
Aucun bilan institutionnel consolidé ne permet, au 17 septembre 2026, de déterminer le montant des investissements effectivement décidés à la suite de la conférence, le nombre d’accords juridiquement contraignants signés ou la part des projets comportant des obligations de transformation locale, de transfert technologique ou de contenu africain.
Il serait donc excessif de présenter Africa Down Under 2026 comme la démonstration déjà acquise d’un nouveau modèle de coopération minière.
De même, les forums nationaux organisés autour de la Côte d’Ivoire, de la Zambie, de l’Angola, du Ghana ou du Malawi sont principalement des dispositifs de prospection, de promotion et de mise en relation. Ils documentent une stratégie d’ouverture aux investisseurs australiens ; ils ne prouvent pas automatiquement la concrétisation de nouveaux projets.
Enfin, la qualification de Perth comme « plateforme publique » doit être comprise avec précision. La conférence reste organisée par un acteur privé. Ce qui devient public est l’usage institutionnel du forum : présence ministérielle, rencontres gouvernementales, diplomatie commerciale, forums nationaux et coopération réglementaire.
Perth pourrait devenir un deuxième point d’ancrage du dialogue minier Afrique–Australie
Si la tendance observée en 2026 se poursuit, Africa Down Under pourrait renforcer son rôle de plateforme complémentaire à Investing in African Mining Indaba, organisé en Afrique du Sud.
Les fonctions seraient cependant différentes. L’Indaba demeure ancré sur le continent africain. Perth offre, de son côté, un accès direct à l’une des principales concentrations mondiales d’entreprises, d’ingénieurs, de capitaux et de technologies spécialisés dans les ressources naturelles.
Un scénario de coopération renforcée pourrait donc voir les gouvernements africains utiliser plus systématiquement Africa Down Under pour négocier des partenariats techniques, des programmes de formation, des financements, des accords universitaires et des investissements dans les chaînes de valeur.
Un scénario plus limité maintiendrait essentiellement la fonction actuelle : attirer des capitaux australiens vers l’exploration et l’extraction africaines.
Entre ces deux trajectoires, la variable déterminante sera moins le nombre de délégations présentes à Perth que la nature des engagements négociés : propriété, fiscalité, contenu local, transformation, transfert technologique, emploi, formation et participation des institutions africaines aux chaînes de valeur.
Une documentation publique permet désormais de suivre les engagements
Les principales sources institutionnelles mobilisées sont le Department of Foreign Affairs and Trade australien ; le gouvernement et le Parlement d’Australie-Occidentale ; le Haut-Commissariat d’Australie en Afrique du Sud ; le Haut-Commissariat du Nigeria en Australie ; l’ambassade d’Angola en Australie ; ainsi que le protocole de coopération entre le gouvernement d’Australie-Occidentale et le COMESA. Les programmes publics d’Africa Down Under permettent en complément de documenter la participation des délégations et les forums nationaux organisés autour de l’édition 2026.

