Fidji — Sécurité / Défense / Maintien de la paix
De Suva à Juba, une présence fidjienne qui reste opérationnelle
À plus de 16 000 kilomètres du Pacifique Sud, les Fidji conservent en 2026 un lien opérationnel direct avec l’une des principales opérations de paix déployées sur le continent africain. Ce lien passe par la Mission des Nations unies au Soudan du Sud (MINUSS/UNMISS), où du personnel fidjien continue de servir sous mandat des Nations unies.
La fiche consacrée aux Fidji par le Département des opérations de paix de l’ONU, mise à jour le 4 avril 2026, confirme le maintien d’une présence fidjienne au sein de l’UNMISS. Les statistiques détaillées de contribution disponibles pour le 28 février 2026 recensent plus précisément 10 policiers individuels fidjiens au sein de la mission, six hommes et quatre femmes.
Cette précision est importante. L’engagement fidjien au Soudan du Sud ne doit pas être artificiellement présenté comme le déploiement d’un important contingent militaire. Les données mensuelles détaillées consultées documentent, à cette date, une présence relevant principalement de la police des Nations unies, l’UNPOL.
Pour le Soudan du Sud, cette contribution s’insère néanmoins dans un dispositif directement chargé de protéger des populations civiles, d’appuyer l’accès humanitaire, de soutenir la police nationale et de réduire les risques de violences communautaires ou politiques.
Pour les Fidji, elle prolonge une spécialisation internationale construite depuis plusieurs décennies : mettre une partie de leurs capacités militaires et policières au service d’opérations multilatérales très éloignées de leur environnement géographique immédiat.
Depuis 1978, le maintien de la paix est devenu un outil d’État
Les Fidji ne sont pas un nouveau venu des opérations internationales. Un document des Nations unies consacré au maintien de la paix dans le Pacifique rappelle que le pays est devenu en 1978 le premier État insulaire du Pacifique de cette catégorie à participer à une opération de paix de l’ONU, avec son engagement au Liban. L’ONU décrit aujourd’hui encore les Fidji comme le contributeur pacifique le plus significatif dans ce domaine.
Cette continuité explique la place particulière occupée par le maintien de la paix dans la politique extérieure fidjienne.
En juillet 2026, le ministre des Affaires étrangères et du Commerce extérieur, Sakiasi Ditoka, a réaffirmé à Suva l’engagement de son pays dans les opérations internationales lors d’une conférence consacrée à l’avenir des opérations de paix et à la protection des civils. Le gouvernement fidjien y a notamment insisté sur la protection des populations, la responsabilité des personnels déployés et l’adaptation des missions aux nouveaux environnements sécuritaires.
Cette orientation ne relève donc pas seulement d’un héritage historique. En 2026, Suva continue d’investir dans la préparation opérationnelle de ses personnels. En août, quatorze membres des Republic of Fiji Military Forces ont ainsi participé en Indonésie à l’exercice multinational Garuda Canti Dharma III, réunissant plus de 700 participants de 22 pays autour de la préparation aux futures opérations de paix des Nations unies.
Le Soudan du Sud s’inscrit dans cette architecture plus large : ce n’est pas le seul terrain d’engagement fidjien, mais il demeure l’un des espaces où la politique de maintien de la paix de Suva rencontre directement une crise de sécurité africaine.
Au Soudan du Sud, dix policiers peuvent participer à une mission de grande ampleur
L’effectif fidjien doit être replacé dans son juste ordre de grandeur.
Les statistiques onusiennes du 28 février 2026 enregistrent 10 policiers individuels fidjiens au sein de l’UNMISS. Ce chiffre est très inférieur aux contingents fournis par plusieurs grands contributeurs militaires africains ou asiatiques. Il ne représente donc pas une capacité autonome susceptible d’infléchir à elle seule l’environnement sécuritaire sud-soudanais.
Son caractère opérationnel n’en est pas moins réel.
Sous la résolution 2820 (2026) du Conseil de sécurité, l’UNMISS doit notamment protéger les civils, faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire, contribuer à prévenir une nouvelle escalade politique, suivre les violations des droits humains et soutenir le processus de paix. La mission dispose pour cela de composantes militaires et policières qui effectuent des patrouilles, interviennent dans les zones à risque et travaillent avec les communautés et les institutions nationales.
Au 27 mars 2026, le Secrétaire général recensait dans l’ensemble de l’UNMISS 1 240 personnels de police, dont 572 policiers individuels, parallèlement à 8 989 personnels militaires. Les Fidji représentent donc une fraction réduite de l’ensemble, mais intégrée dans une architecture opérationnelle beaucoup plus vaste.
