Un Sud-Africain prend la direction des risques de la banque des BRICS
Le conseil des gouverneurs de la Nouvelle Banque de développement a nommé Monale Ratsoma vice-président et directeur des risques à compter du 8 juillet 2026. La décision a été annoncée le même jour que la nomination de Daopeng Fu aux fonctions de vice-président et directeur financier. Ratsoma change ainsi de portefeuille après avoir exercé la responsabilité des finances de la banque du 8 juillet 2024 au 7 juillet 2026.
Le nouveau directeur des risques est chargé de la gestion des risques, de la stratégie, des politiques, des partenariats ainsi que des dimensions environnementales, sociales et de gouvernance. Cette responsabilité est sensible pour une institution qui finance des infrastructures et le développement durable dans plusieurs régions, lève des capitaux sur les marchés et souhaite accroître les financements en monnaies locales.
La nomination est un fait institutionnel confirmé. Son influence future sur les choix de portefeuille, l’exposition à l’Afrique et les méthodes d’évaluation reste une projection. Un dirigeant ne décide pas seul : les approbations relèvent des organes de gouvernance, et les opérations sont contraintes par le mandat, le capital, la notation, les politiques internes et la capacité des pays à présenter des projets solides.
De Pretoria à Shanghai, une trajectoire construite dans la finance publique
Avant de rejoindre la direction générale de la NDB, Monale Ratsoma a dirigé le Centre régional africain de l’institution de 2018 à 2024. Il a participé à l’installation du premier bureau régional de la banque, ouvert en Afrique du Sud, et à la constitution de ses relations avec les gouvernements et les porteurs de projets du continent. Il a ensuite pris le portefeuille financier pendant deux ans.
Son parcours antérieur au Trésor national sud-africain lui donne une connaissance des politiques budgétaires, du financement souverain et des marchés. Cette expérience est pertinente pour évaluer les risques de change, de dette, d’exécution et de gouvernance qui traversent les projets d’infrastructure. Elle ne garantit toutefois ni une préférence nationale, ni un assouplissement des contrôles en faveur de l’Afrique.
La NDB a été créée par les cinq membres fondateurs des BRICS avec une gouvernance où chacun détenait initialement une part égale. L’Afrique du Sud combine donc une position d’actionnaire fondateur, un siège régional et une représentation au sein de la direction. Cette présence crée un canal d’influence, mais la qualité des projets et les arbitrages collectifs restent déterminants.
Le portefeuille sud-africain donne à la nomination une portée concrète
Les évaluations institutionnelles indiquent qu’entre 2015 et la fin de 2024, la NDB avait approuvé 27 projets en Afrique du Sud, pour environ 8,86 milliards de dollars, soit près de 24 % de ses approbations. Ces montants documentent l’importance du pays dans le portefeuille historique. Ils ne signifient pas que toutes les sommes ont été décaissées ni que tous les projets ont atteint leurs résultats.
Le Centre régional africain constitue l’interface opérationnelle avec le continent. Il peut aider à préparer les projets, coordonner la diligence, résoudre des obstacles et suivre l’exécution. Pour beaucoup de pays africains, le défi n’est pas seulement l’accès à un bailleur, mais la capacité à transformer une priorité publique en programme bancable, techniquement robuste, socialement légitime et financièrement soutenable.
En tant que directeur des risques, Ratsoma supervisera notamment les dispositifs qui déterminent si une opération peut être approuvée et à quelles conditions. Les risques souverains, les recettes en monnaie locale, les garanties, les retards de construction, les acquisitions foncières et les impacts environnementaux peuvent modifier le coût et la faisabilité. La rigueur protège le capital de la banque ; mal calibrée, elle peut aussi exclure les États les plus fragiles.
La question centrale sera l’adaptation du risque aux réalités africaines
Une banque de développement ne peut appliquer mécaniquement les critères d’une banque commerciale. Elle doit accepter des horizons longs et des bénéfices publics qui ne se traduisent pas toujours par des recettes directes. Elle doit en même temps préserver sa solidité financière pour emprunter à des conditions compétitives. Le directeur des risques se situe au cœur de cette tension.
Pour l’Afrique, l’enjeu est de distinguer le risque réel de la perception du risque. Des primes élevées peuvent provenir de données incomplètes, d’hypothèses conservatrices ou d’une mauvaise connaissance locale. Une institution dotée d’un centre régional peut produire une analyse plus fine des flux, des garanties publiques, des corridors commerciaux et de la résilience des recettes. Cette connaissance ne doit pas devenir un prétexte pour minimiser les fragilités de gouvernance.
