Mali — Cercle de Kangaba, région de Koulikoro | Ressources stratégiques | 31 août 2026
Kobada devient un test grandeur nature du nouveau compromis minier malien
Le 28 août 2026, le Conseil des ministres du Mali a adopté un projet de décret fixant les modalités de participation de l’État au capital de Mines de Kobada S.A., société créée pour exploiter le gisement aurifère de Kobada dans le cercle de Kangaba, région de Koulikoro. Le dispositif entérine une participation nationale totale de 35 % : 10 % gratuits et non diluables pour l’État, 20 % supplémentaires acquis en numéraire par l’État et 5 % réservés aux investisseurs nationaux.
La décision applique à Kobada le Code minier de 2023 et la loi sur le contenu local, alors que le projet relevait initialement du cadre de 2012. La participation directe de l’État atteint 30 %, auxquels s’ajoutent 5 % destinés à des investisseurs maliens. Le bloc national atteint donc 35 %, mais la part publique directe annoncée est de 30 %.
L’enjeu dépasse le capital : Kobada doit montrer si la nouvelle doctrine minière peut accroître la valeur captée au Mali tout en maintenant l’investissement nécessaire à une mine industrielle. Toubani vise une première production au troisième trimestre 2027, échéance qui reste une projection de l’opérateur.
D’un permis ancien à l’application négociée du Code de 2023
Kobada est un projet aurifère de longue date. Le permis d’exploitation avait été accordé sous l’empire du Code minier de 2012. Ce régime garantissait à l’État une participation gratuite de 10 % et lui ouvrait la possibilité d’acquérir jusqu’à 10 % supplémentaires en numéraire. La structure juridique ancienne pouvait donc porter la participation publique directe à un maximum de 20 %, sous réserve de l’exercice de cette option.
Le Code minier adopté le 29 août 2023 a modifié cette architecture. Il maintient une participation gratuite et non diluable de 10 %, tout en permettant à l’État d’acquérir jusqu’à 20 % supplémentaires en numéraire. Le nouveau cadre prévoit aussi une participation de 5 % au bénéfice des investisseurs nationaux. Pour les nouveaux projets soumis à ce régime, la part nationale peut ainsi atteindre 35 %.
Le permis de Kobada ayant été délivré avant la réforme, les parties ont choisi une transition négociée. En mars 2025, Toubani a annoncé l’application du Code de 2023 au projet. En janvier 2026, l’entreprise a indiqué qu’un accord contraignant avait été formalisé et que le transfert du permis à Mines de Kobada S.A. avait été approuvé. Le 28 août 2026, le Conseil des ministres a précisé la participation publique et nationale et confié sa gestion à la Société du Patrimoine minier du Mali, la SOPAMIM.
Une architecture de 35 % qui distingue État et investisseurs nationaux
Le communiqué officiel du 28 août fixe trois composantes. La première est une participation gratuite et non diluable de 10 %. Elle protège l’État contre une réduction mécanique de sa part lors d’augmentations de capital. La deuxième est une participation supplémentaire de 20 % en numéraire. Elle implique une contribution financière de l’État selon les modalités prévues par le cadre légal et le protocole d’accord. La troisième réserve 5 % du capital aux investisseurs nationaux.
Le contrôle du projet n’est pas transféré à l’État : Toubani conserve 65 % du véhicule d’exploitation selon ses publications. Le partenaire privé reste majoritaire, tandis que le poids public et national augmente nettement par rapport au schéma de 2012.
La gestion de la participation publique est confiée à la SOPAMIM. Cette centralisation peut renforcer le suivi des actifs, dividendes et droits de gouvernance. Elle ne garantit toutefois pas une hausse des recettes, qui dépendra aussi de la production, des coûts et de la capacité de l’État à financer et administrer sa participation payante.
La souveraineté minière se joue aussi dans les clauses fiscales et l’exécution
La participation au capital n’est qu’un levier de captation de valeur. Toubani indique aussi une réduction de deux points du taux de redevance et un impôt sur les sociétés de 25 % pendant les cinq premières années d’exploitation, puis de 30 %. Ces paramètres proviennent des communications de l’entreprise, non du communiqué gouvernemental du 28 août.
Le dossier révèle un compromis : le Mali obtient une présence capitalistique accrue et l’application du Code de 2023 ; l’opérateur conserve la majorité et une visibilité fiscale. Il s’agit moins d’évincer le capital étranger que de redéfinir le partage de la rente et la gouvernance.
Le terme de souveraineté doit cependant rester concret. Une participation publique plus élevée n’a de valeur que si l’État peut exercer ses droits d’actionnaire, suivre les coûts, contrôler la production et les ventes, auditer les flux financiers, percevoir les dividendes et articuler cette participation avec les obligations de contenu local. Elle suppose aussi que la SOPAMIM dispose des compétences techniques et financières nécessaires pour représenter durablement l’intérêt public dans une société minière industrielle.
Kobada peut devenir un levier de valeur locale si les engagements se matérialisent
Les paramètres techniques publiés par Toubani donnent l’échelle du projet. L’étude de faisabilité actualisée fait état de réserves de minerai de 53,8 millions de tonnes à 0,90 gramme d’or par tonne, soit environ 1,56 million d’onces de réserves. L’opérateur vise une production moyenne de 162 000 onces par an sur une durée initiale d’environ 9,2 ans, pour un investissement de développement estimé à 216 millions de dollars. Ces chiffres sont des données techniques et économiques de l’entreprise ; ils ne constituent pas des garanties de production future.
En 2026, Toubani a fait état de plus de 550 personnes mobilisées sur le site et de progrès sur les terrassements, l’ingénierie et les équipements. La première coulée d’or reste visée au troisième trimestre 2027.