Le rôle de l’UNPOL dépasse la surveillance statique. La police des Nations unies effectue des patrouilles de visibilité, contribue à la sécurisation des populations déplacées, accompagne les retours, soutient la police sud-soudanaise, mène des actions de police communautaire et fournit une assistance technique dans le respect des normes relatives aux droits humains.
En février 2026, le commissaire de police de l’UNMISS, Meinolf Schlotmann, a notamment annoncé le maintien d’une posture de protection des civils reposant sur des patrouilles intégrées, la sécurisation des axes humanitaires, la désescalade des incidents et l’assistance technique à la Police nationale du Soudan du Sud.
Le lien fidjien est policier, mais son empreinte est plus ancienne
L’intérêt du cas fidjien réside moins dans le volume de personnels actuellement identifié que dans la continuité de l’engagement.
Les Fidji disposent d’une expérience documentée de longue date au Soudan du Sud. En 2016, l’UNMISS recensait 29 Fidjiens issus de la police, des services correctionnels et des forces armées servant dans différentes zones du pays. Plusieurs travaillaient directement à la protection des civils et à la police communautaire.
Cette présence a également produit des responsabilités de haut niveau. En 2018, la Fidjienne Unaisi Bolatolu-Vuniwaqa est devenue la première femme à exercer les fonctions de commissaire de police de l’UNMISS. Son mandat était notamment orienté vers la protection des déplacés, l’amélioration de l’efficacité opérationnelle de l’UNPOL et le renforcement des capacités de la Police nationale sud-soudanaise.
Plus récemment, des policiers fidjiens ont encore été documentés sur le terrain. L’ONU a notamment présenté le travail de la policière Shalemi Kumari, mobilisant son expérience d’enquêtrice et de police communautaire auprès des populations du Jonglei, en particulier sur les violences fondées sur le genre et l’accompagnement des forces de police locales.
Ces exemples ne permettent pas d’attribuer aux dix policiers recensés en février 2026 chacune des activités actuellement menées par l’UNPOL. Ils démontrent en revanche que la contribution fidjienne au Soudan du Sud ne se limite pas à une présence symbolique ou administrative : elle s’inscrit historiquement dans les fonctions concrètes de police et de protection exercées par la mission.
Pour l’Afrique, un exemple discret de coopération sécuritaire Sud-Sud
La présence fidjienne au Soudan du Sud offre une lecture intéressante des relations entre l’Afrique et les petits États du Pacifique.
Elle démontre d’abord que les échanges de sécurité Sud-Sud ne sont pas nécessairement organisés autour de grandes puissances militaires. Un État insulaire de moins d’un million d’habitants peut fournir des personnels spécialisés à une mission opérant au cœur d’une crise africaine, dans un cadre juridiquement défini par les Nations unies.
Cette contribution ne remplace évidemment ni les forces de sécurité sud-soudanaises ni les importantes contributions africaines au maintien de la paix. Elle apporte cependant des compétences policières, une expérience internationale et une capacité d’intervention intégrées au dispositif multilatéral.
La deuxième dimension concerne la circulation de l’expertise.
Les opérations de paix constituent pour les contributeurs un espace de formation professionnelle : commandement multinational, police communautaire, protection des civils, gestion d’incidents, droits humains, logistique ou coordination civilo-militaire. Les Fidji ont eux-mêmes souligné devant les Nations unies que les déploiements internationaux permettaient à leurs forces d’acquérir des compétences ensuite réutilisables dans leur secteur national de sécurité.
Pour les États africains, le mécanisme fonctionne également dans l’autre sens : policiers et militaires de multiples pays servent ensemble dans des structures communes, où s’échangent doctrines, pratiques et expériences.
Enfin, le cas fidjien montre que l’Afrique reste un espace central pour l’avenir même du maintien de la paix international. Le Soudan du Sud oblige des États situés à des milliers de kilomètres à tester leurs doctrines de protection, leurs formations et leur capacité à opérer dans des contextes de violence communautaire, de déplacement massif de population et de fragilité institutionnelle.
Une mission toujours confrontée à une crise sécuritaire aiguë
L’importance du lien opérationnel doit également être appréciée à partir de la situation actuelle du Soudan du Sud.
En août 2026, la représentante spéciale du Secrétaire général, Anita Kiki Gbeho, a décrit devant le Conseil de sécurité un environnement toujours marqué par des affrontements armés, des tensions politiques et des interrogations sur les conditions nécessaires à la tenue d’élections crédibles et pacifiques.
Entre janvier et juin 2026, plus de 420 000 personnes auraient été déplacées par les violences, principalement dans le Jonglei. Environ 7,1 millions de personnes étaient confrontées à l’insécurité alimentaire, tandis que le pays accueillait environ 1,4 million de personnes ayant fui la guerre au Soudan. Les Nations unies recensaient également 36 travailleurs humanitaires tués depuis le début de l’année et 391 incidents affectant l’accès humanitaire.