L’investigation devra donc suivre les méthodes, pas seulement les annonces. Il faudra examiner la part des prêts en monnaies locales, la diversification sectorielle, les délais d’approbation, les restructurations, les décaissements, les projets en difficulté et la publication des évaluations. La nomination prendrait une portée stratégique si elle se traduisait par des instruments adaptés sans abaissement de la transparence.
L’Afrique peut gagner une voix, mais doit éviter la dépendance aux sièges
La présence d’un dirigeant africain à un poste exécutif élevé a une valeur politique et professionnelle. Elle peut élargir les réseaux, rendre les contraintes continentales plus visibles et améliorer le dialogue avec les ministères, entreprises publiques et banques régionales. Elle ne remplace pas une stratégie africaine coordonnée face à la NDB.
Les gouvernements doivent préparer une réserve de projets régionaux, harmoniser les normes et partager les coûts de préparation. Les corridors, l’énergie, le numérique, l’eau et les chaînes de valeur dépassent les frontières. Un portefeuille dominé par les pays qui disposent déjà d’équipes puissantes risque de reproduire les inégalités continentales, même si la banque se présente comme une alternative du Sud.
La souveraineté financière implique aussi de surveiller la dette, le contenu local, les marchés publics et le transfert de compétences. Un prêt n’est pas souverain par sa seule origine BRICS. Il le devient davantage lorsque l’actif répond à une priorité définie localement, que les conditions sont soutenables et que les capacités africaines restent après le remboursement.
Les effets de la nomination ne sont pas encore observables
Les sources confirment les fonctions de Ratsoma et son parcours, mais elles ne publient pas encore de décisions prises sous son nouveau mandat. Il serait prématuré de lui attribuer une nouvelle politique de risque, un quota africain ou une réorientation sectorielle. Ces hypothèses devront être testées dans les rapports d’activité et les nouvelles approbations.
La donnée de 8,86 milliards de dollars concerne des approbations cumulées jusqu’à fin 2024 et un seul pays. Elle ne permet pas de conclure sur la part actuelle de l’ensemble de l’Afrique, les décaissements nets ou les impacts. Une évaluation de portefeuille en cours peut apporter des enseignements, mais ses conclusions ne doivent pas être anticipées.
Il subsiste également une incertitude sur l’équilibre entre les rôles. Le portefeuille du directeur des risques inclut stratégie, partenariats et ESG, domaines qui peuvent parfois entrer en tension avec la fonction de contrôle. La gouvernance interne, les comités et la séparation des responsabilités devront assurer que l’ambition commerciale ne neutralise pas l’analyse indépendante.
Le mandat sera jugé sur la qualité, la monnaie et l’exécution
Un scénario favorable verrait la NDB mieux mesurer les risques africains, accroître les financements en monnaies locales, accélérer les projets bien préparés et publier des évaluations honnêtes. L’institution renforcerait ainsi sa pertinence sans compromettre sa discipline. Un scénario intermédiaire maintiendrait le portefeuille actuel, avec quelques innovations limitées aux marchés les plus profonds.
Un scénario défavorable ferait de la représentation africaine un symbole sans effet, tandis que les lenteurs, les risques de change ou la concentration géographique persisteraient. L’inverse serait tout aussi préoccupant : une expansion rapide sans diligence suffisante exposerait les finances publiques et la banque à des pertes évitables.
Les indicateurs à suivre incluent la part africaine des approbations et décaissements, le délai entre approbation et premier versement, la part en monnaie locale, les cofinancements africains, les projets régionaux, les contentieux ESG et la publication des résultats. La nomination ouvre une possibilité d’influence. Seules les décisions documentées permettront d’en mesurer la portée.
Les actes officiels établissent le parcours et le mandat
Sources institutionnelles consultées : Nouvelle Banque de développement, annonce du 8 juillet 2026 sur les nominations exécutives ; biographies institutionnelles de Monale Ratsoma et de la direction ; documentation du Centre régional africain ; rapports annuels et données de portefeuille de la NDB ; évaluations institutionnelles des projets et du portefeuille sud-africain ; Trésor national d’Afrique du Sud pour les fonctions publiques antérieures.

