La CEDEAO a tenu les 9 et 10 juillet 2026 son cinquième Forum régional sur les partenariats public-privé. Le référentiel rattache le sujet au Sénégal, mais les pièces officielles situent sans ambiguïté la rencontre à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Ce décalage doit être conservé comme anomalie documentaire, non corrigé silencieusement. Sur le fond, le Forum a dressé une équation vertigineuse : 201 projets régionaux, 131 milliards de dollars de besoins d’ici 2045 et une vingtaine de recommandations pour rendre les infrastructures finançables sans hypothéquer l’intérêt public.

Abidjan, et non Dakar

La Commission de la CEDEAO indique que le Forum s’est déroulé à Abidjan les 9 et 10 juillet 2026. Les communiqués d’ouverture et de clôture mentionnent la Côte d’Ivoire et décrivent les débats, les participants et les recommandations. Aucun élément public consulté ne situe cette cinquième édition au Sénégal.

Le champ « Territoire : Sénégal » doit donc être conservé dans les métadonnées, parce qu’il appartient à la fiche maîtresse, mais accompagné d’une note factuelle : le lieu établi est Abidjan. Cette méthode protège la traçabilité. Une base éditoriale peut comporter une erreur ; l’article ne doit pas la transformer en réalité.

Un portefeuille régional massif

La CEDEAO recense 201 projets prioritaires pour la période 2020-2045 : 56 dans les transports, 115 dans l’énergie, 15 dans le numérique et 15 dans l’eau. L’enveloppe estimée atteint 131 milliards de dollars. Ces nombres donnent l’échelle, mais pas la bancabilité. Une liste de projets n’est ni un calendrier, ni une étude de faisabilité, ni un financement acquis.

Le portefeuille comprend des infrastructures capables de changer l’intégration régionale : corridor Abidjan-Lagos, interconnexions électriques, projets numériques, eau et logistique. Leur valeur économique provient précisément de leur dimension transfrontalière. Leur fragilité aussi : plusieurs États, plusieurs droits, plusieurs monnaies, des tarifs politiquement sensibles et une coordination qui peut s’effondrer au premier retard.

La politique PPP existe depuis 2021

La politique régionale de la CEDEAO sur les PPP a été adoptée en décembre 2021. Le cinquième Forum ne lance donc pas l’idée ; il cherche à la rendre opérationnelle. Il met l’accent sur l’harmonisation juridique, la préparation des projets, le partage des risques, l’accès au financement en monnaie locale et le rôle des investisseurs institutionnels africains.

Ce passage de la doctrine à l’exécution est décisif. Les PPP sont souvent présentés comme une solution à la rareté budgétaire. En réalité, ils ne font pas disparaître le coût d’une infrastructure : ils le répartissent dans le temps entre usagers, contribuables et investisseurs. Si le contrat garantit trop de risques au privé, la dette réapparaît plus tard sous forme de paiements publics, de tarifs élevés ou de renégociations.

Une vingtaine de recommandations

À la clôture, les participants ont adopté environ vingt recommandations. Elles portent notamment sur l’harmonisation des cadres, la transparence des propositions spontanées, l’intégration des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, une base de données régionale, la participation des PME, des femmes et des jeunes, les instruments de garantie et la création d’un fonds régional pour les infrastructures.

Le Forum a aussi encouragé les obligations régionales, l’assurance et les financements en monnaie locale. Cette orientation est stratégique : un projet qui encaisse des recettes en francs CFA, leones ou dalasis mais rembourse une dette en dollars porte un risque de change massif. Lorsque la monnaie locale se déprécie, l’usager ou l’État finit souvent par payer l’écart.

Les propositions spontanées sous surveillance

Une entreprise peut proposer un projet sans appel d’offres préalable. Cette formule accélère parfois l’innovation, mais elle rend la comparaison des prix et des risques difficile. La recommandation de mieux encadrer ces propositions répond à un danger connu : un contrat négocié en tête-à-tête peut incorporer des garanties excessives, une rémunération opaque ou une technologie verrouillée.