La mission elle-même demeure exposée.
Le 24 août 2026, deux Casques bleus éthiopiens ont été tués lors d’une embuscade contre une patrouille de l’UNMISS dans l’État du Jonglei. L’événement rappelle que les personnels déployés ne participent pas à une mission de simple observation administrative : certaines patrouilles interviennent dans des environnements où les risques physiques restent élevés.
Cette situation donne un contenu concret à la présence fidjienne. Même lorsque les policiers fidjiens ne sont pas directement impliqués dans chacun de ces incidents, ils servent au sein d’une mission confrontée à ce niveau général de menace et de fragilité.
Ce que les données disponibles ne permettent pas encore d’affirmer
La principale limite documentaire concerne les effectifs fidjiens exactement présents au Soudan du Sud en septembre 2026.
La dernière ventilation détaillée par pays, mission et catégorie de personnel clairement accessible dans les documents consultés porte sur le 28 février 2026 et établit un effectif de dix policiers individuels fidjiens au sein de l’UNMISS. Les documents institutionnels plus récents confirment la poursuite générale de l’engagement fidjien dans les opérations de paix, mais ne fournissent pas une ventilation nominative actualisée du contingent au Soudan du Sud.
Une autre prudence s’impose concernant la fiche nationale des Nations unies consacrée aux Fidji. Celle-ci affirme que des militaires et policiers fidjiens maintiennent une présence auprès de l’UNMISS, tandis que le tableau statistique détaillé de février 2026 ne fait apparaître, pour cette mission, que des policiers individuels.
Les deux documents ne peuvent être artificiellement réconciliés.
La formulation la plus rigoureuse consiste donc à établir la présence opérationnelle fidjienne au sein de l’UNMISS, tout en précisant que la dernière ventilation statistique disponible documente directement dix policiers et ne permet pas de confirmer un contingent militaire fidjien simultanément déployé dans la mission à cette date.
Il n’est pas davantage possible, avec les documents disponibles, d’isoler quantitativement l’impact propre des policiers fidjiens sur l’évolution de la sécurité sud-soudanaise. Leur action est intégrée dans une structure multinationale, ce qui interdit d’attribuer à une seule nationalité les résultats collectifs de l’UNPOL.
Un lien appelé à dépendre autant de Juba que de Suva
Si les Fidji maintiennent leur politique actuelle de contribution aux opérations de paix, le Soudan du Sud pourrait continuer à constituer l’un des terrains de leur engagement international. Cette continuité dépendra cependant de plusieurs variables.
La première est l’évolution du mandat de l’UNMISS. La résolution 2820 a prolongé la mission jusqu’au 30 avril 2027, dans un contexte où le Conseil de sécurité estime toujours nécessaire de prévenir une reprise généralisée de la guerre et de protéger les populations civiles.
La deuxième concerne les besoins opérationnels de l’ONU. Une intensification des violences, des mouvements de population ou des tensions autour du processus politique peut accroître la demande de policiers spécialisés, tandis que des contraintes budgétaires peuvent au contraire réduire certaines présences.
La troisième variable se situe à Suva. Les initiatives conduites en 2026 — conférence internationale sur l’avenir des opérations de paix, formation multinationale en Indonésie et engagement diplomatique auprès des Nations unies — montrent que les Fidji entendent préserver cette compétence stratégique.
Le principal enseignement africain est peut-être là : le lien entre les Fidji et le Soudan du Sud n’est pas fondé sur une proximité géographique, commerciale ou historique majeure. Il résulte d’une architecture multilatérale dans laquelle un petit État du Pacifique transforme une spécialisation nationale en contribution directe à la sécurité d’un État africain.
La taille de la présence fidjienne actuellement documentée demeure modeste. Son existence, elle, est établie.
Les documents institutionnels qui établissent cette présence
Département des opérations de paix des Nations unies : profil national des Fidji et statistiques mensuelles sur les contributions de personnels en uniforme.
Mission des Nations unies au Soudan du Sud : mandat de l’UNMISS sous la résolution 2820 (2026), documentation sur le rôle de l’UNPOL, activités de protection des civils et coopération avec la Police nationale sud-soudanaise.
Secrétaire général des Nations unies : rapports de 2026 sur la situation au Soudan du Sud et les effectifs de l’UNMISS.
Ministère fidjien des Affaires étrangères et du Commerce extérieur : déclaration du 29 juillet 2026 sur l’engagement durable des Fidji dans les opérations internationales de paix.
Republic of Fiji Military Forces : documentation institutionnelle relative à la stratégie et à l’expérience fidjiennes de maintien de la paix.
Nations unies : documentation historique sur les contributions fidjiennes aux opérations de paix depuis 1978.

