Rio de Janeiro a concentré en 2025 plusieurs maillons majeurs de la présidence brésilienne des BRICS, du dialogue des sherpas au sommet des dirigeants. Cette centralité est documentée, tout comme l’inscription de priorités africaines et afrodescendantes dans la Déclaration de Rio. Elle ne vaut toutefois ni siège permanent du groupe ni mécanisme afro-brésilien autonome déjà institutionnalisé.

Rio, capitale diplomatique de circonstance plutôt que siège du BRICS

Pendant la présidence brésilienne des BRICS en 2025, Rio de Janeiro n’a pas seulement accueilli deux journées de sommet. La ville a servi de scène à une séquence diplomatique beaucoup plus large : réunions des sherpas, rencontre des ministres des Affaires étrangères, échanges économiques et financiers, consultations de la société civile, première session présentielle du Conseil populaire et, les 6 et 7 juillet, 17e sommet des chefs d’État et de gouvernement. Le Palácio do Itamaraty, le Teatro Carlos Gomes et le Museu de Arte Moderna ont ainsi formé, à quelques kilomètres de distance, une véritable chaîne de négociation politique, sociale et multilatérale.

Cette concentration permet de parler de centralité au sens fonctionnel. Rio a été, durant plusieurs mois, l’un des principaux lieux où la présidence brésilienne a transformé ses priorités — coopération du Sud global, réforme de la gouvernance, financement du développement, climat, santé et intelligence artificielle — en discussions entre gouvernements et en textes communs. Mais le terme ne doit pas être transformé en statut juridique : le BRICS demeure un groupement à présidence tournante, sans siège permanent officiellement établi, et l’Inde a pris la présidence en 2026.

La question afro-brésilienne appelle la même prudence. L’Afrique était structurellement présente dans le BRICS élargi et plusieurs revendications africaines ont été intégrées aux textes adoptés à Rio. Les documents disponibles ne montrent toutefois pas la création, dans la ville, d’un organe spécifique de dialogue Afrique–Brésil doté d’un secrétariat, d’un budget ou d’un calendrier permanent.

Du vieux palais de l’Itamaraty au MAM, une chaîne de négociation complète

Le choix de Rio s’inscrit dans une géographie diplomatique ancienne. Le Palácio do Itamaraty de Rio, ancien siège du ministère brésilien des Relations extérieures, a reçu en avril 2025 les négociateurs politiques du groupe puis les ministres des Affaires étrangères. Le 24 avril, la présidence brésilienne a ouvert pour la première fois un espace formel permettant à des représentants de la société civile de présenter directement leurs propositions aux sherpas. Les 28 et 29 avril, Mauro Vieira y a présidé la réunion ministérielle consacrée notamment aux crises internationales, à la réforme des institutions multilatérales et au rôle du Sud global.

La ville a ensuite accueilli, les 4 et 5 juillet, la première réunion présentielle du Conseil populaire du BRICS, au Teatro Carlos Gomes. Plus de 120 organisations avaient participé aux travaux préparatoires en ligne. Le Conseil a produit des recommandations sur sept axes — santé, éducation, écologie, culture, finances, souveraineté numérique et architecture institutionnelle — destinées aux dirigeants réunis immédiatement après.

Les 6 et 7 juillet, le sommet des dirigeants s’est tenu au Museu de Arte Moderna. La mairie de Rio indique que l’événement a réuni des autorités de 36 pays et environ 4 000 participants. La déclaration adoptée compte 126 engagements et consacre le thème choisi par le Brésil : renforcer la coopération du Sud global pour une gouvernance plus inclusive et durable. Ces éléments établissent une centralité événementielle réelle, au-delà d’une simple opération d’image urbaine.

L’Afrique n’était pas invitée à la marge : elle était dans l’architecture du groupe

La configuration même du BRICS en 2025 renforce la dimension africaine de la séquence de Rio. L’Afrique du Sud, l’Égypte et l’Éthiopie étaient membres à part entière. L’Ouganda et le Nigeria figuraient parmi les pays partenaires, statut leur permettant d’être associés à certaines réunions et, sous conditions de consensus, aux documents du groupe. À cette présence institutionnelle s’ajoutait le rôle de l’Union africaine : quelques mois avant le sommet, Lula avait indiqué attendre à Rio le président angolais João Lourenço en sa qualité de président en exercice de l’organisation continentale.

La Déclaration de Rio va plus loin que la composition des délégations. Elle appelle à une représentation accrue des pays en développement, notamment africains, latino-américains et caribéens, dans les structures de décision mondiales. Lula a défendu devant le sommet l’entrée de nouveaux membres permanents issus d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et des Caraïbes au Conseil de sécurité des Nations unies.

