À Samoa, la cartographie des pertes et dommages climatiques entre dans une phase de validation nationale. Le fait est établi : le MNRE et la Communauté du Pacifique ont mené des consultations et travaux de terrain sur plusieurs îles. En revanche, les sources disponibles ne montrent pas qu’une carte nationale finale, un registre exhaustif des sites ou un chiffrage consolidé des pertes aient déjà été publiés.
| POINT DE CERTITUDE — le Geospatial Mapping of Loss and Damage Sites in Samoa Project est bien en cours en 2026 et couvre Upolu, Savaiʻi, Manono et Apolima. Au 7 août, le MNRE présente des résultats préliminaires du premier objectif ; aucune carte nationale finale, aucun nombre consolidé de sites et aucun coût total des pertes ne sont publiés dans les documents consultés. |
Quand les pertes climatiques deviennent des points sur une carte
À Samoa, la bataille des pertes et dommages climatiques se déplace sur le terrain de la preuve. Fin juillet et début août 2026, le Ministry of Natural Resources and Environment (MNRE), avec la Communauté du Pacifique (SPC), a organisé consultations et travaux de terrain pour identifier et valider des sites prioritaires touchés par des impacts climatiques. L’initiative couvre Upolu, Savaiʻi, Manono et Apolima et associe données géospatiales et connaissances communautaires.
Le 7 août, un atelier national a présenté les résultats préliminaires du premier objectif du projet. Ce jalon est réel, mais Samoa n’a pas publié à cette date un atlas national définitif ni un chiffrage consolidé du coût climatique. Le travail documenté consiste à construire une base de preuves : localiser, qualifier, confronter les informations techniques aux expériences locales et préparer des outils d’aide à la décision.
Une carte peut rendre visibles des vulnérabilités dispersées entre récits villageois, dossiers administratifs et évaluations sectorielles. Elle ne transforme toutefois pas chaque dommage observé en dommage scientifiquement attribué au changement climatique, ni chaque site identifié en créance financière acquise.
Une décennie après le diagnostic, la preuve devient plus territoriale
Le chantier de 2026 ne part pas de zéro. Un rapport consacré à Samoa sur les lacunes en matière de pertes et dommages avait déjà été produit en juin 2015 pour le Programme régional océanien de l’environnement et la GIZ. Il constatait notamment le manque d’informations empiriques et examinait connaissances, besoins, politiques et outils disponibles. Présenter la campagne actuelle comme la première réflexion samoane sur le sujet serait donc inexact.
La nouveauté de 2026 est plus opérationnelle et spatiale. Le MNRE décrit l’exercice comme l’une des premières démarches systématiques visant à recueillir les perspectives communautaires sur les pertes et dommages climatiques. Les impacts cités incluent inondations, glissements de terrain, érosion côtière et élévation du niveau marin, avec des effets sur les moyens de subsistance, les infrastructures, les écosystèmes et des lieux de valeur culturelle.
Le Royaume du Danemark finance l’initiative et la SPC appuie sa mise en œuvre. Les sources consultées ne précisent toutefois ni le montant de l’appui danois, ni le budget détaillé du projet, ni son calendrier complet jusqu’aux produits finaux.
Upolu, Savaiʻi, Manono et Apolima : une collecte par étapes
Les publications du MNRE permettent de reconstituer la séquence. Une consultation à Upolu est annoncée pour le 24 juillet 2026 ; une consultation rurale à Savaiʻi est tenue le 27 juillet ; une consultation urbaine suit le 29 juillet. Le programme se poursuit ensuite par des activités de terrain et des échanges communautaires à Manono et Apolima. L’ensemble doit alimenter l’identification et la validation de sites prioritaires sur les quatre îles.
La méthode combine informations géospatiales et savoirs locaux. Ce croisement est important pour des dommages qui ne se réduisent pas à la destruction d’un actif comptable : un lieu culturel, un écosystème ou un moyen de subsistance peut avoir une valeur que les seules statistiques physiques saisissent mal.
Le 7 août, ministères, partenaires du développement, communautés et société civile examinent les résultats préliminaires du premier objectif. Les sources établissent donc un processus de collecte et de validation. Elles ne publient pas encore la base géospatiale elle-même, le nombre de points retenus, leurs coordonnées, les critères détaillés de classement ni le résultat final de la validation nationale.
La carte est un instrument de gouvernement, pas seulement une image
Le MNRE annonce que les informations recueillies doivent contribuer à des jeux de données géospatiaux, des évaluations d’impact climatique et des outils d’aide à la décision. Trois usages se dessinent : renforcer la planification des risques, orienter les priorités d’adaptation et soutenir l’accès de Samoa aux financements internationaux des pertes et dommages.
Un État qui sait où se trouvent les dommages, quels groupes sont concernés et quelles fonctions écologiques ou infrastructures sont touchées est mieux placé pour hiérarchiser ses investissements. La cartographie peut aussi relier les besoins locaux aux programmes nationaux et rendre les arbitrages plus vérifiables.
Mais la donnée n’est pas neutre. Catégories, seuils, échelle géographique et critères de priorité déterminent ce qui devient visible. Une approche utile doit donc conserver la trace des savoirs communautaires, distinguer pertes économiques et non économiques, événements extrêmes et phénomènes lents, dommage actuel et risque futur. Les communications de 2026 montrent cette ambition, sans encore permettre de vérifier comment ces dimensions seront encodées dans le produit final.
