Le Kirghizistan défend officiellement un Conseil de sécurité plus représentatif et demande, depuis au moins 2009, une présence africaine accrue. Ce plaidoyer a été renouvelé par son ministre des Affaires étrangères en 2024 puis en 2026, avant l’élection historique du pays comme membre non permanent pour 2027-2028. La continuité diplomatique est établie ; l’adhésion de Bichkek à toutes les exigences africaines — deux sièges permanents, cinq sièges non permanents, veto et choix des représentants par l’Union africaine — ne l’est pas.
Bichkek soutient une présence africaine accrue, pas une admission continentale
Le 26 septembre 2024, devant le Conseil de sécurité réuni sur le leadership pour la paix, le ministre kirghiz des Affaires étrangères, Jeenbek Kulubaev, a défendu une réforme qualitative et quantitative. Sa priorité : corriger le déséquilibre régional en augmentant le nombre d’États africains membres du Conseil.
La prise de position relève bien de l’État. Elle prolonge une déclaration du premier ministre Igor Chudinov à l’Assemblée générale, en 2009, en faveur de nouvelles représentations permanentes pour l’Asie, l’Afrique, l’Amérique latine et les Caraïbes. En mai 2026, Kulubaev a renouvelé cette demande à New York.
Le mot « intégration » doit être juridiquement resserré. La Charte compose le Conseil avec des États, non avec un siège continental abstrait. Le plaidoyer porte donc sur davantage d’États africains : un soutien diplomatique répété, pas une admission acquise.
L’Afrique a défini elle-même les conditions de sa pleine représentation
La position africaine ne commence pas avec le soutien kirghiz. Le Consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte, adoptés en 2005, constituent le socle politique continental. L’Union africaine réclame au moins deux sièges permanents dotés de toutes les prérogatives, y compris le veto tant qu’il existe, ainsi qu’un total de cinq sièges non permanents. Elle affirme aussi son droit de sélectionner les représentants africains appelés à siéger en son nom.
Le Groupe africain réunit 54 États à l’Assemblée générale et dispose de trois sièges non permanents, sans siège permanent. Cette rotation — l’« A3 » — ne donne ni continuité, ni veto, ni égalité avec les cinq permanents.
Le Pacte pour l’avenir, adopté par l’Assemblée générale en septembre 2024, a élevé la réparation de l’injustice historique faite à l’Afrique au rang de priorité de la réforme. En avril 2026, le modèle africain a été formellement transmis aux négociations intergouvernementales. En mai, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a réaffirmé les deux sièges permanents, les cinq sièges non permanents et le veto dans les mêmes termes.
La revendication reste africaine. Un partenaire peut la soutenir, voter et ratifier ; il ne peut redéfinir les demandes ni choisir les bénéficiaires à la place de l’Union africaine.
Trois séquences officielles transforment une phrase en doctrine diplomatique
La séquence de 2009 est la plus précise sur la catégorie de siège : le chef du gouvernement kirghiz proposait d’élargir la représentation permanente à l’Afrique et à d’autres régions. Elle établit l’ancienneté de la ligne, même si elle ne mentionnait ni le nombre de sièges africains, ni le veto, ni le mécanisme de sélection de l’Union africaine.
En 2024, Kulubaev a placé l’Afrique au premier rang des injustices à corriger dans une réforme des méthodes de travail et de la composition du Conseil. Cette intervention intervient quatre jours après l’adoption du Pacte pour l’avenir. Elle relie une position nationale à un engagement multilatéral récent, sans reprendre explicitement le Consensus d’Ezulwini.
En mai 2026, le ministre a de nouveau associé l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine à une réforme. Le Kirghizistan sollicitait alors un siège pour 2027-2028 comme État montagneux, enclavé et longtemps absent du Conseil.
Le 3 juin 2026, l’Assemblée générale l’a élu au quatrième tour par 142 voix contre 49 aux Philippines. À compter du 1er janvier 2027, Bichkek ne sera plus seulement un candidat invoquant l’équité ; il participera pendant deux ans aux délibérations du Conseil. Ce résultat renforce la portée politique du plaidoyer, mais ne transforme pas rétroactivement ses déclarations en projet de réforme détaillé.
La réforme doit franchir l’obstacle de l’article 108 de la Charte
Le Conseil compte quinze membres : cinq permanents et dix élus pour deux ans. Ajouter des sièges permanents ou modifier la répartition exige une révision de la Charte. Son article 108 impose un vote des deux tiers des membres de l’Assemblée générale, puis une ratification par les deux tiers des États selon leurs procédures constitutionnelles, y compris les cinq membres permanents.
Cette règle sépare l’appui politique de l’effet juridique. Le Kirghizistan dispose d’une voix et d’une future ratification nationale ; son mandat lui donnera une tribune et un vote au Conseil. Il ne peut imposer l’amendement ni contourner les permanents.
Les négociations intergouvernementales ont confirmé en 2026 une large convergence sur l’urgence, la représentativité et la priorité africaine. Les divergences persistent sur les catégories de sièges, leur nombre, le veto, la représentation régionale et les méthodes de travail. L’Assemblée a donc reconduit le processus à sa 81e session sans adopter un texte consolidé d’amendement.
