Une continuité diplomatique désormais documentée
Les Îles Salomon ont inscrit une partie croissante de leur politique de développement dans des relations avec des partenaires non occidentaux, au premier rang desquels la Chine. La continuité de cette orientation est établie. En juillet 2026, le ministère salomonais des Affaires étrangères a confirmé à Pékin son intention de poursuivre la coopération dans les cadres existants. Selon le compte rendu officiel, plus de quarante accords et protocoles d’accord ont été signés entre les deux pays depuis l’établissement de leurs relations diplomatiques en 2019.
Le verbe « maintient » employé dans le titre est donc justifié pour la relation sino-salomonaise. Le pluriel « partenaires du Sud global » exige davantage de prudence. Le gouvernement a publiquement mentionné la Chine, l’Inde, l’Indonésie et les Émirats arabes unis parmi ses nouveaux partenaires, et il a organisé un dialogue d’investissement avec l’Arabie saoudite. Toutefois, les sources disponibles documentent surtout la densité des accords conclus avec Pékin. Elles ne permettent pas d’affirmer que tous les autres partenaires disposent d’architectures stratégiques comparables.
Depuis 2019, Pékin est devenu un pilier du développement salomonais
En juillet 2023, le gouvernement salomonais a annoncé avec la République populaire de Chine un cadre de partenariat stratégique global destiné à soutenir l’Agenda 2030. Les domaines annoncés couvraient la réduction de la pauvreté, la sécurité alimentaire, la santé, le financement du développement, le climat, l’industrialisation, l’économie numérique, le commerce, les moyens de subsistance et la stabilité sociale. Le gouvernement a également rattaché cette coopération à l’Initiative pour le développement mondial portée par la Chine.
En 2026, l’Agence chinoise de coopération internationale au développement a indiqué, selon le communiqué officiel salomonais, que l’aide chinoise cumulée sur près de sept années atteignait 1,8 milliard de yuans, soit 2,8 milliards de dollars salomonais. Le même compte rendu cite le stade des Jeux du Pacifique, des logements universitaires, un centre médical à l’hôpital national et la route Dala–Atori parmi les réalisations soutenues. Ces montants et projets sont documentés comme des déclarations institutionnelles des deux parties. Leur ventilation entre dons, prêts, assistance en nature et coûts exécutés n’est pas publiée dans le communiqué.
Le Programme de développement rural durable constitue un autre exemple de continuité. Mis en œuvre avec le ministère salomonais du Développement rural et l’appui chinois, il finance des projets proposés localement. Une deuxième phase a été lancée à la fin de 2025, et des projets de pêche étaient encore financés en 2026. Ces éléments confirment que la relation ne se limite pas à des annonces diplomatiques.
Quarante instruments ne forment pas automatiquement une stratégie publique
Le nombre d’accords signés renseigne sur l’intensité d’une relation, pas sur sa qualité. Pour déterminer si ces instruments renforcent réellement la souveraineté salomonaise, il faudrait connaître leur nature juridique, leur coût, leurs obligations, leurs clauses de règlement des différends, leurs règles de passation de marchés et leurs mécanismes d’évaluation. Or la liste détaillée des plus de quarante accords, leurs textes complets et leurs annexes financières ne sont pas réunis dans un registre public facilement auditable.
Cette limite documentaire empêche de répondre à plusieurs questions : quelle part relève de dons ? Quels projets créent des dettes ou des engagements budgétaires futurs ? Quelles entreprises exécutent les marchés ? Quel contenu local est exigé ? Qui possède les infrastructures et les données à la fin des projets ? Quelles obligations environnementales et sociales sont opposables ?
L’opacité n’est pas prouvée par l’absence d’un registre consolidé, mais le défaut d’accès limite le contrôle démocratique. Le gouvernement dispose d’un Plan de développement à moyen terme 2026–2030, présenté comme le cadre principal des priorités et du budget de développement. La cohérence devrait donc être vérifiée projet par projet entre les accords bilatéraux, ce plan national, les crédits annuels et les rapports d’exécution.
Diversifier les partenaires sans externaliser la décision
La diplomatie du Sud global offre aux petits États insulaires une capacité de diversification. Elle peut réduire la dépendance à un groupe historique de bailleurs, créer une concurrence entre offres et ouvrir des secteurs insuffisamment financés. Plusieurs indices montrent que Honiara cherche cette marge de manœuvre en dialoguant avec des États asiatiques et du Golfe, tout en maintenant ses relations avec l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Japon, l’Union européenne et les institutions multilatérales.
Mais la diversification n’est bénéfique que si l’État conserve la maîtrise de la planification. Lorsque les capacités administratives sont limitées, l’accumulation d’accords peut fragmenter les normes, multiplier les unités de projet et déplacer la définition des priorités vers les bailleurs. Le risque n’est pas propre à la Chine. Il concerne toute coopération dans laquelle le financement, l’expertise, le fournisseur et l’évaluation proviennent du même partenaire.
Le gouvernement salomonais affirme que les projets doivent répondre aux besoins nationaux. Cette position est documentée. Sa traduction opérationnelle suppose des appels d’offres lisibles, une évaluation indépendante, une publication des coûts complets, des audits et une capacité parlementaire à contrôler les engagements. À défaut, la souveraineté proclamée pourrait rester formelle.
La sécurité et le développement ne peuvent être confondus
La relation avec Pékin comprend également un accord de coopération en matière de sécurité signé en 2022. Les autorités salomonaises l’ont présenté comme une réponse à des menaces intérieures et à des besoins de maintien de l’ordre. Ce texte appartient à un registre distinct de celui des infrastructures, de la santé ou du développement rural. L’enquête doit éviter de fusionner mécaniquement tous les accords dans un récit unique.