Le texte adopté à Rio contient surtout un marqueur politique majeur pour les Africains et les diasporas : il salue la Deuxième Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine et la décision de l’Union africaine de consacrer 2025 à la justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine par les réparations. Il reconnaît aussi la nécessité de combattre le legs du colonialisme et du trafic d’esclavisés. Cette inscription ne constitue pas un programme de réparations financé par le BRICS, mais elle fait entrer une revendication africaine et diasporique dans un texte de sommet adopté par onze puissances émergentes.

Le dialogue afro-brésilien existe surtout comme convergence politique à institutionnaliser

L’expression « dialogue afro-brésilien » doit donc être comprise comme une convergence de plusieurs niveaux plutôt que comme le nom d’une institution. Il existe d’abord un dialogue interétatique entre le Brésil et les membres africains du BRICS. Il existe ensuite une relation avec les pays partenaires africains et avec l’Union africaine. Enfin, il existe un espace de participation sociale dans lequel les organisations du Sud global ont obtenu, sous la présidence brésilienne, un accès plus direct aux négociateurs.

Rio donne à cette convergence une profondeur historique particulière. La ville est aussi l’un des principaux lieux de mémoire de la traite transatlantique au Brésil, avec le Cais do Valongo et la région dite de la Petite Afrique. En septembre 2025, le site du Valongo a été reconnu par la loi fédérale comme patrimoine historique et culturel afro-brésilien essentiel à la formation de l’identité nationale. Cette mémoire peut renforcer la portée d’une diplomatie des réparations, mais aucun document du sommet ne montre que la séquence BRICS ait été institutionnellement articulée à un programme mémoriel carioca.

La distinction est importante. Utiliser la centralité diplomatique de Rio pour rapprocher le Brésil de l’Afrique peut renforcer des coalitions sur la réforme du Conseil de sécurité, la dette, le financement climatique, la lutte contre le racisme ou la souveraineté technologique. À l’inverse, réduire l’Afrique à une référence historique ou culturelle risquerait de reproduire une diplomatie symbolique où la diaspora sert de décor tandis que les décisions économiques restent prises ailleurs.

Ce que l’Afrique peut gagner d’un Rio durablement connecté aux BRICS

Pour les États africains, le premier enjeu est la capacité de transformer la visibilité politique en influence sur les règles. Le BRICS élargi offre un espace où trois membres africains siègent à la table centrale et où des partenaires comme le Nigeria et l’Ouganda peuvent être associés à certaines discussions. Si cette présence se traduit par des positions coordonnées sur la gouvernance financière, la dette, la réforme du FMI et de la Banque mondiale, le financement climatique ou le Conseil de sécurité, l’avantage serait institutionnel plutôt que seulement protocolaire.

Le deuxième enjeu est économique. Les discussions de Rio ont remis au centre le rôle de la Nouvelle Banque de développement, l’industrialisation du Sud global et de nouveaux instruments financiers. Une perspective afrocentrée impose cependant de demander qui définit les projets, où sont localisées les chaînes de valeur, quelle part de la transformation industrielle reste en Afrique et quelles conditions accompagnent les financements. La diversification des partenaires ne suffit pas, à elle seule, à garantir la souveraineté productive.

Le troisième enjeu concerne les diasporas. La référence aux réparations, aux personnes d’ascendance africaine et au combat contre le racisme crée un langage politique commun entre le continent et une société brésilienne profondément marquée par l’histoire africaine. Pour devenir stratégique, ce langage devrait déboucher sur des programmes identifiables : coopération universitaire, circulation des chercheurs et entrepreneurs, soutien aux institutions de mémoire, investissements croisés, données sur les inégalités et dispositifs où des organisations africaines et afrodescendantes participent réellement à la gouvernance.

La candidature au siège permanent reste une proposition, pas une décision

La principale zone d’incertitude concerne l’ambition municipale de prolonger la centralité de 2025. Le 7 juillet, Eduardo Paes a remis à Lula une lettre d’intention proposant que Rio accueille une éventuelle structure permanente du BRICS. La mairie a offert l’ancien immeuble du Jockey Club Brasileiro, dans le centre, pour des bureaux et activités du groupe. Cette initiative est documentée et politiquement significative.