Le vrai test est le passage à une formule négociable, puis aux ratifications. Avant cela, le plaidoyer reste une position diplomatique et non un changement de droit.
Pour l’Afrique, l’appui kirghiz peut devenir un levier sans devenir une tutelle
Les 54 États africains pèsent près de 28 % de l’Assemblée générale. Le soutien d’un État d’Asie centrale donne une portée transrégionale à leur revendication. L’expérience kirghize d’État enclavé et longtemps non représenté peut servir l’argument démocratique.
Cette analogie a des limites. L’absence kirghize de la catégorie élue n’équivaut pas à l’exclusion de l’Afrique de la catégorie permanente depuis 1945. Les confondre diluerait l’héritage de la décolonisation et le poids continental.
La coopération la plus utile serait donc gouvernée par les priorités africaines. Pendant son mandat de 2027-2028, le Kirghizistan pourra consulter systématiquement l’A3, soutenir l’inscription du modèle africain dans les débats, défendre un calendrier de négociation et rendre publics ses choix sur le veto. Il devra éviter de réduire la réforme à davantage de sièges élus, option qui laisserait intact le monopole permanent.
L’appui gagnerait en crédibilité par l’écoute des médiateurs africains, la coopération avec l’Union africaine et la cohérence sur le financement des opérations de paix. La représentation doit augmenter l’autorité africaine sur les décisions concernant le continent.
Le soutien à Ezulwini, au veto et au choix africain n’est pas documenté
Au 22 août 2026, les sources institutionnelles consultées établissent la demande kirghize d’une présence africaine accrue et, en 2009, l’ouverture de la catégorie permanente à l’Afrique. Elles ne montrent pas que Bichkek ait publiquement endossé l’intégralité du Consensus d’Ezulwini et de la Déclaration de Syrte.
Aucun document identifié ne fixe, au nom du Kirghizistan, deux sièges permanents africains et cinq sièges non permanents, n’accepte explicitement l’extension du veto aux nouveaux membres africains, ni ne reconnaît formellement à l’Union africaine le choix des États appelés à occuper ces sièges. Aucune proposition kirghize d’amendement à la Charte, assortie d’un calendrier de ratification, n’a été repérée.
L’élection de juin 2026 ne permet pas davantage d’attribuer les voix africaines : le scrutin est secret. Les démarches de campagne menées auprès du Groupe africain attestent une recherche de coalition, mais pas un échange de votes démontrable. Il serait donc abusif de présenter le plaidoyer comme la contrepartie vérifiée d’un soutien électoral africain.
Le niveau de preuve autorise « soutien officiel » et « continuité diplomatique », mais ni « adoption du modèle africain », ni « alliance de vote », ni « réforme obtenue ».
Trois engagements distingueraient la solidarité de la rhétorique
Premier engagement : publier avant janvier 2027 une position sur les catégories, la représentation régionale, le veto, la taille et les méthodes de travail. Elle devrait préciser accords et réserves vis-à-vis du modèle africain.
Deuxième engagement : institutionnaliser la concertation avec l’A3 et le Comité des Dix. Réunions annoncées, déclarations conjointes et soutien identifiable à un texte consolidé rendraient le plaidoyer traçable, sous conduite africaine.
Troisième engagement : préparer la phase juridique. Le gouvernement et le Parlement kirghiz pourraient annoncer leur disposition à ratifier une réforme conforme à la position africaine une fois l’amendement adopté. Cette promesse ne remplacerait pas l’accord des cinq permanents, mais elle convertirait une déclaration générale en engagement national vérifiable.
Une rhétorique qui s’efface après l’élection serait le scénario minimal. Seuls des actes, un calendrier, une coordination africaine et la ratification donneraient au titre sa portée complète.
Les sources institutionnelles qui fixent le niveau de preuve
- Conseil de sécurité, S/PV.9732, reprise 2, 26 septembre 2024 : priorité africaine du plaidoyer kirghiz.
- Assemblée générale, déclaration d’Igor Chudinov, 26 septembre 2009 : représentation permanente de l’Afrique.
- Ministère kirghiz des Affaires étrangères et Kabar, 29 mai 2026 : nouvel appel à l’élargissement régional.
- Assemblée générale, GA/12762, 3 juin 2026 : élection du Kirghizistan et décompte des voix.
- Nations unies, Charte, articles 23, 27 et 108 : composition, vote et amendement.
- Assemblée générale, résolution 79/1, actions 39 et 40 : priorité africaine et modèle consolidé.
- Union africaine, Ezulwini, Syrte et Assembly/AU/Dec.617 : sièges, veto et sélection africaine.
- Union africaine, modèle d’avril 2026 et déclaration du 11 mai : maintien de la position commune.
- Mission de l’Union africaine auprès de l’ONU : 54 États africains et trois sièges élus.
- Assemblée générale, documents de juillet 2026 : négociations reconduites à la 81e session.