Cependant, la proximité entre coopération sécuritaire, infrastructure, économie numérique et stabilité sociale crée des questions légitimes. Les équipements, les réseaux de télécommunication, les centres de données et les dispositifs de sécurité peuvent produire des dépendances techniques durables. Les documents publics consultés ne permettent pas de conclure à un usage abusif. Ils justifient en revanche une surveillance renforcée sur la propriété des données, l’accès aux systèmes, la maintenance, les normes de cybersécurité et les conditions de renouvellement.
Une stratégie de développement souveraine doit séparer les budgets, les responsabilités et les bases juridiques de chaque domaine. Elle doit aussi garantir que la coopération sécuritaire ne réduise ni les libertés publiques ni le contrôle parlementaire.
Ce que l’Afrique peut apprendre — et contester
Pour l’Afrique, le cas salomonais est moins un modèle à copier qu’un laboratoire de négociation asymétrique. De nombreux États africains signent eux aussi des ensembles d’accords couvrant routes, hôpitaux, numérique, agriculture, sécurité et ressources naturelles. Le même problème se pose : comment transformer une pluralité de projets bilatéraux en stratégie nationale cohérente ?
La première leçon est documentaire. Un registre public des accords, avec statut, montant, bénéficiaire, entreprise exécutante, financement, durée et résultats, permettrait de remonter aux responsabilités et aux bénéficiaires finaux. La deuxième est industrielle : chaque projet devrait comporter des obligations mesurables de formation, de sous-traitance locale, de maintenance et de transfert technologique. La troisième est budgétaire : les engagements hors bilan, garanties et coûts futurs doivent être rattachés aux documents de finances publiques.
Une coopération directe entre les Îles Salomon et l’Afrique pourrait avoir du sens dans l’économie bleue, la résilience climatique, la pêche, la gestion communautaire des terres et la diplomatie des petits États. Aucune architecture institutionnelle de ce type n’a toutefois été identifiée dans les accords examinés. L’Afrique apparaît ici comme point de comparaison stratégique, non comme partenaire contractuel démontré.
Les résultats doivent primer sur la géopolitique des annonces
Le gouvernement salomonais affirme que les partenariats ont produit des infrastructures et des services. Plusieurs réalisations sont visibles et nommées dans les sources officielles. Il reste à mesurer leur coût complet, leur utilisation, leur maintenance, leur répartition territoriale et leur impact social. Un stade livré ne répond pas aux mêmes critères qu’une route rurale, un dortoir universitaire ou un centre médical.
L’évaluation devrait comparer les objectifs initiaux aux résultats : kilomètres effectivement praticables, patients pris en charge, étudiants logés, emplois locaux, revenus ruraux et coûts de maintenance. Sans indicateurs publics, la communication institutionnelle ne peut se substituer à l’analyse de performance.
Cette exigence vaut aussi pour les partenaires occidentaux. L’angle afrocentrique ne consiste pas à attribuer une vertu automatique aux coopérations Sud-Sud, mais à examiner si elles augmentent la capacité des peuples à décider, produire, apprendre et contrôler leurs ressources.
Les pièces encore manquantes dans les accords
La continuité de la coopération avec la Chine est établie. Le chiffre de plus de quarante accords et protocoles est officiellement déclaré. En revanche, leur inventaire complet, leur valeur cumulée et leurs conditions ne sont pas accessibles dans les sources consultées. La composition exacte des 1,8 milliard de yuans d’aide annoncée reste à documenter. Il n’est pas non plus établi que l’Inde, l’Indonésie, les Émirats arabes unis ou l’Arabie saoudite aient conclu des cadres stratégiques d’une ampleur comparable.
Une enquête complémentaire devrait obtenir les textes, annexes, études de faisabilité, marchés, audits et rapports d’évaluation. Elle devrait aussi comparer la géographie des projets avec les besoins provinciaux et identifier les entreprises, sous-traitants, détenteurs de contrats et propriétaires effectifs.
Vers une doctrine salomonaise du partenariat
Si Honiara consolide ses accords dans un registre public, les rattache à son plan 2026–2030 et impose des règles de contenu local, la diversification du Sud global pourrait accroître son autonomie. Si les instruments restent dispersés, l’État risque de perdre la vision d’ensemble et de dépendre des capacités de chaque bailleur. Si des partenariats africains émergent, ils pourraient être construits autour de savoirs partagés plutôt que de simples flux financiers.
Le fait principal est clair : les Îles Salomon maintiennent une coopération stratégique dense avec la Chine et poursuivent une diplomatie diversifiée. Le degré réel de souveraineté produit par ces accords ne pourra être établi qu’à partir de leurs textes, de leurs bénéficiaires et de leurs résultats.
Les documents publics examinés
- Gouvernement des Îles Salomon — Annonce du cadre de partenariat stratégique global avec la Chine, juillet 2023.
- Ministère des Affaires étrangères et du Commerce extérieur des Îles Salomon — Compte rendu de la rencontre avec l’Agence chinoise de coopération internationale au développement, juillet 2026.
- Gouvernement des Îles Salomon — Communiqués sur les accords de coopération au développement avec la Chine, mai 2022.
- Gouvernement des Îles Salomon — Lancement et mise en œuvre du Programme de développement rural durable, 2025–2026.
- Gouvernement des Îles Salomon — Plan de développement à moyen terme 2026–2030.
- Gouvernement des Îles Salomon — Examen national volontaire sur les objectifs de développement durable, 2024.