Ce que l’Afrique peut gagner d’une souveraineté climatique par les données
Pour l’Afrique, le cas samoan touche à une difficulté centrale : transformer des dommages vécus en dossiers nationaux structurés, localisés et défendables. En novembre 2025, le Fonds africain de développement a approuvé un programme régional au Sahel prévoyant l’amélioration de la collecte climatique, un système de suivi des pertes et dommages, la standardisation du reporting entre pays et une plateforme numérique de gestion centralisée. Le besoin existe donc déjà sur le continent.
Le Fonds pour répondre aux pertes et préjudices reconnaît, dans ses critères, les activités visant à combler l’insuffisance des informations climatiques et à développer des plans nationaux de réponse. Au 3 avril 2026, son pipeline comportait notamment des demandes provenant de Côte d’Ivoire, du Sénégal et de Somalie. Il s’agissait de demandes en cours de traitement, non de financements automatiquement approuvés.
Des États africains pourraient tirer parti d’inventaires géoréférencés gouvernés nationalement, capables d’intégrer pertes de revenus, infrastructures, écosystèmes, déplacements et pertes culturelles. Une telle infrastructure peut améliorer planification et demandes de financement. Elle ne résout cependant pas l’insuffisance des ressources. En février 2026, les dirigeants africains réunis dans le cadre du CAHOSCC soulignaient que moins de 3 % de la finance climatique mondiale atteignait l’Afrique subsaharienne selon leur constat, une part importante arrivant sous forme de prêts.
La leçon est double : mieux documenter, sans confondre meilleure documentation et justice financière. La souveraineté sur les données doit servir la souveraineté de décision.
La carte finale, les montants et l’attribution climatique restent ouverts
Plusieurs informations indispensables ne sont pas encore publiques. Aucun registre consolidé des sites prioritaires n’apparaît dans les communications consultées : ni nombre final, ni coordonnées complètes, ni méthode de pondération permettant de comprendre pourquoi un site serait classé avant un autre. Aucun chiffrage national consolidé des pertes économiques et non économiques n’est non plus publié dans le cadre de ce projet.
Les communications du MNRE décrivent des impacts « liés au climat », mais elles ne fournissent pas une étude d’attribution événement par événement. Il serait donc excessif de présenter la campagne comme la démonstration que chaque inondation, glissement, recul côtier ou dommage local identifié est exclusivement causé par le changement climatique anthropique.
Le lien avec le Fonds pour répondre aux pertes et préjudices doit également être prudent. Le MNRE indique que les produits doivent soutenir l’accès de Samoa au financement international. Or la première fenêtre des Barbados Implementation Modalities s’est close le 15 juin 2026, avant les consultations de juillet et août. Les sources ne permettent donc pas d’affirmer que cette cartographie a servi à une demande samoane dans cette première fenêtre.
Enfin, le budget du projet, le montant du soutien danois et les conditions de propriété, d’accès et de conservation des données géospatiales restent non détaillés publiquement.
De la collecte communautaire à une infrastructure permanente de preuve
La prochaine étape sera la publication ou l’usage institutionnel des produits annoncés : jeux de données géospatiaux, évaluations d’impact et outils d’aide à la décision. S’ils sont finalisés, régulièrement actualisés et reliés aux procédures budgétaires, à l’adaptation et aux demandes de financement, Samoa pourrait transformer une campagne ponctuelle en infrastructure nationale de connaissance.
Dans un scénario robuste, les communautés restent associées à la validation, les données sont mises à jour après les événements majeurs et pour les phénomènes lents, les pertes non économiques disposent d’une méthodologie identifiable et les choix publics peuvent être reliés aux informations collectées. Dans un scénario plus faible, la carte resterait un produit de projet peu intégré aux décisions ordinaires. Les documents disponibles ne permettent pas encore de trancher.
Le contexte international rend néanmoins l’enjeu concret. Le Fonds pour répondre aux pertes et préjudices a réservé 250 millions de dollars à sa phase de démarrage 2025-2026, avec un plancher d’au moins 50 % pour les petits États insulaires en développement et les pays les moins avancés. Ses règles mettent en avant des approches conduites et appropriées par les pays. Une base nationale de preuves n’est donc pas une garantie de financement, mais elle peut aider un État à définir lui-même ses priorités et à négocier à partir de données structurées.
Les documents institutionnels qui fondent l’enquête
- Ministry of Natural Resources and Environment, Samoa : communications de juillet et août 2026 sur le Geospatial Mapping of Loss and Damage Sites in Samoa Project, les consultations à Upolu et Savaiʻi, les travaux à Manono et Apolima et l’atelier national du 7 août.
- Secretariat of the Pacific Regional Environment Programme / GIZ : Loss and Damage Gap Analysis from Climate Change – Samoa Country Report, juin 2015.
- Fund for responding to Loss and Damage : Barbados Implementation Modalities, critères de financement, modalités d’accès, cycle de financement et documents du conseil relatifs au pipeline de demandes en 2026.
- Banque africaine de développement / Fonds africain de développement : programme régional de résilience au Sahel intégrant un système de suivi et de gestion des données sur les pertes et dommages.
- Union africaine : communiqué du Comité des chefs d’État et de gouvernement africains sur le changement climatique, février 2026, relatif au déficit de finance climatique.