Une règle robuste devrait imposer une publication initiale, une évaluation indépendante, une mise en concurrence lorsque cela est possible et l’accès des institutions de contrôle au contrat complet. Le secret commercial ne peut couvrir les engagements pris au nom des contribuables. Les clauses de revenu minimum, de rachat, d’arbitrage et de change doivent être connues des autorités budgétaires et du Parlement.

Financer africain, décider africain

Les fonds de pension, assureurs et banques africains disposent d’une épargne de long terme qui pourrait financer davantage d’infrastructures régionales. Les mobiliser réduit la dépendance aux devises et rapproche les investisseurs des actifs. Mais ces institutions gèrent l’épargne des travailleurs et des ménages : elles ne doivent pas être contraintes d’acheter des projets mal préparés au nom du patriotisme financier.

Un fonds régional bien gouverné pourrait mutualiser les risques et accélérer les études de faisabilité. Son efficacité dépendrait de son capital, de ses règles d’investissement, de l’indépendance de ses administrateurs et de la publication de ses performances. Sans ces garanties, il pourrait devenir un véhicule de sauvetage pour projets politiquement choisis.

Les corridors testent la CEDEAO réelle

Un corridor n’existe pas parce qu’une route est construite. Il faut des postes-frontières fonctionnels, des normes compatibles, des contrôles prévisibles, des paiements interopérables et la sécurité des transporteurs. Les retards douaniers et prélèvements informels peuvent annuler le gain d’une autoroute neuve. Les PPP doivent donc être reliés aux politiques de libre circulation et de facilitation du commerce.

L’exemple du corridor Abidjan-Lagos concentre ces enjeux. Cinq économies, des métropoles en croissance et un trafic considérable peuvent justifier l’investissement. Mais le modèle tarifaire devra rester accessible, protéger les communautés affectées et éviter qu’une succession de péages ne transforme l’intégration en rente privée.

Climat, eau et inclusion

La résilience climatique ne doit pas être un appendice. Routes, ponts, centrales et réseaux conçus sur des données anciennes peuvent devenir inutilisables face aux inondations, à l’érosion côtière ou à la chaleur. Les critères ESG évoqués au Forum doivent se traduire par des normes de conception, des audits et des obligations de maintenance, pas seulement par un label dans les dossiers de financement.

L’inclusion des PME, des femmes et des jeunes doit également être mesurable. Les grands consortiums peuvent promettre du contenu local sans transférer de technologie ni confier de contrats substantiels. Il faut suivre la valeur des achats locaux, les emplois qualifiés, les formations certifiantes et la participation d’entreprises détenues par des acteurs régionaux.

La dette cachée, risque majeur

Les gouvernements doivent comptabiliser l’ensemble des engagements liés aux PPP. Un contrat peut ne pas apparaître comme dette le jour de sa signature et devenir une obligation lourde après un choc de trafic, une dépréciation ou une résiliation. Les ministères des Finances ont besoin de registres consolidés, de plafonds d’exposition et de tests de résistance.

L’accent placé sur les garanties et le partage des risques montre que le financement n’est pas le seul problème ; la capacité publique à négocier et surveiller les contrats est déterminante. Une unité PPP régionale ne doit pas remplacer les administrations nationales, mais fournir modèles, expertise et comparaisons de coûts.

Après le Forum, les preuves

La cinquième édition a produit une feuille de route cohérente. Son succès sera visible dans des actes : base de données publiée, textes harmonisés, fonds régional doté, projets évalués, contrats accessibles et premiers financements en monnaie locale. La CEDEAO devrait publier chaque année un tableau de bord des 201 projets, distinguant concept, étude, appel d’offres, clôture financière, construction et mise en service.

Le Forum d’Abidjan a posé la bonne question : comment transformer un déficit d’infrastructures en projets bancables sans privatiser les choix publics ? La réponse ne réside ni dans le tout-État ni dans le tout-privé. Elle repose sur des contrats lisibles, des institutions capables, des financements africains et une reddition de comptes régionale.

Le socle documentaire

  • CEDEAO, ouverture du 5e Forum régional sur les PPP à Abidjan, 9 juillet 2026
  • CEDEAO, recommandations de clôture du Forum, 10 juillet 2026

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