Pour le Mali, les retombées potentielles se situent sur plusieurs niveaux : dividendes attachés à la participation de l’État, fiscalité, redevances, emplois, sous-traitance nationale, achats locaux, développement des compétences et participation d’investisseurs maliens au capital. La loi sur le contenu local donne à ces dimensions une base juridique plus forte qu’auparavant. Le résultat dépendra toutefois de son application réelle, de la transparence des marchés de sous-traitance et de la capacité des entreprises maliennes à accéder au financement et aux standards requis par un grand projet minier.
Ce que le Mali peut tirer de ce précédent pour sa stratégie extractive
Kobada est important parce qu’il combine trois éléments que Bamako cherche à généraliser : une part publique renforcée, une part réservée au capital national et un dispositif de contenu local. Le modèle ne supprime pas l’opérateur étranger ; il cherche à modifier le rapport entre capital extérieur, État et économie nationale. Cette approche peut augmenter la valeur retenue au Mali si elle s’accompagne d’une gouvernance rigoureuse et d’une publication suffisante des conditions économiques.
Pour d’autres pays africains, Kobada illustre qu’une révision du partage de la rente peut passer par la négociation et la reconfiguration de l’actionnariat plutôt que par une nationalisation intégrale. Elle crée en retour des obligations de financement, de gestion et de contrôle pour l’État.
La SOPAMIM peut professionnaliser cette gestion si elle publie ses comptes, les coûts d’acquisition des participations et les revenus perçus. Sans cette transparence, la hausse nominale du capital public ne suffira pas à démontrer une meilleure capture de valeur.
Le décret adopté doit encore être suivi dans sa mise en œuvre juridique et financière
Plusieurs points restent ouverts. Le premier concerne la publication du texte définitif. Au 31 août 2026, le communiqué du Conseil des ministres établit l’adoption du projet de décret, mais le texte intégral publié au Journal officiel n’a pas été identifié dans les sources consultées. Il serait donc prématuré d’affirmer que toutes ses modalités d’exécution sont déjà publiquement connues.
Le deuxième concerne le financement de la participation supplémentaire de 20 %. Le communiqué confirme qu’elle est acquise en numéraire, mais il ne précise pas publiquement le montant à verser par l’État, le calendrier des décaissements, la méthode de valorisation retenue ni les éventuelles modalités de financement par la SOPAMIM. Ces paramètres détermineront le coût réel de l’augmentation de la participation publique.
Le troisième concerne les 5 % réservés aux investisseurs nationaux. Les sources consultées ne détaillent pas encore la sélection, le prix d’acquisition ni le calendrier d’entrée des investisseurs maliens au capital.
Enfin, le calendrier de production, les coûts de construction et les performances futures restent des projections de l’opérateur. Les 162 000 onces annuelles, la durée de vie de 9,2 ans et l’échéance du troisième trimestre 2027 proviennent des études et communications de Toubani. Elles constituent une base technique documentée, mais elles ne deviendront des faits économiques qu’après construction, mise en service et montée en régime de la mine.
De l’accord capitalistique à l’épreuve de la première once d’or
La prochaine étape décisive sera l’exécution. Si Mines de Kobada S.A. entre en production selon le calendrier annoncé, le Mali disposera d’un cas concret pour mesurer les effets de son Code minier de 2023 sur les recettes publiques, les dividendes, les achats locaux, l’emploi et l’accès des investisseurs nationaux au secteur extractif.
Une construction maîtrisée et une gouvernance efficace pourraient faire de Kobada une vitrine du nouveau modèle malien. Des retards, dépassements de coûts ou une faible transparence réduiraient au contraire l’avantage attendu.
Le dossier sera donc jugé moins sur le symbole des 35 % que sur la valeur réellement conservée au Mali. Le renforcement de la participation de l’État est établi ; son rendement économique, social et stratégique reste à démontrer dans la durée. C’est cette distinction entre propriété nominale et capacité effective à capter, gérer et réinvestir la rente minière qui déterminera la portée réelle du précédent Kobada pour le Mali et, plus largement, pour les politiques africaines de souveraineté sur les ressources.
Documents qui permettent d’établir la séquence
Les éléments centraux reposent sur le communiqué du Conseil des ministres du Mali du 28 août 2026, sur le Code minier de 2023 et sur les textes officiels relatifs au contenu local. Les conditions historiques du régime de 2012 sont établies par le Code minier alors applicable. Les données techniques, économiques et calendaires du projet proviennent des publications de Toubani Resources et doivent être lues comme des données de l’opérateur lorsqu’elles concernent les coûts, la production future ou le calendrier.
- Gouvernement du Mali — Communiqué du Conseil des ministres du 28 août 2026, CM n°2026-34/SGG.
- Secrétariat général du Gouvernement du Mali — Loi n°2023-040 du 29 août 2023 portant Code minier.
- Ministère des Mines du Mali — Loi n°2023-041 du 29 août 2023 relative au contenu local dans le secteur minier et textes d’application.
- Secrétariat général du Gouvernement du Mali — Loi n°2012-015 du 27 février 2012 portant Code minier.
- Gouvernement du Mali — Communication sur les nouvelles structures de gouvernance minière, dont la SOPAMIM, juillet 2026.
- Toubani Resources — Accord avec l’État du Mali sur le projet Kobada, 31 mars 2025.
- Toubani Resources — Accord contraignant et transfert du permis à Mines de Kobada S.A., 30 janvier 2026.
- Toubani Resources — Étude de faisabilité actualisée de Kobada et informations de développement 2026.