Elle ne doit pourtant pas être décrite comme une décision du BRICS. Aucune source institutionnelle consultée au 28 août 2026 n’établit que les membres aient approuvé la création d’un siège permanent à Rio ou même la création d’un secrétariat permanent comparable à celui d’une organisation internationale classique. Le passage de la présidence à l’Inde en 2026, avec des réunions de sherpas et de ministres organisées à New Delhi, confirme que le principe de rotation demeure opérationnel.

Les données manquent également pour mesurer un « dialogue afro-brésilien » spécifiquement produit par la centralité carioca. Il n’existe pas, dans les sources publiques consultées, de tableau consolidé recensant accords Afrique–Brésil signés à Rio dans le cadre du BRICS, budgets associés, projets de coopération lancés, organisations diasporiques bénéficiaires ou indicateurs de suivi. Cette absence interdit de transformer une convergence diplomatique réelle en architecture permanente déjà accomplie.

Après Rio, convertir la densité diplomatique en institutions utiles aux Africains

Plusieurs scénarios peuvent être envisagés. Rio pourrait rester une capitale d’accueil périodique, utilisée lorsque le Brésil préside de grands forums. La ville pourrait aussi devenir un nœud plus stable grâce à des centres de recherche, des réseaux de villes, des plateformes de société civile et des bureaux de coopération capables de travailler entre deux présidences. Une éventuelle institutionnalisation du BRICS pourrait enfin relancer la candidature carioca, mais elle dépendrait d’un consensus politique qui n’est pas établi aujourd’hui.

Pour l’Afrique et les diasporas, le critère décisif sera moins l’adresse d’un futur siège que la qualité des mécanismes. Une centralité réellement utile devrait garantir la participation africaine à la définition des priorités, documenter les engagements financiers, intégrer les organisations afrodescendantes à certains espaces de consultation et relier les débats sur les réparations à des politiques de développement, de patrimoine, de formation et d’investissement mesurables.

Au 28 août 2026, la conclusion peut donc être formulée avec un niveau de certitude élevé sur les événements et plus prudent sur leur prolongement. Rio de Janeiro a bien été un centre diplomatique majeur de l’architecture BRICS sous la présidence brésilienne de 2025. Le sommet y a inscrit dans le langage commun du groupe des demandes africaines de représentation, de justice historique et de réforme de la gouvernance. En revanche, ni la permanence institutionnelle de Rio ni l’existence d’un dispositif afro-brésilien autonome issu de cette séquence ne sont encore établies.

Sources institutionnelles et documents de référence

  • 1. BRICS Brasil — « Cúpula do BRICS firma compromisso histórico no Rio para uma governança mais inclusiva e sustentável », 6 juillet 2025 : sommet, 126 engagements et priorités de gouvernance du Sud global.
  • 2. BRICS Brasil — Discours de Mauro Vieira à l’ouverture de la réunion des ministres des Affaires étrangères du BRICS, Rio de Janeiro, 28 avril 2025 : rôle du Sud global, crises africaines et soutien aux efforts de l’Union africaine.
  • 3. BRICS Brasil — « Sociedade civil no BRICS: Brasil promove diálogo inédito… », 24 avril 2025 : première présentation formelle de propositions de la société civile directement aux sherpas du groupe.
  • 4. BRICS Brasil — « Conselho Popular do BRICS apresenta recomendações… », 6 juillet 2025 : première réunion présentielle du Conseil populaire, participation de plus de 120 organisations aux travaux préparatoires et sept axes de recommandations.
  • 5. BRICS Brasil — Déclaration de Rio de Janeiro, 6 juillet 2025 : représentation accrue des pays en développement, lutte contre le racisme, Deuxième Décennie internationale des Afrodescendants et reconnaissance de l’agenda 2025 de l’Union africaine sur les réparations.
  • 6. Prefeitura da Cidade do Rio de Janeiro — « Rio oferece imóvel para abrigar oficialmente a sede permanente do BRICS », 7 juillet 2025 : lettre d’intention municipale et offre de l’ancien immeuble du Jockey Club Brasileiro ; proposition, non décision du groupe.
  • 7. Ministère brésilien des Relations extérieures — Communiqué conjoint de la visite d’État du président João Lourenço, 2025 : invitation au sommet de Rio en qualité de président en exercice de l’Union africaine.
  • 8. Ministry of External Affairs, Government of India — lancement de la présidence BRICS India 2026, 13 janvier 2026, et première réunion des sherpas à New Delhi, 9-10 février 2026 : continuité du principe de présidence tournante.
  • 9. Ministério da Cultura / Presidência da República — reconnaissance légale du Cais do Valongo comme patrimoine historique et culturel afro-brésilien essentiel à l’identité nationale, septembre 2025.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *