Entre juin et août 2026, le Venezuela et la Namibie ont multiplié les réunions sectorielles sur la science, l’agriculture, l’eau, le transport et la connectivité. Ces échanges donnent une architecture plus précise à une relation encadrée depuis 1993 et relancée par la commission mixte de 2023. La formation passée de jeunes Namibiens au Venezuela constitue un résultat concret. Mais l’alliance n’a encore publié ni budget scientifique, ni laboratoire conjoint, ni liaison aérienne, ni service maritime : son opérationnalisation reste institutionnelle et préparatoire plus que matérielle.
L’intérêt panafricain du dossier tient moins à la rhétorique de solidarité qu’à une question de maîtrise. La Namibie peut-elle convertir cette coopération Sud-Sud en compétences, technologies adaptées aux zones arides, propriété intellectuelle partagée et capacités logistiques sous contrôle africain ? Les annonces ouvrent des possibilités. Les documents disponibles ne permettent pas encore d’en mesurer les livrables.
De l’accord de 1993 aux tables sectorielles de 2026
Les relations diplomatiques entre Caracas et Windhoek ont été établies le 22 mai 1990, peu après l’indépendance namibienne. L’accord de coopération et d’amitié signé le 15 octobre 1993 a fourni un cadre général. Cette profondeur historique explique la proximité politique, mais elle ne suffit pas à établir l’exécution continue de programmes techniques.
Le mécanisme le plus structurant est la première commission mixte, réunie les 2 et 3 mars 2023 à Windhoek. Selon la diplomatie vénézuélienne, la session s’est achevée par des instruments dans les domaines des mines, de l’agriculture, du pétrole, des droits des femmes, des bibliothèques, de l’éducation, de la culture et du logement. Leur existence est établie ; les textes complets, budgets, calendriers et rapports d’exécution ne sont toutefois pas réunis dans un registre public facilement consultable.
En 2025, les deux ministres des Affaires étrangères ont convenu de préparer une deuxième commission mixte. En 2026, l’ambassadrice du Venezuela en Namibie, Magaly Henríquez, a conduit une série de réunions avec les autorités namibiennes et des responsables vénézuéliens. Le tourisme a été abordé le 1er juin ; l’agriculture, la pêche, l’eau et les transports le 13 août ; la science et la technologie le 19 août.
Cette séquence constitue une forme d’opérationnalisation : les thèmes généraux sont répartis entre administrations compétentes, des instruments sont discutés et des lignes de travail sont identifiées. Elle ne doit cependant pas être confondue avec un projet financé. Au 27 août 2026, la deuxième commission mixte est encore présentée comme une réunion à tenir afin d’avancer dans la mise en œuvre.
Des diplômés namibiens, mais pas encore de programme scientifique commun
La réunion scientifique du 19 août associe Henríquez à Anicia Peters, directrice générale de la Commission nationale namibienne de la recherche, de la science et de la technologie. Les deux parties visent la science, l’innovation, la formation du capital humain, la sécurité alimentaire, la santé et la gestion des ressources naturelles. Ce choix correspond au mandat de la NCRST, chargée de coordonner la recherche et de soutenir une société fondée sur la connaissance.
Le résultat le plus tangible mentionné par la source est humain. De jeunes Namibiens ont obtenu leur diplôme au Venezuela grâce aux bourses de la Fondation Gran Mariscal de Ayacucho. Leur nombre, leurs disciplines, leur insertion professionnelle et la date des cohortes ne sont pas publiés dans la note. Il reste néanmoins possible d’établir qu’un canal de formation a fonctionné, contrairement aux projets encore formulés au futur.
Les autorités ont aussi valorisé des accords avec des universités vénézuéliennes. La note n’en donne ni les établissements namibiens partenaires, ni la durée, ni les travaux produits. Aucune liste publique consultée ne permet de confirmer des appels conjoints, équipes binationales, publications, brevets, équipements transférés ou financements attribués en 2026.
Le Venezuela propose notamment l’expérience du Centre de biotechnologie pour la formation à la production de semences agamiques, à Mérida. L’UNESCO a approuvé en 2025 sa désignation comme centre de catégorie 2 placé sous ses auspices. Ce statut valide un cadre institutionnel international ; il ne signifie ni que l’UNESCO finance le centre, ni qu’un programme namibien y est déjà engagé. Le passage de la vitrine à la coopération exigerait une convention, des bénéficiaires, un calendrier et des résultats identifiables.
Biotechnologie, eau et pêche : des besoins namibiens clairement nommés
La table agricole du 13 août donne davantage de précision aux usages envisagés. Les échanges portent sur la formation technique, la biotechnologie, la production de biofertilisants, les visites d’experts et les échanges académiques. Dans le domaine de l’eau, les thèmes incluent l’irrigation, le drainage, la surveillance hydrologique, la prévention des inondations et des sécheresses, les infrastructures et l’observation de la Terre.
Ces priorités répondent à des contraintes africaines concrètes. Pour un pays largement aride, l’utilité d’une technologie dépend de son adaptation aux sols, aux ressources hydriques, aux systèmes agricoles et aux capacités de maintenance locales. Une coopération souveraine ne consiste donc pas à transposer un modèle vénézuélien, mais à le tester sous direction namibienne, à documenter ses risques et à former les équipes capables de l’exploiter.
La pêche ouvre un échange potentiellement plus équilibré. La Namibie dispose d’une expérience régionale dans la gestion des ressources marines, tandis que le Venezuela met en avant la pêche continentale et l’aquaculture. Chaque partie possède ainsi un savoir susceptible d’être partagé. Le bénéfice ne sera démontré que par des protocoles techniques, des formations réalisées, des essais suivis et des effets mesurés sur la production ou la durabilité.
La formulation officielle reste prudente : les deux pays ont défini des lignes d’action et veulent avancer dans l’exécution lors de la deuxième commission mixte. Aucun site pilote, volume de biofertilisants, système d’irrigation, station d’observation ou programme halieutique conjoint n’est nommé. L’intention est documentée ; l’actif opérationnel ne l’est pas encore.
Transport aérien et maritime : l’infrastructure demeure à négocier
Le volet logistique est le plus éloigné d’une réalisation. Lors de la réunion du 13 août avec le ministre namibien des Travaux publics et des Transports, Veikko Nekundi, les discussions ont porté sur un projet d’accord de services aériens, la coopération maritime et l’amélioration de la connectivité. La source parle d’avancées dans la négociation des instruments, non de leur signature ou de leur entrée en vigueur.
La réunion touristique du 1er juin allait dans le même sens. Elle soulignait l’importance de conclure un mémorandum dans ce secteur et de renforcer les liaisons entre l’Afrique et l’Amérique latine. Les autorités ont exploré la promotion des destinations, la formation et le tourisme communautaire. Elles n’ont annoncé ni transporteur, ni fréquence, ni aéroport, ni date d’ouverture.
Une alliance logistique ne se mesure pas seulement à un texte. Elle suppose des droits de trafic, des opérateurs, des assurances, des normes de sûreté, des volumes de passagers ou de fret et une viabilité économique. Pour le maritime, elle exige des ports identifiés, des services, des horaires, des coûts et des marchandises. Aucun de ces paramètres n’est publié dans les communiqués examinés.
L’hypothèse reste néanmoins stratégique. Une connectivité mieux organisée pourrait réduire la distance opérationnelle entre l’Afrique australe, les Caraïbes et l’Amérique du Sud, soutenir les échanges universitaires et faciliter des chaînes de valeur Sud-Sud. Cette projection dépend d’instruments signés et d’une demande suffisante. Elle ne peut pas être présentée comme un corridor déjà ouvert.
La Namibie doit rester l’architecte de la coopération
La relation avec le Venezuela élargit le portefeuille namibien. Windhoek coopère aussi avec des partenaires africains, européens, asiatiques et multilatéraux dans les transports, l’énergie, les minerais et la recherche. La voie vénézuélienne offre donc une diversification politique et technique ; elle n’a pas vocation à remplacer les autres relations ni à créer une nouvelle dépendance.
Pour servir la souveraineté africaine, quatre garanties sont décisives. Les données issues de la recherche agricole, minière ou hydrologique doivent être hébergées et gouvernées selon des règles namibiennes. Les clauses de propriété intellectuelle doivent protéger les connaissances locales et répartir les droits sur les innovations. Les équipements doivent être maintenables sur place, avec pièces et compétences disponibles. Enfin, l’évaluation doit inclure les agriculteurs, pêcheurs, chercheurs, femmes et jeunes concernés.
L’orientation anti-coloniale revendiquée par les deux États peut favoriser une relation politique de confiance. Elle ne remplace toutefois ni la transparence, ni la concurrence loyale, ni l’évaluation environnementale. Une coopération Sud-Sud peut reproduire des asymétries si les données, décisions ou technologies restent concentrées chez un partenaire. L’identité géopolitique ne dispense donc aucun accord d’indicateurs publics.
Les anciens étudiants namibiens formés au Venezuela pourraient devenir un pont institutionnel utile. Aucune source consultée ne documente cependant un réseau d’anciens, un programme de retour, un fonds de recherche ou une mission officielle confiée à cette communauté. Leur rôle futur est une possibilité à organiser, non une structure déjà opérationnelle.
Du communiqué au résultat, les indicateurs à publier
La prochaine commission mixte devrait permettre de distinguer les projets hérités de 2023, les nouveaux instruments et les simples sujets de dialogue. Pour chaque action, un tableau public devrait préciser l’autorité responsable, le bénéficiaire, le budget, le financement, le calendrier, les obligations de transfert et l’indicateur de résultat.
Dans la science, les preuves attendues sont des appels conjoints, bourses attribuées, laboratoires associés, équipements installés, publications et innovations appliquées. Dans l’agriculture et l’eau, il faut identifier les sites pilotes, les communautés participantes, les résultats agronomiques et les protections de biosécurité. Dans la logistique, il faut publier les accords signés, opérateurs, itinéraires, fréquences, volumes et coûts.
Le bilan est donc gradué. Le cadre politique, la commission de 2023, les diplômés namibiens et les réunions sectorielles de 2026 sont établis. La préparation administrative de nouveaux instruments est crédible et suffisamment précise pour parler d’une opérationnalisation institutionnelle. En revanche, l’alliance scientifique, technologique et logistique ne possède pas encore de résultats matériels publiés à la hauteur du titre.
Pour la Namibie et, plus largement, pour l’Afrique, le test ne sera pas le nombre de communiqués, mais la capacité nationale créée : chercheurs financés, technologies adaptées, données maîtrisées, services logistiques ouverts et valeur conservée localement. Tant que ces éléments restent absents, l’alliance demeure un chantier diplomatique prometteur dont l’exécution doit être démontrée.
Les documents qui encadrent l’alliance bilatérale
- Ministère vénézuélien des Relations extérieures, bilan de la première commission mixte Venezuela–Namibie des 2 et 3 mars 2023.
- Ministère vénézuélien des Relations extérieures, réunion des ministres Yván Gil et Selma Ashipala-Musavyi, 24 septembre 2025.
- Ministère vénézuélien des Relations extérieures, carte de coopération intégrale Venezuela–Namibie, 10 avril 2025.
- Ministère vénézuélien des Relations extérieures, agenda touristique et connectivité, 1er juin 2026.
- Ambassade du Venezuela en Namibie, coopération en matière de transport, 13 août 2026.
- Ministère vénézuélien des Relations extérieures, coopération agricole, halieutique et hydrique, 13 août 2026.
- Ministère vénézuélien des Relations extérieures, alliance scientifique et technologique, 19 août 2026.
- Commission nationale namibienne de la recherche, de la science et de la technologie, mandat institutionnel et programme national de recherche.
- UNESCO, décision relative au Centre de biotechnologie pour la formation à la production de semences agamiques, 2025.

